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?Capitaine Sky et Le Monde de demain?
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?Capitaine Sky et Le Monde de demain?
Ils seront probablement nombreux à avoir trouvé ce film ?bizarre?. En fait, Capitaine Sky et Le Monde de demain, premier long métrage de Kerry Conran, s?adresse surtout à ceux qui auront appris à apprécier ?un certain cinéma?. Ceux-là, s?ils comptent parmi les lecteurs les plus âgés, se souviendront des bandes dessinées racontant les aventures de Flash Gordon ou de Buck Rogers.
Ils se souviendront aussi d?une époque où ils retrouvaient leurs héros dans des séries passant par tranches d?une demi-heure non pas à la télévision (qui n?existait pas encore), mais au cinéma. Les moins âgés auront découvert cet univers soit à travers certaines chaînes de télévision par satellite, soit en s?intéressant aux nouvelles bandes dessinées dont le ton et le graphisme ont été inspirés de celles de nos grands-parents.
Capitaine Sky? se décrit comme un film d?aventures. Dans le rôle-titre, Jude Law est un pilote ? justicier dont l?avion est capable d?évoluer sous l?eau comme dans les airs. Attaqué par une armée de robots gigantesques, le New York des années 1930 fait appel à lui, comme Gotham City fera appel à Batman, plus tard. Gwyneth Paltrow, en journaliste intrépide et ancien flirt, embarque dans son avion (pourtant un monoplace) pour sauver un ami et, par la même occasion, le monde menacé par un mystérieux savant allemand aussi dangereux que mégalomane.
Ainsi évoquée, l?intrigue paraît palpitante, pleine de suspense avec quelque chose qui pourrait laisser anticiper une haletante course contre la montre. Il n?en est rien. La rencontre entre Jude Law et une Gwyneth Paltrow jouant le genre de personnage de garçon manqué qu?interprétait Katherine Hepburn dans les années 1940, pouvait laisser espérer une alchimie, des étincelles. Là non plus, rien ; aucun courant ne circule entre les deux. Donc, une intrigue sommaire presque sans suspense, excepté dans un ou deux moments de bravoure et deux personnages principaux intéressants, mais aucun véritable rapport entre eux. Mauvais film ? Pas du tout, à cause des décors, du contexte, et du véritable enjeu.
Le titre même de ce film se veut dans le ton des SF des années 1930 ? 40 et c?est le New York de ces années-là qui est reconstitué entièrement en images de synthèse (les acteurs ayant été filmés devant un écran bleu), avec d?incroyables détails, même pour les intérieurs, et avec des angles de vues qui rendent les bâtiments réellement imposants. Le tout dans des teintes sépia, allant vers le noir et blanc, comme dans de vieilles photos. On pourra juger de la créativité de Kerry Conran en voyant la taille colossale des gigantesques robots volants ? dessinés tels qu?on les imaginait dans ces années-là.
On pourra aussi juger de sa maîtrise technique en voyant évoluer ces bombardiers en forme de raies mantas, avec des ailes articulées bougeant comme des nageoires. Le réalisateur parvient aussi à intégrer ses personnages dans les décors, sans que les ?joints? ne soient visibles à aucun moment et sans aucun décalage dans la perspective.
Ce procédé, relativement moins onéreux que d?utiliser des décors réels, permet à Kerry Conran de laisser son imagination galoper à bride abattue.
Ainsi, une base aérienne de la Royal Navy (il s?agit d?une production anglo-américaine) commandée par Angelina Jolie (impressionnante avec son cache sur l??il, comme le regretté Mosche Dayan) l?est réellement, puisqu?elle flotte dans les airs quelque part au-dessus de l?Himalaya. Et, quelque part en dessous, Shangri-La, avec Sir Lawrence Oliver dans une prestation posthume réalisée toujours en images de synthèse, à partir d?apparitions datant du début de sa prestigieuse carrière.
Parler d?enchantement visuel serait un peu faible ; Capitaine Sky? est un pur moment de poésie naïve et aussi un hommage à la façon dont le passé voyait le futur, autrefois.
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