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Ces députés qui s?activent sur le terrain
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Ces députés qui s?activent sur le terrain
«Mo pou bat ou.» Pooneswaree Marday est furax. «Lerla mo ava al dormi dan station.» Celle qu?elle menace ainsi est Kalyanee Juggoo, députée du n° 4 de Port-Louis-Nord-Montagne-Longue.
Un doigt sur les lèvres, la députée calme les récriminations véhémentes de cette «mandante». Qui l?attend de pied ferme depuis 11 heures au Citizen Advice Bureau de Sainte-Croix. Il est presque midi et demie. Une touffeur moite règne dans ce bureau assiégé de gens : le personnel qui aide la députée et les mandants qui patientent.
Derrière la porte coulissante, la file s?allonge. Une vingtaine de personnes sont là, toutes avec une misère, un désespoir, une difficulté à raconter. Assorties d?yeux rougis, de vêtements râpés, parfois troués, voire carrément sales. Souvent signes de pauvreté.
«Ayo, zis sa madam la ki pou kapav aid moi», confie Jean Michel Topize. Venu déverser ses tribulations pour trouver un logement dans les oreilles de l?élue. Fatigué. Il raconte comment il a fait la tournée de divers bureaux, de divers ministères, sans succès.
«Mo premie lane monn pass mizer»</B>
Lui, qui parle si fort dans la cour, baisse le ton une fois devant «madame». Cela semble être une caractéristique des «mandants». Car il faut raconter en deux minutes un problème personnel devant une foule d?inconnus. Lever un pan du voile sur sa misère quotidienne : les drains bouchés, les réverbères qui ne s?allument plus, les routes défoncées ou l?emploi dans le public pour le petit dernier.
Alors, on pose ses coudes sur le bureau et on murmure presque. Elle, selon les cas, appelle des fonctionnaires, note des numéros de téléphone et délivre des recommandations, c?est-à-dire des cartes format cartes postales où elle écrit : «Kindly look into?» avant de signer de la première initiale de son prénom.
«Le mercredi, c?est pour eux, mo pa al manze, mo rest lamem pou get zot», explique Kalyanee Juggoo. Qui après ses «consultations» à Sainte-Croix en matinée, reçoit les gens chez elle à Vallée-des-Prêtres, l?après-midi. «Mo premyer lane, monn pass mizer», se souvient-elle, quand on lui demande de raconter ce contact direct avec les électeurs. «C?est vrai que je dois subir la mauvaise humeur de certains, mais ces gens nous font confiance.» Au point de venir lui raconter des problèmes conjugaux par exemple. «Nous sommes aussi un peu psychologues dans ce cas-là.»
Plus tactique, Suren Dayal, député de la majorité, explique qu?il reçoit le lundi, qu?il rencontre les ministres le mardi au Parlement, «lerla travay fini fer». Son rôle, il l?envisage comme celui d?un intermédiaire. Celui qui aménage une rencontre entre des planteurs de pommes de terre ayant subi de grosses pertes, «avec Arvin», pour qu?ils touchent une compensation au plus vite.
<B>Un poste dans le gouvernement</B>
Mais pour quelles questions est-ce que les «mandants» viennent le plus souvent le solliciter ? Suren Dayal dresse la liste : «numéro un, c?est la recherche d?un travail, après ce sont les infrastructures défectueuses, les pensions, les promotions ou les transferts.»
Le travail ? Pas n?importe lequel. La clientèle des politiciens a ses exigences. Leur priorité : pourvu que ce soit un poste «dan gouvernman». Et si le député parle d?un poste vacant dans le secteur privé, les gens sont moins enthousiastes, quand ils ne se rebiffent pas carrément. «Il y a la directrice d?une usine de textile dans ma circonscription qui n?arrête pas de me demander de lui envoyer cinq helpers, dix machinistes, mais personne ne veut y aller.»
Etre un élu semble rimer avec être accroché au téléphone. «Quand il y a la sécheresse et qu?il y a des coupures d?eau, telefonn rest sone mem. Quand il y a des inondations, telefonn rest sone mem», résume-t-il. Avant de confier que comme il est prof de mathématiques au MGI, «les gens savent même à quelle heure j?ai des périodes libres et ils viennent me voir au collège. Quand je peux, je les reçois».
Proximité. Ce mot a une sonorité particulière pour Deven Nagalingum, candidat malheureux au n° 8. Quand on lui demande de raconter son expérience, il préfère parler de ses mandats de maires à Beau-Bassin-Rose-Hill : en 1996-1997 et en 1997-1998, ville où il a été conseiller pendant une décennie. «C?est là que tout a commencé, affirme-t-il. Sa méthode, «le maire qui va voir les mandants». En emmenant avec lui les fonctionnaires de la ville, «pour que les gens aient des réponses en direct à leurs doléances». En se disant aussi que recevoir de 9 heures à midi, ce n?est pas assez. «J?allais sur le terrain très tôt, à 5 h 30 parfois, et je restais jusqu?à 23 heures d?autres fois.
Autre «truc» du métier, impliquer les citoyens dans les actions prises. Exemple cité par Deven Nagalingum : quand il y a un terrain vague envahi par les immondices, ne pas se contenter de nettoyer, mais demander aux habitants de le faire, demander aux enfants de réaliser une fresque s?il y a un mur dans l?enceinte. «Cela leur donne un sens d?appartenance.» Sauf que cela n?assure pas une ré-élection !
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