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Chamarel le pittoresque en héritage

7 mai 2005, 00:00

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Pas qu?une question d?enfant. Vous y avez sûrement déjà pensé. Pourquoi les couleurs de la terre de Chamarel ne se mélangent pas ? L?action des pluies n?altère pas l?arc-en-ciel fortement teinté d?oxydes. Du bleu, de l?ocre, du vert qui colore le quotidien de ce village de « 800 personnes. »

Nous contenons à peine notre étonnement face au chiffre avancé par Rico L?Intelligent, président du conseil de village de Chamarel et vice-président du conseil de district de Rivière-Noire. Pour arriver jusque devant chez lui, au Barbizon ? nom « exotique » de son snack-bar ? nous avons savouré chacune des courbes de la route qui serpentent à flanc de montagne. A l?horizon : le Morne et son profil impénétrable, qui se jette dans la baie. Plus haut, c?est le doigt boisé de l?île aux Bénitiers qui nous fait signe d?avancer. Chamarel, c?est une route royale alanguie en plein après-midi. Un calme, un silence parcimonieusement ponctué de pas d?humains et de moteurs qui ronronnent. Première halte de la route : la maison de l?artisanat qui a ouvert ses portes la semaine dernière. Après les discours, place aux faits. But avoué de cet édifice couleur de sable et de bois vernis : intégrer le savoir-faire des habitants dans le développement économique et touristique de la région. Notamment le doigté des femmes ayant suivi des cours de vannerie, de broderie et de peinture sur soie.

Force est de constater que le jeudi, vers 15 heures, les intentions de cette maison gérée par la National Handicraft Promotion Agency sont barricadées derrière des portes fermées à double tour. Déçus, nous reprenons la route. Croisons un groupe d?hommes qui joue aux cartes ? le cliché si typique du manque de loisirs. Passons devant le centre de santé. « La mem Rajen ti mor», rappelle notre guide, se référant au décès de Rajen Sabapathee. Quelques tours de roue et nous croisons un filet d?eau à l?apparence innocente. « La mem Père d?Arifat ti noye ».

Des petites haltes avant d?arriver dans la cour où Louis L?intelligent ? le père de Rico ? est assis, « enn van diri ª, sur les genoux et un béret à petits carreaux sur les yeux. De bonne grâce, il nous parle des caféiers qui fleurissent dans sa cour adossée aux champs de canne. Lui, son café, il l?aime pur jus. Rien à avoir avec les techniques du domaine qui prospère pas loin de chez lui.

Avec des trémolos dans la voix, le bonom cueille une graine rouge d?une grappe ayant pratiquement atteint la maturité. « Ou bizin ramas li depi enn kote ou ale. » Baissant sensiblement la voix, il nous livre sa recette héritée des gran fami. Première étape : mettre le café à tremper pendant quatre jours dans de l?eau. Après le séchage, il faut enlever l?écorce et faire griller la peau tendre, « dan enn karay lor dife ». Pour adoucir le tout : doser son sucre pour que le caramel accompagne le côté corsé de ce café traditionnel et artisanal.

Debout à côté des quelques caféiers qui ornent sa cour où poules et poussins cherchent le ver en toute liberté, c?est avec un brin de nostalgie que Louis L?intelligent nous explique d?où viennent ses plants. « Letan nou al kas kafe lor tablisman, la grain finn pouse et nou finn okip li. » Ses doigts cueillent machinalement un « gourmand», repousse de cet arabica, meilleur sans lait. Une mélodie de saveurs qu?il ponctuera de quelques accords au violon, qu?il enverra chercher « lor larmoir. »

<B>Arrière-goût d?amertume</B>

Laissant la vieille romance derrière, nous nous arrêtons devant l?une des tables d?hôtes fleurissant le long de la route Royale. Chez Pierre Paul, ouvert depuis deux ans, la spécialité est le cochon marron rôti. Le gratin de chouchou et le curry d?aubergine aux crevettes, sont en première ligne du manger mauricien. Ces saveurs proposées aux touristes, brassées par Chamarel à longueur d?année. « Nous pratiquons aussi des prix mauriciens », indique Benjamin Paul, le chef de la maison. Ainsi, le curry d?ourite est à Rs 150 alors que le camaron « à la sauce provenciale » est à Rs 300.

C?est un arrière-goût d?amertume qui flotte du côté du terrain de football du village. Un litige oppose le conseil de village à un particulier sur la propriété de cette parcelle de terre. En attendant, les équipes du village pataugent régulièrement dans ce terrain transformé en marécage après la moindre averse. Interrogé sur la cadence du développement de Chamarel, Rico L?intelligent dira, « par rapport aux projets d?hôtels dans la région, les enfants de Chamarel se sentent oubliés. Eux-aussi ont travaillé pour la sucrerie de Bel-Ombre et attendaient des retombées de ces développements».

<B>Des racines et des hommes</B>

Mais d?où vient ce nom aux consonances qui riment avec irréel ? Réponse de Monseigneur Amédée Nagapen dans Chamarel Sainte-Anne, « la localité doit son nom à Antoine Régis Chazal de Chamarel, écuyer et capitaine d?infanterie de la Compagnie des Indes. » L?historien nous apprend que ce soldat y avait une concession à sa charge, au 18e siècle. La route en lacets reliant ce village pittoresque au reste de l?île remonte à « la première moitié du 19e siècle, ?uvre de l?homme de loi Louis Maurice Le Père de La Butte ». Le manque d?aménités est souvent décrié à Chamarel. L?histoire nous rappelle que le téléphone apparut à Maurice en 1882. C?est le 28 avril 1904 que fut inaugurée la ligne reliant Rivière-Noire au reste de l?île. Nagapen nous rapporte que « deux mois plus tard, le 28 juin, le téléphone commença à fonctionner entre Baie-du-Cap et Chamarel. » La propriété de Chamarel devint une annexe de 7 900 arpents de la sucrerie de Bel-Ombre en 1961. Un bureau de poste y ouvre ses portes le 15 janvier 1879. L?école primaire de l?État s?implante sur la montagne aux alentours de 1888, en remplacement de deux institutions, l?une catholique, l?autre anglicane. Elle conserve ce statut jusqu?à fin 1933, quand l?Etat la cède à la congrégation des Filles de Marie. A la suite des dégâts occasionnés par le cyclone Carol, en février 1960, l?Etat aide à la reconstruction des écoles en offrant deux tiers du coût et en prêtant le tiers restant, remboursable sur quinze ans.

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