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Carburer au Cyper

11 avril 2008, 20:00

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On ne peut parler de l?histoire du seggae sans parler de lui. Il est celui qui a voulu produire des artistes que, jadis, personne ne voulait en entendre parler. De Natir à Kaya, Percy Yip Tong a permis à cette nouvelle musicalité mariant le séga et le reggae de s?exposer à la lumière. Longtemps à l?ombre de l?ignorance et du mépris, le seggae avait trouvé avec Cyper Production un convoi pour transporter ses messages. Et 21 ans plus tard, l?homme est encore le même. Son amour pour cette musique est toujours vivant, malgré les déchirures intérieures.

Sa première rencontre avec la «roots vibration» d?ici se fait avec Natir. Il produit le premier disque de ce groupe, Samarel kouler natirel, avec le soutien du Centre Charles Baudelaire (CCB), dirigé à l?époque par Christian Saglio. Il rencontre peu de temps après, sa plus belle histoire d?amour musicale : Kaya. Avec Racintatane, il produit le disque Seggae nou lamizik. Suivront ensuite Jessica Persée (Réunion), Samy Rastafanahy (Madagascar), Cool Mind Boyz et Denis Fricot. Et bien sûr Menwar.

Et dernièrement Maalesh (Comores), Dezil (Seychelles) et Joajoby (Madagascar) pour la Commission de l?océan Indien (COI). Sa dernière production en date est le disque de trois titres, Enn Lalimyer avec Eric Triton, Zanzak et Ras Minik & Cool is I. La chanson éponyme composée par Eric Triton a été reprise par la CIO sur le CD/DVD Les artistes de l?océan Indien contre le sida (2007). «J?ai ainsi produit des artistes de chaque île de l?océan Indien. J?en suis fier, mais financièrement ce ne fut jamais rentable. Voilà pourquoi j?ai arrêté la production. La situation à Maurice est difficile aujourd?hui.»

A 48 ans, Percy Yip Tong a connu de belles émotions mais aussi de grandes souffrances dans ses projets musicaux. «Je suis prêt à recommencer la production, si je trouve un artiste de la même stature que Kaya ou Menwar? » Silence. «Je pense que j?ai trouvé celui qui peut prendre la relève de Menwar? » On ne saura point le nom de cet artiste. L?avenir nous le dira. Patience. Dans le paysage sonore actuel, il se dit être «agréablement surpris par Dagger Kkila. Sur scène, il est fort. Ras Nininn aussi a du talent, il lui manque juste un peu de scène.»

<I>«Mon seul regret est de n?avoir pas fait avec Kaya ce que j?ai fait avec Menwar. Kaya aurait eu autant, peut-être même plus de succès. C?est mon plus grand regret.»</I>

Avec Cyper Produktion, celui qui se dit plus «artiste et directeur artistique que producteur» s?est aussi aventuré dans l?évènementiel. On pense ici à son Festival Samemsa, qui avait accueilli lors de sa première édition le reggaeman Lucky Dube. Et le second avait servi de plateau de lancement pour le Collectif Urgence Toxida (CUT). Car l?homme est aussi engagé dans le social. Il est d?ailleurs le président de ce collectif qui lutte pour la réduction des risques et contre la propagation du virus VIH par voie intraveineuse. «Le sida et la toxicomanie ont tué beaucoup d?artistes, de grands artistes mauriciens? »

Après deux ans de silence, la troisième édition du Festival Samemsa sera bientôt lancée, au dire de son concepteur. «Enfin, après 21 ans, il y a des jeunes qui me soutiennent et m?encouragent dans des projets sociaux et musicaux.»

Mais avant le Festival Samemsa, Percy Yip Tong a organisé d?autres manifestations, notamment le concert de Kaya en mars 90. Concert qui avait réuni plus de 42 000 personnes au stade de Rose-Hill. Un record à ce jour. Il y a aussi la Gamme d?Or, produit par la MBC, où il agissait en tant que directeur artistique. Ensuite, il y a eu Le Parcours de la flamme (2003), avec «10 concerts en 8 jours.»

«C?était un exploit technique avec une logistique énorme.» Au niveau de la distribution, il détient aussi un record, celui de l?album Ti Marmit produit par Abaim qui s?est vendu à «plus de 50 000 cassettes et 25 000 CD.»

Percy Yip Tong est aussi l?architecte de la rencontre musicale entre OSB Crew et Natir (Samarel). «J?ai vu le talent d?OSB Crew et j?ai proposé au groupe de se joindre à Natir pour produire une musique plus vivante sur scène. Et lors des Jeux des îles, j?ai inclus la section cuivre pour donner plus de dynamisme à leur musique? Natir a beaucoup contribué à la réussite d?OSB Crew aujourd?hui,» dit Percy.

<I>« Je suis prêt à recommencer la production, si je trouve un artiste de la même stature que Kaya ou Menwar? Je pense que j?ai trouvé celui qui peut prendre la relève de Menwar? »</I>

Aujourd?hui, il est le manager, co-producteur et tourneur de Menwar. Le 21 avril, il emmène l?artiste en tournée aux Etats-Unis. Son plus grand regret dans la musique, dit-il, est «de n?avoir pas fait avec Kaya ce que j?ai fait avec Menwar. Avec un enregistrement professionnel en studio et des tournées internationales identiques à ce que j?ai pu offrir à Menwar. Kaya aurait eu autant, peut-être même plus de succès. C?est mon plus grand regret.»

Son travail avec Cyper Produktion, dit-il, est maintenant plus reconnu internationalement qu?ici. Ailleurs, il est invité en tant que professionnel de la musique pour animer des conférences. C?était le cas au Womex, le plus grand salon de World Music au monde, ainsi qu?au Festival ACP en République Dominicaine et dernièrement à Marseille au début du mois, pour le Babel Med, le salon de la World Music française. Il était invité par l?Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) comme professionnel de la musique du Sud, représentant l?Afrique francophone.

«Je considère que Cyper Produktion est un projet à but non lucratif. Où j?ai connu beaucoup de satisfaction personnelle mais aussi où j?ai galéré et eu des pertes financières. Ce fut aussi une grande souffrance humaine, surtout la séparation d?avec Kaya. Cyper Produktion, c?est aussi un centre culturel mauricien. Après 40 ans d?indépendance notre pays n?a toujours pas un centre culturel à son nom.»

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