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Carmen dicte ses lois de l?amour
?L?amour est enfant de bohème, il n?a jamais connu de loi.? Mais l?opéra si. Il ne badine pas. Rien ne l?aveugle. Ni les costumes flamboyants. Ni les moyens déployés par la Fondation spectacles et culture, lors de la répétition générale de Carmen, samedi soir, au Café du Vieux Conseil.
La Carmencita n?avait pas de voix. Pas la sienne en tout cas. Quatre actes à mimer l?amour. À bouger les hanches et les lèvres sur une bande son de l?opéra de Georges Bizet. Le spectateur a beau être prévenu. Le play-back surprend. Les accents de Julia Migenes et de Placido Domingo ne collent pas aux interprètes que sont Ingrid Blackburn et Fabien de Comarmond.
Tout comme les premières fois où l?on entend des bruits de sabots et que la scène du Café du Vieux Conseil est désespérément vide. Pourtant, le spectateur se laisse prendre par les airs populaires. ?Si je t?aime prend garde à toi.? Ingrid Blackburn joue à fond du décolleté pour incarner la provocante Carmen. Si ses gestes lascifs finissent par être répétitifs, l?idée générale est là. L?interprète fait vivre son personnage grâce au rouge vif qui éclate de la fleur dans ses cheveux, rebondit sur sa bouche avant de frôler ses dentelles.
On l?avait tant attendu. Là voilà, avec son arsenal de séductrice vénéneuse, auquel aucun homme ne résiste. Mini-striptease, regard qui invite tout en menaçant. Sourire carnassier pour dire ?Je ne t?aime plus.? La synchronisation imaginée par Guy Lagesse est au point. Le jeu d?Ingrid Blackburn aussi.
Le metteur en scène a considérablement réduit l??uvre de Bizet. L?original dure deux heures et demi, celle de Lagesse est d?une heure et trente minutes. L?intrigue ramenée à sa plus simple expression en pâtit. Au point que dans la semi-pénombre du Café de Vieux Conseil, certains spectateurs décrochent leurs yeux de la scène, pour tenter de lire le synopsis, afin de faire le lien entre les diverses parties chantées et les bribes de dialogues.
Sans les notes explicatives, quel spectateur n?ayant jamais lu la Carmen de Prosper Mérimée, ni jamais vu l?opéra de Bizet, sait que la scène de bagarre entre l?héroïne et une autre protagoniste, se déroule dans une fabrique de cigare. Un lieu qui, dans l?Espagne de 1820, n?employait que des femmes pour rouler le tabac. Ce qui explique la présence de la foule bigarrée qui défile à intervalle régulier dans les allées du café, qui avec sa corbeille de roses ou d?oranges. À noter la présence d?enfants ? acteurs parfaits dans leur registre de figuration.
<B>Excitation plus que contagieuse</B>
La disposition de la scène au milieu du café donne au spectateur l?illusion d?en faire partie. Quand Carmen parle de contrebande dans l?auberge de Lilas Pastia, les spectateurs attablés ont l?effet d?un miroir. L?excitation qui accompagne l?arrivée triomphale du toréador est contagieuse. Les clameurs enregistrées sur la bande son emportent ceux présents. C?est à qui se prend à taper du pied sous la table ou à fredonner l?air populaire.
Reste à la Fondation spectacle et culture à prier les dieux pour qu?il ne pleuve pas jusqu?à la fin des représentations. Pari sur la météo, qui a comblé les spectateurs de quelques gouttes samedi. Carmen sera jouée du 16 mai au 1er juin, tous les jours, sauf les dimanches, à 19 heures. Les billets sont en vente chez Otayo, à Rs 275 et Rs 150 pour les adhérents.
Le Café du Vieux Conseil proposera un dîner à Rs 300, concocté par un chef espagnol.
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