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Ce lait mauricien qui compte pour du beurre
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Ce lait mauricien qui compte pour du beurre
À la ville, à la campagne, tout autant que dans nos hôtels de luxe, toute l?île Maurice boit du lait en poudre, importé principalement d?Australie et de la Nouvelle-Zélande. Mais les Mauriciens ne boiront jamais du lait en poudre made in Mauritius. La substitution du lait en poudre importé par du lait frais produit localement est cependant possible.
Le marché du lait, c?est surtout un marché dépassant Rs 1 milliard. Un marché juteux et assez volatile avec des augmentations de prix qui étaient devenues presque mensuelles ces derniers mois. Puis est arrivée une douche froide qui a surpris les importateurs.
«Je suis choqué de constater que plusieurs familles mauriciennes consomment du thé nature (dite pir) parce que le lait en poudre a atteint un prix prohibitif», s?écriait le ministre du Commerce, Rajesh Jeetah. Depuis, il est passé aux actes et le gouvernement a fini par fixer la marge de profits des importateurs de lait à 14 % . Certains importateurs réalisaient une marge de 40 % révélait une étude gouvernementale.
La clé sous le paillasson
Alors que la bagarre fait rage entre le ministre et les importateurs, Jean-Cyril Monty, responsable du desk de la diversification à la Chambre d?agriculture, vient lancer un pavé dans la mare : «Dans quelques années, le prix du lait en poudre importé sera hors de la portée de la majorité des Mauriciens, tant les prix auront grimpé.»
Jean-Cyril Monty remet ainsi les choses dans une autre perspective et affirme que la tendance à la hausse du prix du lait va se maintenir et s?accentuer avec la fin des subventions aux producteurs de lait européens. Cette inflation du prix du lait est aussi provoquée par la Chine qui importe de plus en plus de lait.
Une augmentation de prix qui fait peur. Du coup, avec ce marché local de lait en poudre qui représente Rs 1,06 milliard, on repense à la production locale.
Pas seulement du lait, mais aussi des produits dérivés, dont le beurre et le fromage dont l?importation a connu, de 1997 à 2004, une augmentation de 86 % en termes de devises étrangères.
Mais voilà, il n?y a plus de producteur de lait digne de ce nom à Maurice. Tous les grands producteurs du passé ont depuis longtemps mis la clé sous le paillasson. Mon Loisir, Mon Désert et Union sont les trois sucreries qui ont été très loin dans une production industrielle de lait à partir de 1982. Avec des investissements colossaux. Entre Rs 10 à 15 millions de l?époque.
Cependant, l?objectif de produire 30 millions de litres de lait par jour, qui représenterait 40 % de nos importations, ne sera jamais atteint. Ces producteurs de lait ainsi que les petits producteurs n?arriveront pas à dépasser plus de la moitié de cet objectif avant de disparaître du marché.
«Des erreurs du passé»
Et leur échec retentissant a été causé par plusieurs raisons. «La production locale de lait n?a jamais pu concurrencer le lait subventionné d?Europe, importé en poudre, comme le lait Everyday sur lequel les Australiens et les Néo-Zélandais avaient calqué leur prix», explique Jean-Cyril Monty.
Il n?y a pas eu que ce facteur. Les Mauriciens sont habitués au lait en poudre, et le lait frais a eu des difficultés à s?imposer alors que son marketing a posé d?énormes problèmes à travers l?Agricultural Marketing Board.
Par ailleurs, le regroupement des petits éleveurs en coopératives de production laitière n?a jamais abouti. La production de lait par les petits éleveurs est restée une activité à temps partiel sur une base individuelle. La production fourragère n?a également pas suivi.
Ce sont là «des erreurs du passé» et Jean-Cyril Monty estime qu?on devrait apprendre du passé et que la production laitière doit se faire en pensant à la production du beurre et du fromage.
Déjà, la compagnie agricole de Mon Loisir a ébauché un plan pour la production laitière. Et pour ne pas mettre la charrue devant les b?ufs, elle a commencé par une étude sur sa production fourragère.
Elle devrait démarrer d?ici décembre. Entre-temps, rien que 1 % du lait qu?on consomme est produit localement.
L?Agricultural Marketing Board, avec 4 camions réfrigérés sillonnant l?île, arrive à recueillir chaque jour environ 3 000 litres de lait. Les petits éleveurs sont payés Rs 9.50 le litre de lait qui est revendu, après pasteurisation, à Rs 7 aux consommateurs. Ce lait est commercialisé dans un sachet en plastique et l?offre de 3 000 litres par jour est bien en-dessous de la demande. Rishi Ramkaun du Marketing Board estime que 15 000 litres par jour seront facilement écoulés en raison de la demande des ménages et des hôtels. Ces derniers sont des gros demandeurs de lait frais mais n?arrivent pas à s?approvisionner. Le prix de vente de Rs 7 le demi-litre est un prix subventionné. Ce lait frais local coûte ainsi moins cher que le lait importé.
Produire du lait en poudre à Maurice pour remplacer celui qui est importé est un rêve. Maurice ne pourra jamais produire du lait en poudre, estime Raj Gaya, directeur de Best Dairy qui pasteurise environ 3 500 litres de lait frais que des petits éleveurs mettent sur le marché. «Produire du lait en poudre implique une production de centaines de litres de lait frais par jour. Or, ce n?est pas demain qu?on arrivera à une telle production», explique Raj Gaya. La production de beurre et du fromage est envisageable, mais elle nécessitera de lourds investissements pour arriver à un lait de haute qualité. En effet, pour produire du beurre, du fromage et du beurre clarifié (mantègue), il faut produire un lait de bonne qualité avec une bonne teneur en matière grasse. En Europe, la teneur du lait en micro-organismes (bactéries, etc), ne dépasse pas 100 000 par millilitre. Avec la traite mécanique et le lait qui provient des mamelles de la vache à une température de 35°C, le produit est tout de suite refroidi à 5°C. à Maurice, avec la traite manuelle et l?absence des facilités de refroidissement, le lait frais contient 1 million de micro-organismes par millilitre. Il est ainsi Impossible de faire du beurre ou du fromage avec du lait ayant une telle teneur en micro-organismes.
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