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Camouflet cinglant

3 avril 2008, 00:00

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Camouflet cinglant

<B>Par Raj MEETARBHAN</B>

Robert Mugabe ne peut, en aucun cas, être comparé au grand Nelson Mandela. L?ex- président sud-africain ne s?était pas représenté à l?issue de son mandat. En revanche le leader zimbabwéen, à la tête de son pays depuis vingt-huit ans vient de se présenter pour un sixième mandat. Mais son peuple a choisi de le déboulonner. Il partira dans la honte.

Robert Mugabe a été mis en ballottage défavorable au premier tour de la présidentielle qui s?est déroulé samedi. Il est devancé par son rival Morgan Tsvangirai. De même, aux législatives qui ont également eu lieu le week-end dernier, le parti du président sortant, le Zanu-PF, a mordu la poussière. L'opposition a obtenu une majorité de sièges au Parlement. Ces résultats électoraux constituent un camouflet cinglant pour le dirigeant autocrate.

En fait, c?est en 2000 que commence la fin du règne du despote. Sentant son pouvoir menacé après avoir perdu un référendum, il bascule dans une folie destructrice. Il renie les idéaux qui l?avaient incité à ?uvrer, vingt ans plus tôt, pour le décollage d?un pays ravagé par le combat pour l'indépendance. Il applique une politique basée sur des critères raciaux. Il saisit les terres des fermiers blancs et les redistribue à ses amis ou à des fermiers noirs sans aucune connaissance technique.

Son programme de «Black empowerment» est loin d?être une initiative sincère ou conçue pour corriger les inégalités héritées de l?époque coloniale. Il ne s?agit que d?une manipulation populiste qui, bien vite, se retourne contre lui. Il a pu améliorer sa cote de popularité en jouant sur la carte raciste, mais ce gain politique a été de courte durée.

Le grenier à blé de l'Afrique australe est ruiné par ses réformes agraires confiscatoires entamées en 2000. La plupart des fermiers blancs qui survivent à la furie de sa milice sont obligés de fuir le pays. C?est l'effondrement de la production agricole. Le rêve de l?ex-Rhodésie tourne au cauchemar. Robert Mugabe entraîne son pays vers l?anéantissement. Le chômage atteint 80 %, l'hyperinflation s?élève à 100 000 % et l'espérance de vie est réduite à 36 ans. Il n?a pas su tirer les leçons de l?expérience d?un voisin révolutionnaire au Mozambique. Il en subit les mêmes déboires.

Plusieurs millions de Zimbabwéens sont menacés par la famine mais Robert Mugabe est longtemps parvenu à conserver le pouvoir au prix d?élections truquées et d?une répression cruelle. Tortures, emprisonnements et censure étaient devenus la norme dans un pays dirigé par un homme qui avait pourtant lui-même été emprisonné par le régime de Ian Smith. Le libérateur du Zimbabwe était devenu oppresseur pour se maintenir au pouvoir en dépit de la révolte populaire contre sa tyrannie et la misère.

Au crépuscule de sa carrière, Robert Mugabe doit regretter de n?avoir pas suivi les traces du grand Madiba sud-africain. Une analogie avec Mobutu ne serait pas tout à fait déplacée.

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