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Ces modèles étrangers

6 septembre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Par Shyama SOODUR</B>

Les nouveaux agents de vente de la Banque mondiale (BM) et du Fonds monétaire international (FMI) se nomment Irlande, Chili, Mexique ou encore Nouvelle-Zélande. Ce n?est pas qu?ils ont tous été coachés par les institutions de Bretton Woods. Mais leurs succès accréditent le libéralisme économique prôné par celles-ci. Une politique qu?elles tentent, pas toujours avec succès, d?imposer aux pays en développement.

Il fut un temps où Maurice comptait, elle aussi, parmi ces bons élèves de la BM et du FMI. Sa réussite des années 90 et l?amélioration subséquente du niveau de vie de ses citoyens étaient proposées comme modèle à émuler aux pays de la région. Pourquoi l?île ne se soumettrait pas à son tour à cet exercice d?humilité qui consiste à accepter des leçons des autres ? Les partis de l?opposition crient au scandale. L?arrivée des consultants ayant présidé à la transformation de l?Irlande, du Chili, du Mexique ou encore de la Nouvelle-Zélande met en évidence l?inaptitude des gouvernants du jour, disent-ils. Pourquoi, sinon, iraient-ils prendre des leçons particulières avec des étrangers ?

Poussant l?argument politicien plus loin, ils accusent le régime au pouvoir de recourir aux étrangers pour vendre à la population un plan de redressement économique qui ne fait pas l?unanimité. Pour eux donc, la série de conférences données à l?intention des acteurs sociaux, économiques, civils et politiques du pays ne serait en réalité qu?un vaste exercice de propagande. Allons dire que tout est permis en politique comme à la guerre. Encore que si l?objectif de l?action politicienne est de servir l?intérêt du pays, le lever de bouclier actuel disqualifierait, à première vue, ceux qui opposent par défaut. Car qui oserait prétendre aujourd?hui qu?il détient les réponses à tous les problèmes affligeant une économie comme Maurice ?

L?État actuel semble avoir les bons réflexes. Il prône un allégement et un assouplissement des structures administratives de l?État, une refonte du régime fiscal et une réinvention de sa stratégie de séduction à l?égard des investisseurs étrangers. Il déclare sa volonté de surveiller ses dépenses, à remettre en question certains principes fondateurs de l?Etat providence.

Avant Maurice, les pays dont des anciens dirigeants viennent nous prodiguer conseils, s?y sont essayés avec un certain succès. Le Mexique, par exemple, a remporté le pari de privatiser les prestations sociales et de cibler l?aide de l?Etat aux plus démunis. Le gouvernement mauricien a pris un assez mauvais départ sur ce front. Des mesures précipitées, mal expliquées ont dressé le public contre lui. Santiago Levy, le directeur général du Mexican Social Security Intsitute, pourrait lui apprendre une chose ou deux sur le meilleur moyen de procéder.

L?Irlande, le plus pauvre parmi les riches d?Europe, est devenue en 15 ans l?un des pays les plus prospères. Une conjonction de facteurs, sans doute difficiles à reproduire ici, a contribué à l?essor. Mais Maurice pourrait s?inspirer de l?approche celte qui a toujours reposé sur le dialogue social. Elle pourrait apprendre de la volonté des Irlandais à investir dans la science et la connaissance, les seuls vrais moteurs d?une croissance durable.

La Nouvelle-Zélande a réussi sa transition du statut d?économie agraire et dépendante des préférences commerciales à celui d?un acteur dynamique et compétitif. Confrontée à l?effondrement des régimes préférentiels qui ont été derrière le succès des industries textile et sucrière, Maurice pourrait s?appuyer sur l?expérience néo-zélandaise pour transcender son propre déficit d?idées créatives pour sortir du marasme.

Bien sûr, se fier aux modèles étrangers n?est pas sans risques. Souvent, les histoires de succès sont nuancées. Par exemple, l?expérience du Chili démontre clairement le danger de laisser l?économie entièrement entre les mains de technocrates. Les Chicago Boys du général Pinochet ont longtemps plongé le pays dans les abîmes de la récession.

L?humilité est la première des vertus. Elle n?exclut nullement l?exercice d?un esprit critique. C?est à celui qui reçoit la connaissance de faire le tri et de ne retenir que ce qui lui est utile. Quand on a compris cela, on a tout compris.

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