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Ces faux illettrés de l?informatique
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Ces faux illettrés de l?informatique
«Fracture numérique. » Aux grands mots? diverses interprétations. Les résultats du dernier rapport du Central Statistics Office (CSO) en ont surpris plus d?un. En effet, 62,9 % des Mauriciens de plus de douze ans disent n?avoir aucune notion en informatique.
La conclusion de la fracture ? l?absence d?accessibilité à l?informatique ? entre deux tiers de la population et les autres, est vite faite. Des résultats alarmants, selon certains, pour un pays se targuant d?être une cyber-île. Toutefois, malgré la crédibilité et l?autorité du CSO, de nombreuses personnes contestent cette généralisation. Car pour certains, c?est la nature floue de la question énoncée qui serait à l?origine des chiffres affolants.
Outre la formation académique, l?aptitude à l?informatique se conjugue en effet en deux sens. D?abord le terme de computer literacy et celui de computer proficiency. Rechad Issack, prof d?informatique à Bocage International School, estime que « la plupart des gens ne feront pas de distinction entre les deux termes. Le mot anglais literacy, par rapport à la lecture et l?écriture, implique l?aptitude à pouvoir lire ? et aussi écrire ? n?importe quel texte choisi au hasard dans une langue donnée ».
Selon l?enseignant, le terme computer literacy se réfère à la connaissance de l?informatique, de la compréhension de son jargon à son utilisation pratique.
« En revanche, le terme proficiency impliquerait de plus grandes aptitudes techniques, voire la maîtrise de l?outil informatique. Cela explique sans doute le choix de l?appellation du Computer Proficiency Programme (CPP) qui a précédé l?IC3 », explique notre interlocuteur.
Ainsi, une fois les termes définis, les interprétations des statistiques publiées par le CSO varient. Elles sont contestées par certains, à l?instar de Ravin Ramsamy, président de l?ICT Advisory Council et Head of IT and Telecom à la Business Parks of Mauritius Ltd. « Personnellement je ne suis pas d?accord avec le CSO. Aujourd?hui, tous les étudiants de l?université de Maurice ou de l?université de Technologie ont le module d?introduction à l?informatique comme matière obligatoire. »
De plus, poursuit-il, depuis cinq à six ans, tous les collégiens de l?île étudient l?informatique jusqu?à la Form III, avant que la matière ne devienne optionnelle pour les autres années. « Il ne faut pas non plus oublier que nous avons une population intelligente. Grâce au programme CPP, nous avons déjà formé environ 46 500 personnes. Et la première promotion de l?Universal ICT Programme a permis à plus de 30 000 personnes d?acquérir des connaissances. »
Tout réside dans l?enseignement
Mais ces personnes, sont-elles pour autant computer literate ou computer proficient ? Ravin Ramsamy propose l?argument ainsi : « Il faut que les gens sachent utiliser l?ordinateur pour compléter des opérations de base. Par exemple, si demain remplir les fiches d?impôts se fait sur Internet, il faut que les Mauriciens s?adaptent. » Un exemple concret qui résume clairement la culture informatique promue par les autorités.
Cette culture n?est toutefois pas partagée par toutes les composantes de la population actuellement. Rechad Issack estime qu?à la base, tout réside dans la façon dont l?informatique est enseigné, et ce, quel que soit le niveau. « D?une discipline pratique, on en fait une matière trop académique. On fait fausse route avec l?assessment model pratiqué. »
L?enseignant entend par là le Cour-sework Project, qui demande aux candidats de 16-à 18 ans « de trouver quelqu?un avec un problème réel dans le monde réel et de le ré-soudre en développant ? seuls ? un système informatique prétendument réel, dans un langage de programmation qu?on n?a pratiquement pas le temps d?enseigner comme il faut en classe ». Ainsi, il ne s?agit pas d?illettrisme, mais de méconnaissance sur les applications pratiques de l?outil.
Même son de cloche chez Nasser Beeharry, enseignant primé pour avoir introduit l?informatique comme un outil pédagogique dans une école primaire.
« Nous avons encore un long chemin à parcourir dans le domaine de l?informatique malgré toute la bonne volonté incarnée par les cours dispensés. Les formateurs faillissent en n?enseignant pas ce que l?informatique peut apporter au quotidien. »
Une absence de vulgarisation
Et selon Nasser Beeharry, il n?est pas étonnant que de nombreuses personnes perdent tout intérêt pour l?informatique, même après un cours d?introduction. Surtout chez les adultes, qui nourrissent le mythe ou le blocage face à cette technologie qui « n?est pas pour eux » mais pour la génération actuelle. « Il faut que les formateurs réalisent que les termes tels qu?input device et output device ne font que compliquer les choses pour ces adultes. »
Une absence de vulgarisation qui a des répercussions sur la pénétration de l?informatique dans la population mauricienne. Et le constat est palpable. « Il y a de moins en moins d?élèves qui prennent l?informatique en Form VI et à l?université, tant à Maurice qu?en Europe et aux États-Unis.
On a déjà eu des classes d?informatique en HSC avec seulement un élève dans une star school », déplore Rechad Issack.
« Nombreux sont ceux qui débutent cette matière à l?école ou à l?université et qui réalisent que ce n?est pas ce qu?ils avaient imaginé », poursuit-il. « On leur propose d?apprendre à programmer ? presque toujours par eux-mêmes ? des Coursework Projects insipides et peu utiles, alors qu?ils veulent utiliser et maîtriser l?ordinateur et les applications, assembler des appareils, créer des réseaux, des sites Web dynamiques. »
Ainsi, ce n?est pas étonnant qu?une bonne partie de la population avoue ne pas avoir de notion? de ce qu?elle peut faire d?un ordinateur. Il ne s?agit là que d?une question de motivation. Car l?outil informatique ne se résume pas seulement aux jeux, à surfer sur Internet ou à télécharger de la musique et des photos. On peut aussi l?appliquer dans la vie de tous les jours.
Et c?est peut-être là que se situe l?illettrisme de bien plus que 62,9 % de la population.
LA QUESTION QUI FACHE
Le sondage du Central Statistics Office (CSO) s?inscrit dans le Continuous Multipurpose Household Survey que le CSO entreprend depuis 1999. Le module en question concerne les technologies de l?information et de la communication (Tic), enclenché en 2006, et portant sur un échantillon de 6 500 personnes. Même si les résultats ont surpris plus d?un, personne ne remet en question la méthodologie et la crédibilité de l?institution « qui a fait ses preuves » selon les statisticiens de cet organisme. Toutefois, dans ce cas précis, l?élément qui a suscité le plus de débat est : 62,9 % des Mauriciens de douze ans et plus disent n?avoir aucune notion en informatique.
Si cette déclaration est alarmante, mais révélatrice en soi, le contentieux se trouve dans la question posée. Celle-ci était : « Quel est le niveau académique le plus élevé que vous ayez atteint en informatique ? » Et les réponses proposées s?étalent d?« aucun » à « une licence universitaire » en passant par le niveau de School Certificate ou de Higher School Certificate. C?est à cette question que 62,9 % des 6 500 personnes interrogées ont répondu « aucun ».
À ce sujet, on apprend des officiers du CSO que le sondage est calqué sur un modèle qui se pratique ailleurs pour calculer le niveau de pénétration de l?informatique dans la population, sauf pour la question concernée. La question superflue du modèle pratiqué outre-mer aurait été proposée par le ministère de la Technologie informatique, qui n?avait pas anticipé l?effet boomerang.
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