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Ces ?mari minis?précurseurs de la parité?
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Ces ?mari minis?précurseurs de la parité?
L?homme est systématiquement désigné comme un obstacle à la présence des femmes en politique. Or, quelques hommes ont accepté que leurs épouses fassent de la politique active, à l?instar de Raj Bappoo, mari de Sheila, ex-ministre de la Femme, et Yvon Marie, conjoint d?Arianne, l?actuelle titulaire de ce poste. Qu?est-ce qui les différencie des autres hommes ? A l?occasion du 8 mars, Journée internationale de la femme, ces précurseurs de la parité s?expliquent?
Raj Bappoo et Yvon Marie sont de la même génération. Le premier est retraité du ministère de l?Agriculture depuis un an à peine et le second a passé le cap des 55 ans la semaine dernière. Ils sont de ce temps quand les expressions telles que sexo-spécificité ou parité n?existaient pas, ni sur papier ni dans la réalité. L?un et l?autre sont des fanatiques de la politique, ils auraient pu en faire eux-mêmes. Alors comment expliquer qu?ils n?aient pas hésité à mettre leur ego de côté et à encourager leurs conjointes à s?engager ? A accepter pour eux le plus gros des responsabilités familiales et domestiques ?
Raj a été loin: il a créé une association informelle de ministres et de leurs conjoints, pour leur permettre de se défaire de leur stress. Yvon n?est pas en reste. En 1983, il a démissionné de son emploi pour se mettre à son compte. Il est ainsi plus disponible pour les siens. Récemment, il a poussé ?l?abnégation? jusqu?à adjoindre le nom de sa femme au sien : il s?appelle maintenant Yvon Navarre-Marie. Pour faire plaisir à ses enfants, précise-t-il.
En tous cas, ce n?est ni une absence de personnalité, ni un sens poussé du sacrifice qui est à la base de ces modes de fonctionnement et de vie. Pour Yvon, orphelin de père et de mère à 14 ans, l?environnement familial l?a influencé. ?Nous étions 12 enfants. Dès que mon père rentrait du travail, il prêtait main-forte à ma mère , faisant les courses, aidant à la cuisine.?
Modèle qui a été renforcé au contact de valeurs chrétiennes et sociales. Il a été longtemps engagé dans sa paroisse, et dans le scoutisme. C?est là qu?il rencontre Arianne Navarre, originaire des Chagos. Elle avait 17 ans et vivait au Dockers? Flats. Lui en avait 23.
Chez Raj, également tôt orphelin de mère, le respect de la femme est surtout une question de sensibilité. ?C?est dans mon tempérament. Je n?ai jamais supporté voir souffrir la femme.?
Raj rencontre Sheila au cours d?une célébration de Ganesh Chatturti. Elle est enseignante, elle a 21 ans et lui 23. Il est employé à l?Agriculture. Il parviendra à flatter le goût de son futur beau-père pour la chasse. ?J?étais moi-même chasseur et cela nous a rapprochés.?
<B>Grand bonheur</B>
Sylvio Michel, leader des Verts Fraternels, est l?intermédiaire qui approche Arianne pour une entrée en politique, juste avant la campagne de 1982. Les jeunes d?alors étaient épris de justice sociale. Yvon l?encourage. Il ne rate aucune réunion, aucun meeting. Face aux interrogations des gens surpris par son attitude (?to less to fianse fer politik??), il hausse les épaules. A celles qui méritent une réponse, il réplique : ?Si li pli konpetan ki mwa ek ki li so vocasion, mo bisin less li.?
Sa joie est indescriptible quand le Mouvement militant mauricien (MMM) remporte les élections haut la main. Une joie égale à la déception lors de la cassure, un an plus tard. Ils se marient cette année-là. Puis, c?est ?la traversée du désert? pour le MMM. Arianne et Yvon fondent leur famille. Jean David Christophe naît en 1984 et Magali Christine quatre ans plus tard.
Sheila elle découvre l?idéologie MMM avec feu Zeel Peerun, employé au Mauritius Sugar Industry Research Institute et ami de Raj avec lequel elle s?est mariée en 1968. Quand le parti demande à Sheila de s?engager, Raj est entièrement pour, même s?il réunit la famille pour la forme.
Il accompagne sa femme quand il le peut, mais n?oublie pas son devoir de réserve de fonctionnaire. Il méprise ceux qui pensent qu?il est inadmissible qu?une femme hindoue circule en sari et à des heures indues. Pour lui, il est important que sa femme brise les tabous. En 1979, les Bappoo fondent leur famille avec la naissance de Rina, suivie de celle de Vanisha.
Yvon se retrouve quasiment seul à s?occuper des enfants et de la maison. Raj bénéficie du soutien de sa belle-mère, qui vit avec eux et qui se charge notamment des repas.
Les responsabilités d?Yvon s?alourdissent quand Arianne est élue Junior Minister en 1995, puis ministre de la Femme en 2000. A deux reprises, pendant son absence du pays, Yvon doit gérer deux graves crises d?asthme de leur fils en pleine nuit. ?Sa présence m?a vraiment manqué dans ces moments-là mais je n?en ai jamais voulu à la politique. Pour moi, la politique est un travail important. Si je n?aide pas Arianne, qui le fera ??
Raj soutient Sheila dans tous ses combats politiques, que ce soit quand elle démissionne du MMM en 1979 ou qu?elle intègre le Mouvement socialiste militant par la suite. Engagement qui lui vaut d?être élue en 1983 et nommée ministre du Travail et ministre de la Femme en deux fois. Le tout pendant 14 ans d?affilée. Raj doit trouver des astuces pour consoler ses filles quand elles réclament leur mère, absente du pays. Il les emmène à la mer ou au restaurant.
Yvon a montré son agacement une fois, quand son épouse s?est dit trop fatiguée pour les sorties d?obligation. Raj, lui, n?a pas supporté quand sa femme, à qui il téléphonait au ministère, l?a pressé d?en finir avec l?entretien. Depuis, il ne l?a plus jamais appelée au bureau.
<B>Meilleur public</B>
Les deux hommes n?hésitent pas commenter l?action politique de leurs épouses. Raj avoue qu?il se fait passer pour le chauffeur de Sheila, quand celle-ci anime des réunions, pour mieux tâter le pouls de l?endroit. Yvon rapporte aussi à Arianne les propos qui lui ont été tenus.
A leurs yeux, la femme est un atout majeur en politique. Pour Yvon, la sensibilité de la femme la rend plus attentive aux problèmes d?autrui. ?La femme a le savoir-faire et le savoir parler. L?homme est plus direct dans son action et ses propos. Les deux se complètent?, déclare-t-il. Selon lui, le MMM devrait aligner 20 candidates.
Raj est plus catégorique : s?il y avait plus de femmes dans le Landerneau politique, celui-ci serait propre. ?Elles sont sincères, honnêtes et dévouées. Avec davantage de femmes, la politique aurait un autre visage. La vulgarité n?est pas pour elles, ni les considérations ethniques?, dit-il. Il réclame autant de femmes que d?hommes dans les partis. Il pronostique d?ailleurs la victoire aux prochines élections pour le parti qui alignera le plus de femmes.
Les deux hommes ne sont toutefois pas sur la même longueur d?onde pour les raisons de la sous-représentativité des femmes en politique. Yvon pense que les femmes se bloquent elles-mêmes. ?Ce n?est pas la structure du parti qui est un handicap. Ses portes sont ouvertes à tous. Y rentre qui veut. Il y a des femmes qui sont encore prisonnières de leur culture. D?autres ne veulent pas prendre de risques en abandonnant leur emploi et d?autres n?ont pas le tempérament pour se mettre en avant.?
Raj accuse les leaders des partis qui sont les ?otages des lobbies ethniques. Les bonnes intentions d?accorder plus de tickets aux femmes sont alors sacrifiées sur l?autel des considérations ethniques. Il en sera toujours ainsi sans réforme électorale?.
S?ils avaient besoin d?effacer leurs ardoises et de repartir à zéro, Yvon et Raj referaient les choses ?exactement de la même manière?. Ces précurseurs de la parité feront-ils école ?
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