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Candide révolte

24 juin 2005, 00:00

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<B> De Nazim ESOOF</B>

L’insistance avec laquelle les politiques refusent de traiter les électeurs comme de simples citoyens mauriciens atteste d’une approche réductrice. Pendant des années, lorsqu’ils étaient interrogés sur “l’ethnic politics”, les politiques affirmaient être contraints de la pratiquer car l’électorat témoignait du réflexe communal. Aujourd’hui, on peut croire que les donnes ont évolué.

Certes, il existe toujours un certain nombre de fanatiques qui vibrent aux paroles sectaires des dirigeants politiques. Ceux qui répondent aux vibratos ethniques. Ceux-là, on a toutes les raisons de le croire, ne constituent aujourd’hui qu’une minorité des électeurs. Soit l’infime pourcentage des électeurs qui applaudissent les propos conservateurs et réactionnaires tenus aux meetings et réunions publics. Ce sont des sympathisants qu’il a toujours été relativement aisé d’épater.

Alors nos politiques ne s’en privent pas. Ils glissent, en conséquence, dans leurs discours des références religieuses. Ils appellent cela des métaphores de campagnes, des images et des expressions et sont scandalisés lorsque ces propos sont repris dans la presse. “Une certaine presse” qui ne serait évidemment plus indépendante à leurs yeux !

Ce n’est pas là l’essentiel de nos propos. Il réside davantage dans l’himalayesque fracture entre la classe politique traditionnelle et une large frange de l’électorat. C’est cet électorat qui nous intéresse. Celui qui refuse de se prononcer. Qui n’affiche plus ses couleurs. Un électorat qui a une double préoccupation. D’abord ses besoins. Face à cela, les politiques ont développé la pratique des “bribes” électoraux qu’ils exercent en toute impunité d’élection en élection. Or, ce sont des inquiétudes individuelles qui nécessitent une approche ciblée. Le citoyen-électeur veut une prise en compte politique de ses inquiétudes individuelles.

La deuxième préoccupation a trait au leadership et à l’autorité que l’électeur attend de l’Etat. À ce chapitre, l’hiatus est surdimensionné entre l’électeur et ses élus. Ceux-ci conçoivent toujours l’exercice du pouvoir comme un pensum de compromission. Il suffit ainsi que quelques esprits hardis reprennent l’appellation galvaudée d’“association socioculturelle” pour devenir groupe de pression face au pouvoir et aux projets de réforme. Les politiques capituleront...

Cette lecture erronée des préoccupations réelles des citoyens n’a d’égale que la totale incompréhension du message qu’envoie les électeurs dont les indécis. Ces derniers sont conscients que les “dix mesures radicales” de l’opposition et la promesse d’une “île hors taxe” ne représentent pas des réponses aux défis qui nous guettent.

Ces électeurs attendent un discours de raison; ils entendent des vociférations sur les caisses à savon. Ils veulent entendre des discussions sensées; ils n’ont droit le plus souvent qu’à un rabâchage primaire. À un peu plus d’une semaine des élections, il y a de quoi désespérer. Aucun politique ne parvient à sortir des lieux communs.

La société politique est empêtrée aujourd’hui dans ses contradictions. Entre un profond désir de modernisation et l’incessant recul auquel la poussent certains esprits rétrogrades. C’est ce paradoxe qui rend confus un nombre croissant d’électeurs. Ces derniers s’attendaient à une certaine maturation de la classe politique parce que la société mauricienne a évolué dans son imaginaire. Or, depuis le début de la campagne, il y a une sécheresse des idées qui témoigne de l’incapacité de la société politique à sortir d’une frivole adolescence. On avait tous les droits d’espérer autre chose. Et, par candeur, on voudrait toujours croire que c’est possible…

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