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Bush restructure ses troupes
Le président George Bush a annoncé un redéploiement des forces américaines dans le monde destiné à adapter la défense des États-Unis aux « nouvelles menaces » du xxie siècle. Plus de 150 000 personnels militaires et civils stationnés en Europe et en Asie sont concernés par cette restructuration, qui a été présentée comme la plus importante depuis la guerre de Corée.
« Dans la prochaine décennie, nous allons déployer une force plus agile et plus souple, ce qui signifie que davantage de nos troupes seront stationnées et déployées depuis ici, chez nous », a dit le président américain, qui s’adressait à une assemblée d’anciens combattants, les Veterans of Foreign Wars, à Cincinnati, dans l’Ohio. « Le nouveau plan va nous aider à combattre et à gagner les guerres du xxie siècle. Il va nous aider à réduire la pression sur nos troupes et leurs familles. Nous garderons une présence significative à l’étranger mais nous allons rapatrier de 60 000 à 70 000 personnes en uniforme et environ 100 000 membres de leurs familles et employés civils au cours des dix prochaines années », a-t-il indiqué.
Le président n’est pas entré dans le détail mais, après son discours, plusieurs hauts responsables du Pentagone et du département d’État ont donné des précisions sous couvert d’anonymat. Les principales unités concernées par le redéploiement sont deux divisions stationnées en Allemagne (au total 30 000 hommes), la 1re division blindée et la 1re division d’infanterie. Elles seront remplacées par une brigade d’intervention rapide de 3 800 hommes équipés de blindés Stryker.
Nouvelle attaque frontale contre John Kerry
À elle seule, l’Allemagne abrite actuellement les deux tiers des 100 000 soldats américains stationnés en Europe. L’autre pays le plus affecté est la Corée du Sud, d’où 12 500 hommes devraient été retirés (sur les 37 500). Ces restructurations n’interviendront pas avant « 2006 au plus tôt », ont dit ces hauts fonctionnaires. Washington est en consultation avec le Japon, où sont positionnés 40 000 militaires.
Les raisons de ce mouvement sont d’ordre stratégique – la lutte antiterroriste a remplacé la guerre froide. Mais comme l’a reconnu un haut responsable du Pentagone. « La capacité de déploiement, c’est aussi une question de flexibilité. Vous pouvez partir quand et comment vous voulez, et aller où vous le souhaitez. Ce n’est pas toujours le cas si vous n’êtes pas aux États-Unis », a-t-il dit. Il a en même temps indiqué qu’il n’était pas question de remplacer les bases d’Allemagne par des bases dans des pays de la « nouvelle Europe » tels que la Pologne ou la Roumanie. Il y aura des exercices conjoints avec ces pays, des rotations de troupes, mais pas de stationnement permanent en nombre important. Concernant la Turquie, un dialogue a été engagé pour une utilisation « plus souple » de la base d’Incirlik, a indiqué ce responsable.
Nombre d’analystes se sont demandé pourquoi M. Bush annonçait, en plein mois d’août, un plan de restructuration mûri depuis trois ans par le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, et qui a fait l’objet de consultations au Congrès. De fait, le rapatriement des 70 000 militaires n’a occupé qu’une mince partie du discours. Le président s’est surtout employé à ce que les commentateurs ont appelé une nouvelle « attaque frontale » contre John Kerry, le candidat démocrate. Défendant son bilan de commandant en chef, il a répété son credo : « Les pays libres ne sèment pas le terrorisme », c’est pourquoi il faut répandre la liberté à travers le monde. Puis il a dénoncé la promesse des démocrates de tenter de rapatrier une partie des troupes d’Irak dans les six mois.
« Un mauvais signal », a-t-il dit, donné aussi bien aux insurgés qu’aux alliés ou au peuple irakien. Il a aussi rappelé qu’il avait demandé 87 milliards au Congrès en octobre 2003 pour financer l’effort de guerre. Douze sénateurs ont voté contre, a-t-il dit, « dont mon opposant et son colistier ». Il a fait rire l’assistance en citant les explications de John Kerry. « Il a dit qu’il était fier de son vote et que toute l’affaire était compliquée. » Or, a-t-il assené, « il n’y a rien de compliqué à soutenir nos troupes au combat ».
Le sénateur démocrate, qui prend quelques jours de vacances dans l’Idaho, devrait répondre devant le même congrès d’anciens combattants. En attendant, son état-major a réagi de manière très critique au plan Bush. L’ex-général Wesley Clark, ancien commandant en chef de l’OTAN, a estimé qu’il « compromet la sécurité nationale » des États-Unis et risque d’être interprété par les alliés européens comme « le signe que les États-Unis prennent leurs distances avec l’OTAN » à un moment où ils recherchent son aide en Irak.
Richard Holbrooke, ancien ambassadeur en Allemagne et à l’ONU, présenté comme un possible secrétaire d’État de John Kerry si ce dernier est élu, a de son côté jugé irresponsable de parler de retirer des troupes de Corée du Sud alors qu’une négociation s’est engagée avec Pyongyang sur le gel des capacités nucléaires offensives de la Corée du Nord. « C’est un autre exemple de l’unilatéralisme de l’administration », a-t-il jugé.
Dans un éditorial, le New York Times fait la même analyse. Le plan Bush « affaiblit dangereusement la capacité de dissuasion dans la péninsule coréenne au plus mauvais moment », estime le quotidien. Et « il ne fait rien pour répondre au besoin le plus pressant de l’armée : soulager la pression chronique sur les forces terrestres pour ne pas avoir su prévoir la longue occupation américaine de l’Irak ».
2 004 Le Monde – Corine Lesnes Distribué par The New York Times Syndicate
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