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Burkina Faso : le coton transgénique fait polémique
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Burkina Faso : le coton transgénique fait polémique
Casimir Zoungrana est un cultivateur de coton à l?affût de toutes les innovations. Sur ses quelques hectares de terre, il cultivera dès que possible à la fois du coton biologique et du coton transgénique. Le coton OGM, c?est l?espoir d?augmenter les rendements, de sortir la tête de l?eau après plusieurs années de chute des cours mondiaux.
Pour la première fois en 2008, 15 000 hectares de coton OGM seront semés. M. Zoungrana est l?un des vice-présidents de l?Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), située à Bobo Dioulasso, en plein c?ur de la zone cotonnière. Il attend beaucoup du coton OGM.
« Nous ne sommes pas José Bové »
Un gène issu de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt), incorporé dans le génome du coton, lui permet de produire une protéine insecticide. Pour M. Zoungrana, cela signifie « moins de temps de travail et d?énergie dépensée ». Et moins de contacts avec les pesticides. « Ils tuent les insectes utiles et les animaux domestiques, ils contaminent les mares, ils sont dangereux pour la santé », énumère le cultivateur.
Annoncée en 2003 par le gouvernement, préparée par une loi sur la biosécurité, l?arrivée des OGM a lieu dans un climat tendu. Le sujet est d?autant plus brûlant que le coton fait vivre 20 % de la population, rapporte 60 % des recettes d?exportation, et représente un quart du PIB burkinabé. Un collectif anti-OGM, la Coalition des organisations de la société civile pour la protection du patrimoine génétique africain (COPAGEN), a organisé en février une caravane dans les zones cotonnières, afin de « sensibiliser » les paysans.
« Nous ne sommes pas José Bové, il n?y a pas de violence, prévient René Millago, coordinateur de la COPAGEN. Nous voulons simplement qu?il y ait un véritable débat. » Pour lui, le principal handicap du coton burkinabé, c?est son coût, trop élevé par rapport aux cotons subventionnés venus des États-Unis et d?Europe, et plombé par la parité entre l?euro et le franc CFA. « Les OGM ne vont pas résoudre ça », lance-t-il.
L?impact sanitaire des OGM
Tout a été fait pour éviter la dépendance des paysans vis-à-vis de Monsanto, affirme Gnissa Konate. « L?État est copropriétaire, avec Monsanto, des variétés génétiquement modifiées, explique le chercheur. Nous discutons d?égal à égal. Le prix de la semence et la répartition de la valeur ajoutée entre nous et eux seront fixés d?un commun accord. »
Ces chiffres restent encore secrets. Or le montant de la redevance payée par les agriculteurs est un élément clé. Autre inconnue, les performances des variétés OGM en conditions réelles. Des recherches menées par le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) en Afrique du Sud ont montré une grande variabilité des résultats selon les années et les producteurs.
Athanase Yara, chef du service agronomie de l?UNPCB, écarte ces doutes : « Les paysans savent tenir un compte d?exploitation, si les OGM ne leur rapportent rien, ils arrêteront. » Pour lui, la production bio ne sauvera pas tous les producteurs du pays.
« C?est très difficile, cela demande beaucoup de main-d??uvre et d?engrais organique issu de l?élevage, explique M. Yara. C?est le principal facteur limitant. » Et le coton biologique reste, pour l?instant, un marché de niche.
Mais l?impact sanitaire des OGM pose question : l?huile de coton est la première consommée dans le pays. Là encore, selon le professeur Konate, rien n?a été décidé à la légère : « En l?état actuel de nos connaissances, la probabilité pour que la toxine Bt provoque des dommages à l?intestin humain est extrêmement faible. » Pour M. Zoungrana, les Américains ont ouvert la voie. « Les OGM ont commencé en Occident, et les Occidentaux n?en sont pas morts », lance-t-il.
@ 2 008 Le Monde ? Gaëlle DUPONT ? (Distribué par The New York Times Syndicate)
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