Publicité

Canards boiteux

13 décembre 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Pendant les deux dernières années de son second mandat, le président des Etats-Unis est traditionnellement considéré comme un ?lame duck?, un canard boiteux. Ne pouvant se représenter, il compte les jours à la Maison-Blanche sans rallier autour de lui ses amis politiques qui se cherchent un autre leader, et sans impressionner ses adversaires. C?est d?autant plus vrai quand les élections de mi-mandat offrent les deux Chambres du Congrès à l?opposition. George W. Bush vient de connaître cette mésaventure.

Parmi les dirigeants de grands pays occidentaux, il n?est pas le seul. Pour des raisons différentes, Tony Blair et Jacques Chirac sont dans cette situation peu enviable. Sous la pression de son parti, le Premier ministre britannique s?est engagé à passer la main au milieu de l?année prochaine. A peu près au même moment, le président de la République française remettra les clés de l?Elysée à son successeur, sauf à être réélu après une nouvelle candidature. Personne parmi ses interlocuteurs étrangers ne prend cette hypothèse au sérieux, mais M. Chirac a intérêt à entretenir l?incertitude le plus longtemps possible.

Un autre ?grand? va entrer dans la dernière année de sa présidence : Vladimir Poutine achèvera en effet, début 2008, son second mandat, et la Constitution russe telle qu?elle est actuellement rédigée lui interdit une nouvelle candidature. Mais à Moscou la lutte pour sa succession prend une tournure telle ? voir les récents assassinats politiques ? que la comparaison avec les démocraties occidentales est au moins déplacée.

L?état de semi-paralysie ne signifie pas que les présidents ou chefs de gouvernement concernés ne peuvent plus rien entreprendre. Ils sont même parfois poussés à des actions d?éclat par souci de laisser une trace dans l?Histoire. Coincé à l?intérieur par une fin de mandat dominée par ses turpitudes, Bill Clinton s?est lancé en 2000 dans une tentative de médiation au Proche-Orient. Son échec explique en partie la prudence de son successeur sur le dossier israélo-palestinien. La décision que prendra George W. Bush sur l?Irak, après la publication du rapport Baker-Hamilton, dépend de l?idée qu?il se fait de son testament : veut-il être celui qui aura ramené les boys à la maison ou celui qui aura eu le courage de lutter jusqu?au bout contre le terrorisme ?

Tony Blair peut utiliser ses derniers mois au pouvoir pour démontrer enfin que sa proximité avec les présidents américains donne à la Grande-Bretagne une influence à nulle autre pareille. Peut-être est-il encore temps de le convaincre qu?il ne peut y arriver seul. Que pour être entendus à Washington, les Européens ont besoin de parler au nom de l?Europe et que donc l?entente franco-britannique dans le domaine stratégique est indispensable.

En décembre 1998, M. Chirac et M. Blair l?avaient compris. Ils s?étaient mis d?accord à Saint-Malo sur un compromis qui a permis le lancement de la politique de défense européenne. Lors d?un récent séminaire organisé à Londres par l?Institut de relations internationales et stratégiques et par le Centre for European Reform, des chercheurs et hauts fonctionnaires des deux pays ont souhaité un ?nouveau Saint-Malo? pour aider cette politique commune à franchir une autre étape.

Le président de la République et le Premier ministre britannique sont-ils en mesure de donner cette impulsion avant de quitter la scène ? Trop tard, disent certains, qui constatent la persistance des désaccords sur la place de l?OTAN. Excellente occasion, rétorquent d?autres, jugeant que Jacques Chirac et Tony Blair n?ont rien à perdre d?un dernier baroud d?honneur. Sur le champ de ruines institutionnelles de l?Europe d?aujourd?hui, une initiative spectaculaire illuminerait leurs derniers jours de pouvoir.

© Le Monde 2006

Distribué par The New York Times Syndicate

Publicité