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Changement Partiel
C'est une erreur politique. On ne voit pas l'intérêt que peut avoir Pravind Jugnauth à hausser à ce point les enchères et faire de la partielle de Piton-Rivière-du-Rempart une confrontation par candidats interposés entre lui et Navin Ramgoolam.
Peut-être veut-il contrer la thématique communaliste sournoise des travaillistes, mais le nouveau chef du MSM prend là des risques inconsidérés. Chaque élection est sans doute significative et Pravind Jugnauth, dont c'est le baptême du feu électoral en tant que leader de son parti, espère galvaniser ainsi ses troupes. Mais s'il continue à vouloir faire de Piton-Rivière-du-Rempart l'arène d'une lutte politique à mort entre lui et Ramgoolam, il lui faudra être prêt à en tirer les conséquences en cas de défaite. Ce n'est sûrement pas ce qu'il projette. Il vaudrait alors mieux que Pravind Jugnauth baisse le ton et cesse de lier son sort à cette partielle. Ce n'est ni à son avantage, ni à celui du pays qu'il crée les conditions d'une vaine agitation politique.
Face au nouveau MSM, le Parti travailliste, qui veut aussi remporter à tout prix ce siège, est confronté à un choix stratégique décisif. Depuis les dernières législatives, au vu de la configuration des suffrages exprimés, Navin Ramgoolam a abandonné sa posture de rassembleur moderniste pour inscrire son action politique dans une logique ethnique d'arrière-garde. Ramgoolam s'en défend, mais il est indéniable que le Labour de 2003 entend appuyer sa stratégie de reconquête du pouvoir sur une base ethniquement agglomérée. À Piton-Rivière-du-Rempart, cette stratégie est encore plus tentante et payante. Mais elle n'est pas sans risque.
Si Ramgoolam donnait la démonstration électorale que son parti n'a plus d'ambition nationale et se contente de susciter une adhésion plus ethnique que politique, il compromettrait ses chances aux prochaines législatives, même et surtout s'il devait remporter dans ces conditions ambiguës le siège laissé vacant par Anerood Jugnauth. En politique, tout se tient. Ce qui est semé en 2003 sera récolté en 2005.
Le Labour aligne un excellent candidat, son poids électoral dans la circonscription est considérable, il est le challenger, il peut espérer l'emporter sans ternir davantage son image -- qui l'est déjà passablement.
Ces considérations politiques mises à part, cette partielle risque de prendre beaucoup trop de temps et d'énergie à nos dirigeants politiques. De graves problèmes, en particulier économiques, perdurent qui devraient obséder quotidiennement nos gouvernants. Pravind Jugnauth fait le matamore politique, mais on ne sait rien de sa réflexion et de ses priorités en tant que nouveau ministre des Finances. Sa nomination était pourtant programmée et on avait espéré une prise de position immédiate, musclée et volontariste.
Même s'il est certain que la stratégie économique du nouveau grand argentier ne différera pas fondamentalement de celle de son prédécesseur, les acteurs économiques sont impatients de découvrir les priorités personnelles du nouveau ministre, son style, son équipe et les inflexions qu'il pourrait donner. Pour l'instant, il n'est pas encore en selle. Pravind Jugnauth, chacun le sait, ne doit sa nomination à ce poste clé qu'à son statut politique. Maintenant, il doit rapidement étoffer son discours, éclairer ses orientations et hiérarchiser ses priorités. Son action à l'Agriculture a révélé un homme de décision qui ne craint pas de s'exposer. Ce sont des qualités qui seront utiles au ministre des Finances. Il est temps qu'il en fasse preuve à nouveau.
Le nouveau Premier ministre tarde également à dire à la nation ce qu'il va changer maintenant qu'il est aux commandes. Il a énormément impressionné le pays par ses actions, par son énergie, par sa capacité à affronter les problèmes ponctuels de gouvernance. Mais un Premier ministre doit surtout exprimer une vision de la société, il doit indiquer clairement les objectifs qu'il se donne, il doit inspirer toute la nation, dire les ambitions du pays et déterminer les moyens de son projet. Au-delà de quelques grandes déclarations de principe, trop galvaudées, Paul Bérenger a été assez économe de paroles au sujet de ses intentions et souvent trop politique dans sa gestuelle. Malgré la douceur de son printemps politique, il ne peut ignorer que l'hiver sera rude. Quand les fleurs des guirlandes seront fanées, il ne lui restera autour du cou que la corde des attentes déçues. Un pays ne vit pas que de symboles.
À sa première conférence de presse en tant que Premier ministre, hier, Paul Bérenger est resté fidèle à sa technique. Il a dressé une longue liste de problèmes d'actualité pour souligner les mesures que prend son gouvernement afin de les résoudre. C'est concret, c'est précis, mais on peut regretter l'absence de souffle, d'élévation, d'une vision capable de remobiliser le pays et de l'entraîner vers de nouvelles frontières. Il va falloir s'y faire. Ce n'est pas le style de l'homme. Il a néanmoins balisé un tant soit peu le cadre de son action. Il dit vouloir gouverner dans le dialogue, il a donné l'assurance qu'il ne sera pas l'otage des groupes de pression -- il sait les inquiétudes que beaucoup de Mauriciens ressentent à ce sujet. Il espère redynamiser les rapports avec le secteur privé, apparemment dépressif par la faute des éditorialistes... L'exercice est plutôt convaincant, mais il est resté infiniment prosaïque.
Il ne faut plus rêver, camarade.
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