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Ces manifestations qui nuisent au business

22 avril 2007, 00:00

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C?était un vendredi 13 pour les affaires. La mobilisation de la police face à l?annonce d?une manifestation au c?ur même de Port-Louis avait provoqué la fermeture de nombreux commerces et paralysé le centre nerveux de la capitale.

Et même dans les bureaux qui étaient officiellement ouverts, à l?image des différents ministères, les employés ont passé leur temps à regarder le déploiement de force de la police, plutôt que de travailler.

Si pour un jour de chômé, certains observateurs avancent le chiffre d?environ un demi-milliard de manque à gagner pour le pays, l?on ne peut pas vraiment quantifier celui encouru lors de cette demi-journée de perturbation dans la capitale. Et l?image des volets baissés fait immédiatement penser aux affaires paralysées.

<B>On comptait aussi des téméraires</B>

Mais la première impression est parfois trompeuse. Car si les volets d?Harel Mallac étaient fermés ce jour-là, un porte-parole de la compagnie, ne voulant pas paraître alarmiste, assure que les activités de la boîte continuaient normalement à l?intérieur.

« Par précaution, nous avons baissé les volets, mais c?était une décision de la direction. Notre show-room était accessible par la porte de derrière », précise ainsi Sharmila Kowlessur, responsable de la communication d?Harel Mallac. Ce-pendant, les agents de sécurité n?é-taient pas au courant de ce changement, car les gens qui se renseignaient à propos du show-room s?entendaient dire : « Revini lindi. »

Outre les entreprises fermées et celles qui donnaient l?impression de l?être, on comptait aussi des téméraires qui persistaient à vouloir opérer normalement, même dans les quartiers se trouvant au centre des mouvements annoncés. Il en allait ainsi pour la HSBC, malgré les perturbations. De-vant une première requête de fermer les locaux, les responsables de la banque avaient refusé, mais ont finalement cédé devant l?insistance de la police. La direction de la HSBC s?est refusée à tout commentaire.

Si cette manifestation a provoqué des remous à Port Louis, sans pour autant causer la fermeture de toutes les entreprises, peut-on aller jusqu?à dire que ce n?était pas si grave ?

« Comme lors de toute manifestation, c?était mauvais pour les affaires, d?autant plus que certaines entreprises ont dû fermer », explique Hamid Jhumka, économiste auprès de la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI). « Mais je n?ai pas de chiffres et ne peux faire d?estimations sur ce que le pays a perdu en termes de valeur ajoutée. Mais cela dit, nous devons être prudents et ne pas tomber dans les calculs simplistes. C?est difficile à quantifier et cela dépend des secteurs », poursuit notre interlocuteur.

<B>Le caractère sensible des incidents</B>

Ainsi, comme l?explique Hamid Jhumka, dans le secteur des services par exemple, les pertes peuvent être facilement amorties, car les employés s?arrangent pour rattraper les heures perdues. « Rattraper une demi-journée ne pose pas de problème en termes de valeur ajoutée. Mais il y a certains secteurs où l?on ne peut se permettre d?attendre. Par exem-ple, des clients qui voient que les volets d?une entreprise sont baissés iront vers une autre. Donc, cela représente une perte pour la compagnie. Toutefois, il ne s?agit pas de grosses sommes ici. »

Mais ce n?est pas parce qu?il n?y a pas eu de pertes conséquentes que les événements n?étaient pas de nature grave, prévient Hamid Jhumka.

Et devant le caractère sensible des in-cidents, personne ne veut se prononcer sur la question. À l?image de ce préposé du Board of Investment (BOI) qui affir-me : « Je ne crois pas que les investisseurs potentiels aient le temps de lire la presse locale. Ce qui est une nouvelle pour la population mauricienne ne l?est pas forcément pour eux. Le regard de ces gens est plus dirigé vers l?avenir. De toute façon, quel pays peut se vanter de n?avoir aucun problème de ce type ? » Ainsi, il semblerait que ces personnes veulent rationaliser en avançant l?argument que Maurice a toujours su se sortir de telles situations.

<B>Le message perçu par la population</B>

Ailleurs, même son de cloche. Christine Rochecouste-Collet, porte-parole de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (Ahrim), répond sans réserves : « On ne va pas prendre position ni commenter ces incidents. À ce stade, nous n?avons eu aucun écho de ces événements par des touristes ou par les membres de notre association. » Peut-on, pour autant sous-estimer l?impact de ces manifestations sur le regard que les institutions étrangères portent sur Maurice ?

Il faut savoir que la promotion de la destination mauricienne auprès de touristes ou des investisseurs n?a pas cessé de s?intensifier, et les implications de l?image du pays vis-à-vis de l?étranger ont changé. À titre d?exemple, lors de ce genre de mouvement de foule, les différentes ambassades à Maurice sont alertées (voir hors-texte). Et les répercussions de telles observations ont souvent une incidence directe sur les rapports établis par ces ambassades, à l?instar des fameux fact-files du département d?État américain. Lesdits fact-files sont souvent considérés comme un guide par de nombreux investisseurs potentiels voulant se renseigner objectivement sur Maurice.

À ce sujet, Hamid Jhumka évoque deux possibilités : « Ou les étrangers pensent que Maurice n?est pas un pays sérieux, et que le climat des affaires est souvent interrompu par de tels événements, ou alors ils y trouveront une démonstration de maturité des autorités face à une situation délicate. Il faut reconnaître que malgré les menaces, les choses se sont décantées. » Mais au-delà du message envoyé aux institutions internationales, Hamid Jhumka se penche surtout sur le message perçu par la population.

« Il existe la perception qu?il faut manifester pour obtenir quelque chose et ce n?est pas positif pour l?équilibre des autres composantes de la société. Mais du point de vue politique, cela démontre une certaine faiblesse de la part du gouvernement », poursuit Hamid Jhumka.

Selon lui, au moment où les négociations se poursuivent sur le sucre, le fer et le lait, cette manifestation n?a fait que rajouter aux sentiments négatifs qu?é-prouve le secteur privé vis-à-vis du gouvernement. « Nous ne comprenons pas dans quelle direction le gouvernement veut aller. C?est une incertitude qui alimente un manque de confiance et qui mène graduellement à une instabilité », conlut-il.

<B>Ambassades et avertissements</B>

Devant la dimension sensible des manifestations dans le centre de Port- Louis la semaine dernière, toutes les ambassades ont suivi avec attention ces événements. Toutefois, aucune d?entre elles n?était disposée à faire une déclaration à ce sujet. À l?instar de l?ambassade des États-Unis, où Victoria Delong a déclaré simplement que : « C?est une affaire domestique et nous sommes ravis que tout ait été réglé. Autrement, nous n?avons aucune déclaration à faire à ce sujet. » Du côté de l?ambassade de France, même son de cloche : « Généralement nous ne communiquons rien sur les affaires intérieures du pays pour qu?il n?y ait pas d?impression d?ingérence. » Mais ce mutisme ne signifie en aucun cas que ces obser-vateurs n?évaluent pas les implications de tels mouvements de foule à Maurice. Car à l?image d?un e-mail (voir fac-similé) communiqué aux ressortissants américains par leur ambassade, protocole ou pas, celle-ci avait des raisons de craindre pour la sécurité des Américains.

Extrait : « L?ambassade rappelle aux citoyens américains que même les manifestations pacifiques peuvent tourner à une confrontation et devenir violentes. Les citoyens américains sont vivement conseillés d?éviter les points de la manifestation si possible, et de faire preuve de précautions s?ils se retrouvent pris dans un tel point de rassemblement. L?ambassade conseille aux Américains d?éviter les foules, de faire preuve de discrétion et d?être vigilants en permanence. »

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