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Ces ouvriers indiens si loin de chez eux

22 septembre 2004, 20:00

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L?opération donne des sueurs froides aux profanes. Se jouant de la gravité, deux soudeurs évoluent, attachés à des câbles de sécurité, à 15 mètres du sol. Perchés sur des barres métalliques, ils s?attellent à l?achèvement du toit de la salle principale du Centre de conférences de Pailles.

Sa construction a nécessité 46 tonnes de métaux lourds. L?immense pièce, plongée dans la pénombre est, par instants, illuminée par les étincelles provoquées par le fer à souder. ?C?est vrai que le travail est dur, mais il se déroule dans une bonne ambiance?, lâche un des ouvriers, perché sur son échafaudage.

Loin de leur terre natale, 465 ouvriers indiens sont engagés dans la construction du Centre international de conférences de Pailles. Il accueillera, au mois de janvier, la conférence des Nations unies sur les petits Etats insulaires.

Munis de casques de sécurité de couleur jaune, les ouvriers s?agitent dans tous les sens. Des éclats de voix, transmettant des ordres, surgissent ici et là. Il ne reste en effet qu?un peu moins d?un mois avant que le bâtiment ne soit livré. Les ouvriers ?uvrent sans relâche pour terminer les finitions de 8 heures 30 du matin jusqu?au-delà de 22 heures.

Le visage en sueur, Banda Mallesham, 22 ans, arpente les larges couloirs à la recherche d?un de ses hommes. Une plaque de granit, qui ornera le hall d?entrée de 2 000 mètres carrés, doit être taillée. Sous l?apparence frêle de ce jeune homme originaire de Bombay, se cache un chef d?équipe efficace. Employé par l?entreprise de construction Larsen & Toubro Limited (India), Banda a déjà eu l?occasion de travailler dans de nombreux pays avant de prendre l?avion pour Maurice. ?Je suis arrivé au mois de janvier et je dois dire que j?ai rarement eu l?occasion de travailler dans un pays aussi agréable?, affirme-t-il, adressant un regard en coin au chef de chantier. Ayant beaucoup entendu parler de Maurice, il n?a pas hésité une seconde avant d?accepter la proposition d?y venir travailler. Tout comme ses collègues, il a lui aussi succombé aux clichés tels que : ?Mauritius, a heaven on earth?.

La fin des travaux marquera le retour de Banda et de ses collègues vers la grande péninsule. Toutefois, cette perspective ne semble pas tous les réjouir. ?Beaucoup d?entre nous aimerions bien travailler encore quelque temps ici avant de rentrer?, confie Muthu Murugesan, 26 ans, entre deux coups de marteau.

Loin de l?agitation qui règne sur le chantier, quelques ouvriers, de repos ce jour là, récupèrent des forces dans leurs dortoirs qui sont situés juste derrière le centre de conférences. Il faut, pour s?y rendre, emprunter des ruelles escarpées, entravées par du linge en train de sécher. L?entrée de la ?Labours? colony? est signalée par le ?Time Office?, sorte de minuscule régie où sont consignés les présences et les allées et venues des employés. A l?intérieur, trois intendants, penchés sur leurs tables de travail, s?affairent à mettre à jour les registres.

De l?autre côté de la ruelle, une cantine a été construite. Elle est destinée aux travailleurs indiens qui résident sur place. Elle fait penser, à quelques exceptions près, à une grande salle de classe, avec ses pupitres et ses tables pouvant uniquement accueillir deux personnes. Des boîtes de lait, entamées le matin même, traînent sur quelques tables. Le bruit des conversations du matin a rapidement laissé place à un sifflement incessant provoqué par l?infiltration du vent entre les feuilles de tôle dont est fait le toit.

Allongé sur son lit, Sudesh, et deux autres de ses collègues, discutent de l?après-Maurice. ?Nous ne savons pas encore si nous pourrons revoir nos familles ou si nous serons affectés à un autre site de construction dans un autre pays?, fait ressortir Sudesh, la trentaine. Les dortoirs, où ont été installés des lits superposés, peuvent accueillir 32 personnes.

Moments de tristesse

Pour Valupala Babu, 23 ans, le plus dur est d?être séparé de sa famille, surtout lorsqu?il s?absente plusieurs mois. Marié et père d?un garçon, Valupala confie avoir quelquefois des moments de tristesse même s?il reçoit régulièrement de leurs nouvelles. ?Je travaille beaucoup et cela m?aide à ne pas trop y penser.?

L?absence d?intimité dans les dortoirs incite les ouvriers à avoir recours au système-D. De simples boîtes en carton, attachées à des poutres à l?aide de cordes, servent de placards pour entreposer vêtements et autres objets personnels. Ailleurs, les draps ont été utilisés pour confectionner des rideaux servant de séparation entre les rangées de lits. Dans d?autres bâtiments encore, des cordes, traversant la pièce de part en part, servent à mettre le ligne à sécher. Les conditions de vie, même spar-tiates, demeurent correctes.

Un seul point commun subsiste dans tous les dortoirs : l?amour pour l?Inde, la terre natale des ouvriers. Des affiches, représentant le Taj Mahal ou d?autres lieux mythiques, rappellent l?affection que portent ces hommes à leur patrie. La télévision, installée sur une table dans un coin de la pièce, retient l?attention. Sur l?écran, défilent, silencieuses, des images de Maurice. Posé à même le sol, un ventilateur, tournant à plein régime, tente en vain d?apporter un peu de fraîcheur. Une multitude de fils enchevêtrés, qui se croisent et s?étirent vers les rares poteaux, alimentent les bâtiments en électricité.

Tout travail mérite détente. Les responsables du chantier l?ont compris. Des sorties en groupe sont régulièrement organisées pour permettre aux ouvriers de se relaxer tout en découvrant le pays. Les travailleurs ont ainsi pu se rendre à Flic-en-Flac, Grand-Baie, Tamarin. Certains ont même pu effectuer un pèlerinage à Grand-Bassin. Les autres soirs, des parties de cartes s?orga-nisent entre dortoirs. Ces rencontres, expliquent les ouvriers, leur permettent de se détendre avant de reprendre le travail souvent éreintant.

Sushant Shah Deo, Project Manager de Larsen & Toubro Limited (India) explique que l?appel aux travailleurs étrangers est nécessaire uniquement sur les grands chantiers tels que celui de Pailles. ?C?est dommage qu?il n?y ait pas plus de chantiers importants à Maurice. Cela nous aurait permis de rester un peu plus longtemps et profiter de votre climat?, déclare t-il.

En attendant de revoir leur pays natal, Banda, Valupala et les autres s?efforcent d?accomplir du mieux qu?ils le peuvent les tâches qui leur incombent. Un bien long voyage les attend. Peut-être même un nouveau chantier de construction quelque part en Inde.

«L?absence d?intimité dans les dortoirs incite les ouvriers à avoir recours au système-D. De simples boîtes en carton, attachées à des poutres à l?aide de cordes, servent de placards?»

CONFÉRENCE DES PETITS ÉTATS INSULAIRES

Engagement financier minime de Maurice

■ L?engagement financier de Maurice, en tant que pays hôte de la Conférence des Nations unies (Onu) pour les petits Etats insulaires sera minimisé. C?est ce qui ressort d?une récente mission du Secrétaire aux affaires intérieures, Suresh Seeballuck, à New York.

Le Premier ministre, Paul Bérenger, a présidé lundi la 13e réunion préparatoire sur cette conférence, en présence du vice-Premier ministre, Pravind Jugnauth, et des ministres de l?Agriculture, de l?Industrie, de l?Environnement et de l?Education. Ils ont pris note des pays contributeurs au ?Voluntary Trust Fund?, où se retrouvent les Emirats Arabes Unis, le Qatar, le Mozambique et le Chili. Le Centre de conférences, en construction au Domaine Les Pailles, sera livré fin octobre. Il coûte plus de Rs 500 millions. La deuxième mission de l?Onu viendra constater l?achèvement des travaux du 24 au 29 octobre. Durant cette période, la convention d?accord sera signée entre Maurice et l?Onu.

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