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Ces policiers qui font de l?auto-stop

21 août 2005, 00:00

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«80 % des policiers font toujours de l?auto-stop pour regagner leur domicile ! » Il ne souhaite pas révéler son identité, mais il tient à souligner ce fait. Le constat est poignant. R.S., policier rencontré dans les rues de Port-Louis, a connu des heures sombres au cours de sa carrière. Il s?indigne contre ce manque de considération envers les policiers qui font du night shift et qui ne bénéficient d?aucun moyen de transport, que ce soit pour rentrer ou pour quitter leur lieu de travail.

Ils ne sont pas les seules victimes. Au cours d?une réunion au ministère du Travail, samedi dernier, plusieurs syndicalistes ont fait des observations à propos des travailleurs affectés par ce problème. « Etant donné qu?ils s?occupent eux-mêmes de la sécurité du public, il n?est pas normal de constater que les gardes de sécurité, les policiers ou certains employés du privé n?ont toujours pas de facilités de transport pour rentrer chez eux ! », s?exclame Radakrishna Sadien, président de la Government Servants Association. Son opinion là-dessus est sans appel : il faut trouver une solution à ce problème qui perdure depuis des lustres.

Zizanie au sein du gouvernement

Reaz Chuttoo, président de la Federation of Progressive Unions, trouve lui aussi que cette situation est inconcevable. Il se souvient que cela avait déjà semé la zizanie au sein du gouvernement en 1998. « Le Commissaire de police s?était penché sur la question et il était parvenu à un accord. Que les policiers soient affectés à des postes de police qui sont proches de leur lieu de résidence. Mais voilà, ce n?est toujours pas le cas ! »

Il définit également la situation des vigiles de précaire. Ceux-ci sont bien souvent employés sur des bases contractuelles, à durée déterminée.

L?employeur ne se voit donc pas dans l?obligation de leur fournir un moyen de transport. Reaz Chuttoo s?interroge sur le nombre d?employés du privé qui sont eux aussi confrontés à ce manque d?attention de leur employeur. Surtout, rappelle-t-il, que le shift system prend de plus en plus d?ampleur dans le monde du travail. Quelle serait donc la solution ? se demandent ces syndicalistes.

« Sept à huit mille gardes de sécurité opèrent le soir. Ils travaillaient presque 72 heures par semaine, réparties sur six jours. Nous proposons nous, de réduire cette marge à 48 heures la semaine », explique Yousouf Sooklall, de la Free Democratic Unions Federation. Il cite le Labour Act de 1995, qui stipule qu?en cas où le transport public ne fonctionne pas, c?est à l?employeur de s?assurer que l?employé puisse regagner son domicile.

Manque de consideration dans le travail de nuit

Yousouf Sooklall parle d?une solution qui va « humaniser les conditions de travail ». Tant d?individus sont touchés : les employés des casinos, des discothèques, des usines et même les receveurs et les conducteurs d?autobus. Ce syndicaliste déplore le manque de considération dans le travail de nuit, où les conditions sont dures.

« Anou pran bann polisie par exanp, zot bann san voi, zot pa mem ena bann risk allowance ! Nous souhaitons tous la mise en place rapide d?un système qui résoudra tous ces problèmes », propose Yousouf Sooklall. Interrogez donc un policier et il vous parlera de son calvaire toutes les nuits pour chercher un transport. R.S. témoigne à nouveau de cette injustice : « Ce métier comporte des risques. Moi-même, j?ai perdu l?usage de mon annulaire dans une bagarre. J?étais seul contre sept brigands ! Et maintenant on nous demande même de nous débrouiller pour rentrer chez nous, voire pour prendre notre service. C?est intolérable ! ». Il est vrai que ces employés ont droit à une allocution de transport, mais le problème lui, reste entier.

Alors, si vous voyez un ouvrier, un conducteur d?autobus ou un vigile au bord d?une route déserte, faisant de l?auto-stop, il se pourrait peut-être qu?il ait grand besoin d?un coup de pouce !

QUESTIONS À ...VASANT BUNWAREE, MINISTRE DU TRAVAIL

« Je leur ai déjà donné un lift »

Les syndicats ont soulevé un problème qui mérite attention. Qu?en pensez-vous ?

Je suis agacé par le fait que ces gens qui travaillent tard fassent face à une telle difficulté. Il faut comprendre la question, voir qui sont ceux qui sont touchés. C?est un problème dramatique ! C?est une chose qui me touche personnellement, de savoir que des gens travaillent jusqu?à minuit, sur des shift systems et doivent faire du stop pour rentrer chez eux !

Etiez-vous déjà au courant ?

Oui, j?en avais entendu parler. J?ai même eu affaire à de tels cas. Personnellement, je connais des policiers qui m?en ont parlé et que j?ai aidés en leur donnant des lifts. Un homme était venu me voir pour me raconter son histoire. Il avait eu un boulot de vigile très loin de chez lui. Dans la mesure où il habite au Sud et ne possède pas de transport, ses employeurs lui ont dit qu?il devrait dormir au bureau. Et qu?il repartirait très tôt le lendemain ! Ce n?est pas possible ! La différence, c?est qu?avant je n?avais pas le pouvoir de changer tout cela. Maintenant, je compte me pencher sur la question.

Quelle solution proposerez-vous ?

Il y a tant de secteurs d?activités qui sont concernés, qu?il faudra appliquer une solution particulière à chacun. Nous tentons de cerner le problème. Le dossier est étudié au bureau du Premier ministre. Pour les usines et les entreprises privées, ce sera peut-être aux employeurs de fournir un moyen de transport adéquat aux employés. Nous allons dialoguer avec eux pour voir comment stopper ce fléau. Je ferai ce qu?il faut pour résoudre alléger le fardeau de ces victimes.

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