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C?est un scandale !

12 mai 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La situation ne prête guère à rire. Le va-et-vient de l?avocat et parlementaire Dev Hurnam entre divers centres de santé s?est poursuivi hier alors qu?un magistrat avait statué dans la matinée qu?il devrait retourner en cellule policière. De la cour, il s?est rendu à l?hôpital Victoria à Candos puis conduit au centre cardiaque à Pamplemousses. Ce détenu qui se dit gravement malade s?est montré bien entreprenant pour s?arroger le droit de choisir où il passera la nuit.

Ayant obtenu l?autorisation de la cour pour se faire examiner par des médecins légistes, il est conduit vers 16 heures sous forte escorte à l?hôpital Victoria. Ces examens ont pour but de déterminer s?il doit retourner ou non en cellule policière. Mais l?électrocardiogramme qu?il devait subir n?a pu être fait. Les médecins qui l?ont examiné ont tergiversé avant de prendre une décision.

Tout d?abord le Dr Abdool Khalick Mohungoo, chef médecin légiste, assisté du Dr Soudesh Kumar Gungadin, a fait venir le spécialiste en médecine interne de l?Etat, le Dr Bundhun, pour assister à cet examen dans les locaux des médecins légistes en présence du Dr Basdeo Goolaup, médecin traitant de Dev Hurnam. Ceux-ci constatent que Dev Hurnam souffre ?d?anxiété et fait une forte tension artérielle?.

À un certain moment, les médecins présents veulent que le cardiologue de service à la Cardiac Unit de Candos vienne examiner Dev Hurnam dans le même bâtiment où se pratiquent les autopsies. Ce cardiologue, le Dr Asrak Patel, demande au Dr Mohungoo que Dev Hurnam soit transporté dans les locaux de la Cardiac Unit. L?avocat parlementaire objecte à cette demande. Devant son refus, les médecins légistes n?insistent pas. Ils acceptent de le faire transporter au Centre de chirurgie cardiaque de Pamplemousses pour des examens ?approfondis?.

Un médecin de l?Etat, cardiologue de formation, a confirmé à l?express hier soir que les examens effectués au centre cardiaque de Pamplemousses peuvent aussi se faire à l?hôpital Victoria, même si le Dr Goolaup, médecin généraliste, affirme le contraire. Ce dernier soutient que ?Dev Hurnam est sous traitement de Warfarine - un médicament anticoagulant - et qu?il doit subir des tests sanguins régulièrement?. Il affirme que son ? patient? ne peut rester en cellule policière.

Un cardiologue de l?Etat, joint par l?express, soutient le contraire. ?Ces tests sanguins peuvent se faire tous les trois jours même en cellule?. Il ajoute qu?un électrocardiogramme aurait donné des indications claires sur l?état de santé de Dev Hurnam. D?autre part, l?express a appris que, depuis son arrestation, Dev Hurnam n?a pas jamais reçu une attestation médicale émanant d?un cardiologue de l?Etat dont le nom est enregistré auprès du Medical Council.

Contrairement à ce qu?espéraient les enquêteurs de la brigade antidrogue, Dev Hurnam n?a pas passé la nuit en cellule policière mais au Cardiac Centre de l?hôpital du Nord. C?est la colère dans le camp des enquêteurs mais aussi au plus haut niveau au sein de la force policière qui crie au ?scandale?. Un haut gradé de la police se dit ?très déçu?. Par ailleurs, le commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh, a sermonné les médecins légistes, qu?il a convoqués à son bureau.

D?autre part, hier matin à sa sortie de la City Clinic pour se rendre à la Bail and Remand Court concernant le prolongement de sa détention provisoire, l?avocat marchait vite et semblait sûr de lui avec ses dossiers sous le bras. Il devait lancer cette phrase avec une teinte d?humour au coiffeur Amit venu en cour . ?Eta to finn blié coup mo seve.?

Le magistrat Lutchmeeparsad Aujayeb a, dans son ruling, rejeté la motion de Dev Hurnam réclamant que la ?stay of execution? de sa libération sous caution demandée par le Directeur des poursuites publiques (DPP) soit rayée. L?avocat est accusé provisoirement d?avoir donné des instructions à Antoine Chetty, garde du corps et chauffeur du notaire Vinay Deelchand, pour agresser physiquement le Senior Puisne Judge Bernard Sik Yuen et assassiner deux officier s de police.

La motion de Hurnam est irrecevable, dit le magistrat, car la demande du DPP a été logée en Cour suprême. Il s?est aussi appuyé sur la déclaration de l?ASP Murugan que l?enquête n?a pas encore été bouclée. Les enquêteurs doivent encore consigner des dépositions de l?avocat pour vérifier des faits qui ont surgi au cours de l?enquête, indique l?ASP Murugan.

Hurnam accuse le commissaire de police d?outrage à la cour

Dev Hurnam a obtenu toutefois l?autorisation du magistrat de faire une déclaration sur son état de santé. L?avocat parlementaire a dit qu?il avait l?intention de faire cette déclaration in camera, étant donné les ?disturbing press reports?, mais qu?il avait changé d?avis. Il a déclaré que son médecin traitant, le Dr Basdeo Goolaup, l?a autorisé à se présenter au tribunal sous supervision médicale. Après son arrestation, le 16 avril dernier, il a été examiné par le Dr Prakash Doolub, cardiologue, qui l?a référé à la Cardiac Unit de l?hôpital Victoria où il a été vu par le Dr Moossa. Comme sa pression artérielle était de 16/9, celui-ci a pris contact avec le consultant, le Dr Ramjuttun, mais il n?a pas été admis.

Après sa comparution devant la BRC, il est tombé malade. À l?hôpital Jeetoo, les spécialistes ont constaté qu?il a un problème cardiaque. Il a été transporté au centre cardiaque de Pamplemousses pour une angiographie. Selon lui, il souffre de ?ventriculum and coronary artery abnormality?. L?examen aurait révélé des caillots de sang dans une de ses artères. Il a ainsi été immobilisé pendant trois jours. Quand il est retourné en salle, il dit avoir constaté que des éléments de l?Adsu prenaient note des injections qu?on lui administrait. Il a protesté et demandé à être transféré dans une clinique privée.

C?est alors qu?il a été admis à la clinique Med Point pour être ensuite transféré à la City Clinic quand le Dr Prakash Doolub n?a pu continuer à assurer ses soins. L?avocat a expliqué qu?il est toujours en traitement et que le commissaire de police a donc commis un outrage à la cour en envoyant deux médecins légistes l?examiner à la City Clinic. C?est pour cela qu?il n?a pas obtempéré. Dev Hurman soutient que les caillots de sang peuvent lui être fatals si son traitement n?est pas assidu.

Dans une deuxième motion, l?avocat a demandé à la cour de lui accorder la liberté sous caution. Me Yvon Jean-Louis, State Counsel, a invité le magistrat à rejeter la demande. Il a dit qu?il ne mettait pas en doute l?état de santé de Dev Hurnam mais qu?il considérait que ce dernier n?est pas un expert médical. Il déclare que l?opinion de Dev Hurnam sur les caillots de sang dans une artère doit être vérifiée par des médecins légistes.

Me Jean-Louis a ensuite rappelé que la motion de ?stay of execution? du DPP est en Cour suprême et que, de ce fait, Dev Hurnam doit être conduit en cellule policière. Il a dit ne pas partager l?avis de l?avocat sur l?outrage à la cour fait par le commissaire de police. ?La police n?a fait que son travail administratif courant.? Il a demandé que Dev Hurnam soit examiné par des médecins légistes. Le magistrat a tranché en faveur de la poursuite.

Ne perdant jamais son impudence, Dev Hurnam a donné des sueurs froides aux hommes d?Hector Tuyau. Malgré ce ruling de la cour, il n?était pas disposé à aller à l?hôpital pour se faire examiner. Il a fait comprendre qu?il n?avait pas reçu de décharge de la clinique et que cet examen ne pouvait se faire à l?hôpital. Il a obtempéré seulement une demi-heure plus tard.

Jamais un homme n?est arrivé à défier autant d?institutions et à s?en sortir si bien. On peut penser ce qu?on veut de son action, mais celle de l?Etat risque fort d?être perçue comme l?illustration d?un système à deux vitesses.

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