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Chasseurs sachant chasser?

2 août 2004, 20:00

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Chemin Cent-Gaulettes à Sébastopol sort de son train-train quotidien. Fusils en bandoulière, des hommes, emmitouflés, chaussés de bottes ou de baskets, se dirigent vers la Ferme de Ravinales. C?est l?ouverture de la chasse aux cerfs sur le flanc de la montagne du village, un événement qui se prépare un an à l?avance.

Les chasseurs se sont réveillés aux premières heures du matin pour se préparer avant le rendez-vous prévu à 6 h 30 au campement de chasse. Après avoir rangé leurs fusils dans un seul endroit, ils prennent ensemble une collation.

Rex Cangy, le directeur de la Ferme de Ravinales, explique que le champ de tir de chaque chasseur est localisé six à sept mois avant l?ouverture de la chasse. Celui-ci n?est pas, comme on aurait pu le croire, autorisé à tirer hors de sa chute (espace qui lui est attribué) ou de la quitter avant la fin des heures de chasse. ?Le chasseur n?a pas droit à l?erreur. Il doit être discipliné. A la moindre faute, il est passible d?une lourde amende?, affirme-t-il.

De l?amour et de la patience

Joe Rouillard, président de la ferme, chasse depuis une trentaine d?années. Pour le gros gibier comme le cerf, des carabines de calibre 12 sont le plus couramment utilisées. ?J?aime chasser ici parce que je préfère le grand bois, avec des plantes indigènes, le climat et la qualité du cerf. Je suis botaniste dans l?âme. En montagne, ce n?est pas aussi facile de chasser que dans les plaines?.

Pour cette saison, il n?y aura que trois parties de chasse, les deux autres étant prévues le 21 août et fin septembre. ?C?est une petite chasse qui couvrira une superficie de 125 arpents. Si nous avons de la chance, nous pourrons ramener une trentaine de cerfs cette saison?, précise-t-il

Joe Rouillard estime que la chasse requiert non seulement de la discipline, mais aussi de l?amour et de la patience : ?Aujourd?hui, je me suis levé à quatre heures du matin pour me préparer et venir ici?.

Le président de la ferme se réjouit que la nature soit protégée dans cette chasse de Sébastopol. Mais il déplore certaines lacunes dans la protection des montagnes, comme à la Montagne-des Signaux où il y a souvent des incendies qui détruisent la nature.

Avant le début de la chasse, il y a un briefing. Le directeur de chasse, Gérard Lemaire, donne les consignes : ?Par mesure de précaution, il ne faut pas plus de deux personnes sur un mirador. Personne n?est autorisé à marcher avec un fusil chargé. Chargez vos fusils au moment où vous vous êtes installés sur le mirador??.

Pénalités

Gérard Lemaire prévient les chasseurs qu?ils ne sont pas autorisés à tirer dans la chute de leurs voisins ou d?utiliser des chevrotines. ?Je préfère que vous utilisiez votre couteau plutôt que des chevrotines pour tuer un cerf. Les chevrotines sont dangereuses et peuvent causer mort d?homme?, avertit-il.

Peu après, on procède à un tirage au sort pour partager les quelque vingt chasseurs en deux groupes : ceux qui sont autorisés à tuer uniquement de jeunes biches et ceux qui ne peuvent abattre que des daguets. Le quota (nombre de cerfs autorisés à abattre) est d?un animal par chasseur.Des pénalités sont prévues contre les chasseurs qui ne respectent pas les règlements ou qui se sont trompés d?animal. Celui qui abat un ?grand bois? est passible d?une amende de Rs 15 000 alors que celui qui tire sur une grosse biche à la place d?une jeune biche doit payer Rs 7 000 d?amende.

Un à un, les chasseurs récupèrent leur fusil dans le campement de chasse. Ils avancent ensuite à longues enjambées, même lorsqu?ils atteignent les pentes abruptes. Leurs bottes ou leurs baskets s?enfoncent dans la boue, visqueuse et glissante. Mais ils connaissent sur le bout des doigts les différents sentiers qui mènent à leurs miradors respectifs.

J?accompagne Gilbert Mercier, un solide gaillard de 56 ans. ?Il faut marcher sur les talons pour ne pas perdre l?équilibre?, conseille-t-il.

Après une vingtaine de minutes de marche, nous arrivons dans sa chute. Gilbert s?empresse de grimper sur le mirador qu?il a lui-même construit la veille. Il charge ensuite son fusil de cinq balles. ?C?est un fusil de calibre 12 qui peut atteindre un objectif à 50 mètres de distance. Pendant la chasse aux cerfs, je vise le cou ou le bout d?épaule. Si l?animal est atteint au ventre, il ne mourra pas sur le coup, mais continuera à courir?.

Le quinquagénaire a eu pour quota une jeune biche. ?Je n?aime pas tuer les jeunes biches. Je préfère les daguets. Peut-être que je ne vais pas tirer?.

Gilbert s?adonne à la chasse depuis quarante ans. Il a chassé dans différentes chasses à travers le pays : ?J?avais tout juste 15 ans lorsque mon oncle m?a appris à tirer?.

Il attend patiemment le premier coup de feu qui annonce le début de la chasse. Dans cette fôret, il y a aussi des sangliers. ?Je n?ai jamais été blessé par un sanglier, mais c?est un animal dangereux, surtout pour les chiens de chasse. L?autre jour, un sanglier a tué un de nos chiens avec ses défenses?.

Gilbert explique que la chasse de cerfs se pratique toujours en hiver. ?En été, c?est la période de rut des cervidés?.

A 8 h 45, la première détonation déchire le silence. Au loin, on entend des aboiements. Une quinzaine de chiens de chasse viennent d?être lâchés pour traquer les cerfs. Ils sont talonnés par des rabatteurs. C?est le début de la poussée.

L?attente sera longue. La chasse se termine à 11 h 30. Mais Gilbert ne s?ennuie guère. Il reste calme et attend patiemment. Le bruit des grandes feuilles de ravenalas donne des fois l?impression qu?un cerf s?approche.

Un daguet traverse la chute. Gilbert braque son fusil, mais ne tire pas. Il n?est pas autorisé à le faire.

Des chiens suivent l?animal à la trace. Quelques rabatteurs passent et s?enquièrent auprès du chasseur du résultat de la tournée.

Une heure environ s?écoule. Une biche entre dans la chute. Gilbert ne tire toujours pas. Primo, il est gêné par mon appareil photo digital. Secundo, il n?est pas très sûr s?il s?agit d?une jeune ou d?une grosse biche. Il constatera sur l?image que c?était bel et bien une jeune biche. Mais il ne montre aucun signe de déception. ?Je n?aime pas tuer les biches. C?est dans mes manies de vieux chasseur?.

Un deuxième daguet apparaît dans la clairière. Il fait un bond de trois mètres et disparaît dans la nature. Gilbert aurait pu l?avoir, mais il sait se contrôler. Il ne paiera pas d?amende.

?Joli coup de fusil?

Un peu plus tard, un coup de feu se fait entendre dans la chute de son voisin, Rex Cangy. Des rabatteurs transportant le gibier traversent. Gilbert descend du mirador pour examiner l?animal. La balle est logée dans le cou. ? Joli coup de fusil?, lance-t-il, en esquissant un petit sourire.

Vers 11 h 30, Rex passe. Gilbert ne manquera pas de le féliciter avant que les deux hommes entament ensemble la descente jusqu?au campement de chasse. Cette fois, il faut s?avancer en prenant maintes précautions pour ne pas perdre l?équilibre et tomber dans la boue.

Les chasseurs sont unanimes à reconnaître que c?était une mauvaise tournée. Ils n?ont ramené que cinq cerfs. Un des chasseurs aura à payer une amende de Rs 7 000 pour avoir abattu une grosse biche au lieu d?une jeune biche. Il explique qu?il s?est trompé lorsque l?animal est apparu brusquemment dans la clairière. Son cas sera examiné par un comité.

Etienne Puizon, chasseur français de petit gibier, a accompagné un des chasseurs. Il se dit vraiment impressionné : ?En France, la chasse aux cerfs se passe sur des terrains plats. Les cerfs passent à la traversée. Je n?ai pas tiré cette fois, mais je le ferai à la prochaine partie de chasse prévue en août?.

Aussitôt que les cinq cerfs sont transportés devant le campement de chasse, les bouchers passent à l??uvre. Ils vident en un rien de temps les cervidés de leurs entrailles avant de procéder à la pesée. Le plus gros cerf ne fait que 34 kilos. Après avoir partagé un ti-carri aux chasseurs, on procède à la vente à ceux qui désirent en acheter.

La fin de la partie de chasse se passe dans une ambiance conviviale avec un déjeuner réunissant chasseurs et rabatteurs autour de la même table. Au menu : du curry de... poulet.

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