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Ces pharmaciens magouilleurs

4 septembre 2005, 00:00

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Des médicaments de l?État ? inhalateurs et sirops contre la toux ? saisis dans une pharmacie de Mahébourg. Ce maigre butin obtenu après la perquisition de 83 pharmacies en fin de semaine révèle un trafic auquel l?hôpital Jeetoo serait lié d?après les autorités. On est en droit de se demander à quelles autres ruses s?adonnent certaines pharmacies pour mettre du beurre dans leurs épinards. « Tout ceci n?est que le sommet de l?iceberg », commente un professionnel. « C?est un milieu où les magouilles sont légion. C?est un vrai underworld. » Ainsi, les médicaments, vendus en principe uniquement sur ordonnance, sont disponibles dans certaines pharmacies. Il suffit de demander.

Plus grave, des propriétaires de pharmacie profitent de l?absence du pharmacien pour faire des trafics juteux. Sirops contre la toux et psychotropes sont vendus à prix d?or à des junkies en manque. « Il y a là une double violation puisqu?une pharmacie n?a pas le droit d?exercer sans pharmacien. Le manque de personnel encourage ce genre de trafic », explique Mosadeq Sahebdin de l?Institut pour la protection des consommateurs.

Il évoque la connivence qui existe entre pharmaciens et médecins. « À Flacq et à Vacoas, dans certaines pharmacies, une simple cloison sépare le cabinet médical. » Après la consultation, le patient va directement dans l?officine parce que c?est plus pratique? « Aux médicaments génériques moins chers, ces médecins préfèrent prescrire ceux sur lesquels ils sont sûrs d?obtenir une commission. » Parfois, signale une autre source, le docteur est rémunéré en échantillons de médicaments qu?il monnaye plus tard.

L?appât du gain est motivé par les frais de fonctionnement d?une pharmacie. « Il comprend un salaire de Rs 35 à Rs 40 000 pour le pharmacien et environ Rs 5 000 pour chaque dispenser, plus les frais de location, l?eau et l?électricité? » Pour être rentable, une pharmacie doit réaliser un chiffre d?affaires de Rs 50 000 par jour.

Ravin Gaya, président de la Pharmaceutical Association of Mauritius, trouve inadmissible le trafic de médicaments de l?État, mais se désole de voir la quasi-impunité dont bénéficient ceux qui bafouent la loi. Il est grand temps de l?actualiser. « J?obtiens souvent des renseignements sur les trafics allégués de certaines pharmacies. J?en informe les autorités, mais le problème c?est que ces personnes s?en sortent avec une amende. D?où notre requête au ministère de la Santé pour renforcer la loi. »

Il dénonce la politique de petits copains entre des hauts fonctionnaires du ministère et des pharmaciens véreux. Ceux qui trafiquent devraient voir leur permis révoqué, dit-il. Pour exercer un meilleur contrôle, seuls les pharmaciens devraient avoir le droit d?exploiter une pharmacie.

Transfert

La quarantaine de dispensers affectés à la pharmacie de l?hôpital Jeetoo a été transférée hier, « pour les besoins de l?enquête », dit-on au ministère de la Santé. Cette décision est mal inspirée selon Radhakrishna Sadien, de la Government Servants Association. « C?est perçu comme un transfert punitif. On ne fait que déplacer le problème. »

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