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Cash

4 juillet 2008, 00:00

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Tout bon film d?arnaque doit impérativement reposer sur une histoire d?arnaque qui serait suffisamment «énorme» pour être divertissante, mais tout en étant suffisamment crédible pour que le public accepte de marcher dans la combine. D?où l?absolue nécessité d?un bon sujet, d?une intrigue complexe d?un scénario sans failles ou presque, mais aussi de héros sympathiques dont le spectateur épousera d?emblée la cause malhonnête? et qui serviront également à compenser d?éventuelles failles dans le scénario. Les cinéastes américains tels Steven Soderbergh ou David Mamet nous ont donné de belles leçons en la matière ; avec pour le premier des héros suffisamment et charmants, voire même charmeurs, pour nous faire oublier des scénarios pas toujours étanches et pour le second, des récits solides mais divertissants qui ont parfois des allures de contes moraux.

Ce sont donc les leçons des maîtres américains qu?Éric Besnard, réalisateur et scénariste de Ca$h s?est appliqué à mettre en pratique. Il nous avait révélé son goût pour les intrigues complexes en signant le scénario du Nouveau Protocole. Donnant dans un registre différent, Ca$h se veut un divertissement léger, mélangeant comédie policière et comédie romantique dans un récit suffisamment complexe ?on pourra parler d?une intrigue à tiroirs? pour donner à son auteur l?opportunité d?y insérer tous les rebondissements imaginables. Et, comme Le Nouveau Protocole offrait à Clovis Cornillac (qui fait ici une brève apparition) un rôle pour acteur américain, Ca$h révèle que les Français ont trouvé leur George Clooney national en la personne de Jean Dujardin.

Dans tous ses personnages légers, l?acteur a toujours su faire chavirer le c?ur des dames tout en gardant les suffrages des messieurs. C?est cette faculté assez rare qu?il met en avant dans le rôle-titre de Ca$h, sa prestation reposant (sous la direction d?Éric Besnard, on le suppose) beaucoup plus sur son physique que sur ses répliques. Face à lui, Alice Taglioni s?impose comme la partenaire idéale, interprétant une Garance qui n?a certes rien à voir avec celle de Messieurs Carné et Prévert, mais qui évoque, elle aussi, une enfant du paradis tant elle est belle et resplendissante de charme et de grâce. En les voyant ensemble, on se plaît à penser qu?à une autre époque, ils auraient formé un de ces couples mythiques qui fascinaient les foules. On comprend que l?inspectrice de police (Valeria Golino) en pince pour Jean Dujardin tout en tentant de le coffrer, mais on comprend également qu?Éric Besnard ait choisi de confronter son personnage principal à Jean Reno qui tient le rôle de Maxime, son rival. Comme à son habitude, ce dernier est tout en robustesse et en solidité, mais face à Dujardin ces caractéristiques sont comme remises à neuf et le contraste entre les deux est intéressant.

Finalement, Ca$h repose beaucoup plus sur sa distribution (les personnages étant eux-mêmes assez plats sans leurs acteurs) plutôt que sur son intrigue ou sa mise en scène. Jouant autour de la question « qui arnaque qui ? », la première est complexe au point d?être alambiquée, multipliant les rebondissements à n?en plus finir. C?est le spectateur qui, arrivé aux trois quarts du film, finit par être complètement perdu, ne sachant plus s?il se trouve devant une tournure inexplicable qu?aurait prise le récit ou s?il s?agit d?un retour en arrière. Même si elle est loin d?être plate ou ennuyeuse, la réalisation n?accompagne pas toujours le scénario, nous laissant dans le flou et la grande explication finale ne vient pas tout expliquer. Pour tout dire, on a surtout l?impression que cette histoire d?arnaque, ni énorme ni très crédible, n?aurait été qu?un prétexte pour montrer de belles performances d?acteurs ?et arnaquer le spectateur en beauté.

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