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Ces jeunes à la dérive
? La scarification : à la mode de Satan
L?adolescence est une période difficile à vivre pour certains jeunes qui trouvent dans l?automutilation un moyen de se soulager ou de vivre ses incertitudes. Le point sur ces pratiques pubertaires ou identitaires.
«On se mutile pour se défouler. Nous avons beaucoup de problèmes et quand on se coupe, on ne pense plus à rien. On est dans un autre état et on n'a pas mal. Ensuite on fait un pentacle de 25 points, on allume des bougies, on met notre sang sur tous les points et on invoque Satan. »
Cette confidence lâchée sans une once d?hésitation nous coupe le souffle. Qui aurait dit que derrière ce visage d?ange, ces dehors charmeurs, cet uniforme vert, se cache non seulement une fan de Marylin Manson, (un chanteur de hard rock aux longs cheveux, au maquillage démoniaque, qui fait des shows violents et imprévisibles) mais aussi une fan de rites « sataniques ». « Vous savez quand on a 14, 15 ou 16 ans, on est à l?âge rebelle, on est contre tout, c?est pour ça qu?on aime Manson. Sa musique nous reflète bien », explique cette demoiselle, qui n?est malheureusement pas une exception.
Nous avons fait un tour sous les arcades de Rose-Hill et à la gare de Curepipe. C?est effrayant de voir combien de garçons et de filles se sont scarifiés avec un cutter, une lame. Leurs mots sont durs : « We hate love, we love hate ». Leurs mots sont sombres : « On est tellement mal compris que quand on se coupe, on se sent soulagé ». Leurs mots sont naïfs aussi : « Mon copain le fait, c?est lui qui m?a appris mais je ne sais pas pourquoi on le fait. »
Mais que cherchent ces nombreux adolescents qui pratiquent l?automutilation ? À être renvoyés comme ceux du collège Eden de Rose-Hill ? Si le recteur n?a pas trouvé le temps de nous confirmer ces renvois, les élèves, eux, n?ont pas manqué de nous donner leur version des faits. « Des garçons se sont coupés le bras et un s?est coupé si profondément à l?école même, qu?on a dû le transporter à l?hôpital. Par la suite, les profs ont vérifié les bras des autres élèves, ceux qui avaient les bras mutilés ont été suspendus, d?autres renvoyés. »
Renvoyer des élèves, parce qu?ils clament une dévotion à une star de hard rock et qu?ils encensent l?automutilation, ne semble pas être la solution. Ce courant qui prône le culte de la douleur et du sang est surtout le signe d?un malaise profond qu?il faut attaquer à la racine. « 14-16 ans, c?est l?âge critique. Il faut encadrer ces jeunes-là, faire appel à des professionnels, des psychologues, des counsellors qui puissent trouver les mots qu?il faut pour orienter ceux qui sont vulnérables », estime Prem Saddul, responsable de la PSSA, en confirmant que les quatre élèves du collège Eden ont été transférés au lycée mauricien avec le consentement des parents. Le but étant de les changer d?atmosphère, de prendre un nouveau départ et de ne pas « contaminer » les autres.
Jacques Maillet, le recteur du collège Saint-Esprit, parle d?un ou deux cas isolés dans son établissement. « Ca m?a surtout frappé chez les filles. C?est inquiétant de voir qu?on peut s?infliger des souffrances inutiles. » Il souligne aussi le fait que souvent les jeunes crânent. « Ils font semblant d?être des durs mais au fond ils sont sensibles. » Au collège Renascence, Trilotma Aubeeluck, enseignante de Values in Education, compte bientôt mettre une boîte scellée à l'intention des collégiens qui ont des problèmes. « Ils pourront faire état de leurs difficultés sous enveloppe cachetée, et dans une autre boîte, on leur répondra et on les conseillera toujours par écrit. »
Quel que soit le moyen de les contrecarrer, ces fascinations morbides sont à prendre au sérieux. Les jeunes se sont inventé une mode qui peut leur coûter cher. Le sens de la révolte, leur curiosité naturelle pour le bizarre et le paranormal, la recherche d'une consolation ou du grand frisson peut les entraîner bien loin. La scarification pratiquée par les peuples africains depuis des décennies sert à indiquer la position sociale ou à témoigner d?un exploit. Elle est partie intégrante de leur culture et de leurs traditions. Dans notre contexte, ces mutilations n?ont rien à voir avec ces valeurs. Les adultes doivent donc se montrer attentifs aux discours et aux changements d?attitudes de leurs enfants. Des paroles de Marylin Manson écrites sur les pans de jeans, une tenue noire avec des t-shirts aux motifs sataniques, des cartables baignés de visage de Manson, une croix renversée, des spikes (bracelets en métal en forme d?épines) autour du poignet, du vernis à ongles noir? autant de signes qui doivent faire réagir. Il ne s?agit pas de faire peur, ni de diaboliser les jeunes. Il ne s?agit pas non plus de minimiser le phénomène. Il s?agit juste de faire prendre conscience que ces jeunes partent à la dérive et qu?il faut les aider à trouver leurs vrais repères.
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