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Charretiers, artisans du passé, victimes de la modernité ?
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Charretiers, artisans du passé, victimes de la modernité ?
Entre les touristes, les terrasses de café et les boutiques de souvenirs du Comptoir des Mascareignes de Pamplemousses, un vieil homme est assis par terre. Foulard à la tête et cigarette Matelot à la main, il donne à manger à son b?uf relié à une de ces charrettes devenues si rares aujourd?hui. Arrêt sur une image d?un autre temps au coeur d?une scène de vie moderne.
Depuis qu?il quitte le monde de la canne, il y a un an, Aziz Mohanuth, 77 ans, expose sa charrette et son b?uf, synonymes du passé, pour le grand plaisir des touristes et des Mauriciens. Quelques poses dans la charrette ou à côté du b?uf, en échange de quelques sous, immortalisent dans leurs clichés ce lien entre le passé et le présent
Avant d?en arriver là, l?histoire est longue entre Aziz, sa charrette et son b?uf. Celle d?une véritable passion transmise par son père. C?est à 15 ans qu?il entreprend le métier de charretier. ?Depi tipti monn grandi ladan. Mo papa ti fer sa. Sa mem mo destin.?
À l?époque, il travaille pour le domaine sucrier de Beau-Plan. ?Mo ti sarye kann. Avan, tou dimoun ti ena saret, sak la kaz ti ena saret, bef. Ti ena 450 saret dan sa moulin la.? C?est l?arrivée des véhicules motorisés qui remplace graduellement la traction animale. ?Loto, kamion, pa ti ena. Pena saret sarye kann aster. Aster zis mwa ki ena dan distrik.?
Tant bien que mal, Aziz continue d?offrir ses services de charretier, dans les domaines sucriers alentour, jusqu?à l?année dernière. Mais il doit se rendre à l?évidence : cette activité appartient à une autre époque. Il se reconvertit dans un créneau plus adapté à la vie d?aujourd?hui. ?Mizer vini me mo pa le vann mo saret. Dimoun pa konn so valer.? Mais si Aziz se lance dans le tourisme, il n?abandonne pas pour autant sa charrette et son b?uf. ?Mo gard li kouma enn souvenir. Tan ki mo la sante bon, mo kontiye?.
Ils sont ses biens les plus chers. Le b?uf qui accompagne partout le charretier est bien plus qu?une force de traction. C?est avant tout un vrai compagnon qui demande, au quotidien, une attention et des soins particuliers. Il faut le nourrir, le brosser, le laver, le ferrer?
La charrette d?Aziz, immatriculée 116, porte le même numéro que celle de son père et de toutes les charrettes qu?il a possédées au cours de sa vie. Ce chiffre, symbole d?une continuité des traditions familiales, s?éteindra avec lui.
Aujourd?hui, les jeunes ne s?intéressent plus au métier de charretier. Même ses propres enfants ne sont pas enthousiastes à poursuivre cette tradition familiale. Cela l?attriste mais il comprend, dit-il. ?Lavi lontan ek aster inn tro sanze, bann vie dimoun finn mo. Aster dimoun inn vinn modern e bann zenes konn zis sofer, travay lizin. Zot pa le repran sa metye la me li pou res enn souvenir.?
Maya DE SALLE ESSOO
FABRICATION
Des techniques précises
■ La charrette d?Aziz est à queue et rectangulaire. Ce type de charrette sert au transport de cannes mais il en existe un autre, qui a disparu : la charrette tombeau, carrée, plus petite, qui servait au transport du fumier. Il faut aussi faire la différence entre les charrettes à b?uf, qui disparaissent, les charrettes à bras chargées de légumes, encore nombreuses au bazar de Port-Louis. Le bois utilisé pour la construction doit être ferme, tel le ?bois de natte?, qui doit avoir séché pendant un an. Chaque pièce est fabriquée avec précision pour obtenir une solidité à toute épreuve. Rien que la fabrication des roues et de l?axe demande un mois et demi de travail à Aziz. Les différents éléments que sont les ?moye?, ?dorma?, ?taso?, ?balisie?, ?bafon??, sont l??uvre de connaissances et de techniques précises qui ont traversé des générations de charretiers, qu?Aziz est le dernier de sa région à connaître aujourd?hui.
TRADITION
Une passion
■ Aziz perpétue la tradition transmise par son père et son grand-père. À l?époque, il partage ses activités entre le domaine de Beau-Plan et la construction et la réparation des charrettes. ?Touzour mo ti travay dan sarye kann.? La journée d?Aziz commence à une heure du matin. En premier, il nourrit son b?uf afin de lui donner des forces pour la journée. Ce n?est qu?après qu?il s?occupe de lui-même avant de se rendre au moulin en charrette. Lorsque le travail commence, Aziz sillonne les sentiers de terre, remplit de cannes sa charrette, qui peut en contenir près d?une tonne et demie, à la force des bras. Il ramène son chargement au moulin pour la pesée. ?Pou enn tonn, ti pey nou Rs 12.? Dans une journée, Aziz fait deux convois. Suit un repos bien mérité pour l?homme et l?animal. Aux heures creuses, Aziz s?adonne à sa passion : la construction et réparation de charrettes. Même s?il y a moins de commandes et que le métier tend à disparaître. Qu?à cela ne tienne, Aziz continue à bichonner sa charrette pour l?adapter à son nouvel usage.
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