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BUDGET Ce qu?ils en attendent
Par Akilesh Roopun, Stéphane Saminaden, Thierry Chateau, Kamlesh Bhuckory et Ashvin Rajarai.
Industries nouvelles Enfin l?essor ?
L?économie à la recherche de nouvelles locomotives. Le gouvernement promet tout son appui à l?émergence de nouvelles industries pour apporter plus de punch à une activité économique maussade. Les opérateurs fondent de gros espoirs sur le prochain budget. Encouragements fiscaux, des services à des coûts compétitifs et encadrement régulateur léger et une politique d?accompagnement taillée sur mesure sont, à leurs yeux, des conditions essentielles pour favoriser un bon démarrage des nouveaux secteurs.
Le déclin du sucre et la récession prolongée dans le textile-habillement viennent remettre en question le modèle de croissance existant. L?économie a besoin de plus de diversité pour pallier les faiblesses des secteurs traditionnels. Mais il y a aussi l?impératif d?une croissance robuste durable pour retrouver le plein emploi et assurer la prospérité économique et sociale du pays lorsque tous nos filets de protection commerciale auront disparu.
Le seafood hub, les Technologies de l?information et des communications (Tic), le tourisme médical, la land-based oceanic industry, les industries pharmaceutiques et le knowledge hub font partie de ces activités qui pourront générer de nouveaux business et de devises, selon le plan de diversification du gouvernement.
Le seafood hub est un cluster qui regroupe plusieurs activités manufacturières et de services dont la pêche hauturière, la transformation, la conserverie, la logistique, l?aquaculture et la fabrication des équipements de pêche. Pour l?instant, ce sont les opérations autour du thon qui tirent le secteur.
Un traitement préférentiel
Seafood Hub Ltd, une filiale de Ireland Blyth Ltd, a investi autour de Rs 1 milliard dans les nouvelles facilités de production, de stockage et de logistique ces dernières années. La société compte sur l?appui du gouvernement pour pouvoir rentabiliser les investissements et donner une impulsion à cette nouvelle industrie.
?Nous souhaitons obtenir le même traitement préférentiel que la zone franche en termes de coût de l?électricité, de l?eau et de tout-à-l?égout. Ces trois items pèsent lourd dans notre facture et entravent notre compétitivité face aux concurrents internationaux?, affirme Joël Bruneau, general manager de la compagnie propriétaire de Thon des Mascareignes et de Froids des Mascareignes.
Pour rivaliser sur les coûts, il faut aussi une main-d??uvre compétitive. La décision du gouvernement en faveur des lois du travail plus flexibles rassure les opérateurs. Les rémunérations doivent être alignées sur la productivité des effectifs.
Mais la bataille des produits de mer se gagne, aux dires de Joël Bruneau, sur la qualité et sur les normes sanitaires. ?Nous souhaitons que les autorités déploient plus de ressources techniques pour renforcer le dispositif de contrôle de qualité?, explique-t-il.
L?aquaculture en mer est une autre activité marine qui promet beaucoup. Le secteur a déjà une success story, à savoir la Ferme marine de Mahébourg que le gouvernement souhaite, du reste, voir reproduire chez les petites et moyennes entreprises notamment.
James Ngan, président de la société, souhaite voir un plus gros effort des pouvoirs publics dans la recherche et le développement. ?Il y a des efforts à faire pour trouver de nouvelles variétés de poissons à explorer.?
Parallèlement à ces activités à haute intensité de main-d??uvre, le gouvernement entend favoriser l?émergence des services à haute valeur ajoutée et de connaissances. Le knowledge hub comprend une palette d?activités dont la création d?institutions tertiaires privées pour desservir le marché régional, notamment.
La DCDM Business School fait figure de pionnière dans ce domaine à Maurice. Elle a commencé comme business school et veut maintenant se transformer en une université à part entière. ?Il faut que le budget envoie des signaux d?encouragement vers les promoteurs. Des exonérations fiscales vont aider le secteur à démarrer. Il faut aussi un encadrement approprié pour favoriser l?implantation des institutions tertiaires privées?, souligne Eric Charoux (photo), executive director de DCDM Business School.
La stratégie de diversification prône également la reconfiguration de certaines industries existantes. Ainsi, le tourisme médical est une activité dérivée de l?hôtellerie et de services médicaux destinés à une clientèle étrangère.
La venue prochaine à Maurice de l?hôpital Apolo, une référence indienne dans la médecine high-tech, s?inscrit dans cette démarche. L?enseigne indienne s?installe avec un partenaire local, en l?occurrence la British American Investment. Les cliniques locales veulent, elles aussi, explorer ce nouveau créneau. Certains établissements proposent déjà des services destinés aux étrangers principalement.
?La réputation est une condition primordiale du succès d?un hub médical. Il faut que le gouvernement veille à ce qu?il n?y ait pas de magouilles auxquelles participent malheureusement certaines maisons d?assurances et des intermédiaires?, fait ressortir le Dr Chui Wang Cheong, directeur de la City Clinic de Port-Louis et président de l?Association des cliniques privées à Maurice.
Des exemptions fiscales, dont des tax holidays figurent également sur la liste des demandes en vue de faciliter l?investissement local et étranger dans ce secteur.
<B>PME Une ouverture qui fait peur</B>
La Fédération des petites et moyennes entreprises dit son inquiétude face aux ambitions du gouvernement d?abolir totalement les droits de douane. ?Beaucoup de petites et moyennes entreprises (PME) ne seront pas compétitives face aux produits importés. Bon nombre d?entre elles devront par conséquent mettre la clef sous le paillasson?, affirme son président Sanjiv Mulloo.
De plus il est d?avis que si le gouvernement se précipite dans cette direction, quelque 25 000 emplois risquent d?être menacés.
Comment concilier alors la promotion des PME avec une politique de libéralisation, surtout que cette formule semble inévitable ? Sanjiv Mulloo concède être en faveur d?une libéralisation graduelle. ?Mais en contrepartie, nous demandons au gouvernement des mesures d?accompagnement, et les infrastructures nécessaires pour venir en aide aux PME?, rétorque-t-il. En clair, il souhaite du temps pour pouvoir s?adapter aux changements.
En effet l?ouverture de l?économie, semble être une des priorités du gouvernement et du ministre des Finances Rama Sithanen. L?idée de faire de Maurice une île hors taxes se concrétise davantage. Plus on va vite dans le processus d?abolition des droits de douane, plus le pays sera en meilleure position pour contrer la concurrence et attirer les investissements.
Les dirigeants des PME craignent cependant une accélération volontariste de l?abolition des droits de douane dans le cadre du concept de duty-free island initié par le précédent gouvernement.
Pour Ali Mansoor qui intervenait il y a quelques semaines à la Chambre de commerce et d?industrie, l?abolition des droits de douane découle davantage d?une volonté de placer Maurice comme un pays avant-gardiste qui saura récolter les fruits d?un meilleur statut de pays ouvert au commerce international.
Pour lui, l?objectif de l?abolition des droits de douane n?est pas de créer des boutiques hors taxes mais plutôt de placer Maurice dans la ligue des pays à fort revenus à l?instar de Singapour, Hong Kong et Dubayy, tandis que le pays est actuellement dans la ligue des pays en développement.
<B>Commerce La hausse de la TVA ferait du mal à la consommation</B>
?Les commerçants redoutent une augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).? Ce commentaire de Nicolas Kan Wah (photo), manager de London Supermarket, laisse entrevoir sa crainte quant à une éventuelle hausse de 3 % de la TVA. Selon lui, cela entraînerait un ralentissement au niveau des ventes dans une situation qui n?est déjà guère réjouissante.
Si la vente des produits de base reste stable sur l?année, celle des produits de luxe et festifs, comme l?alcool et les fruits de mer, entre autres, souffrent beaucoup en cette période. ?Nous devrons attendre la fin de l?année pour voir les ventes de ces produits décoller?, estime le manager de London Supermarket.
Une dépréciation constante de la roupie face aux devises et une hausse des coûts d?opération (électricité, salaire, carburants) ont conduit vers une hausse des prix des produits. C?est la consommation qui se retrouve ainsi peinée.
Pour ce qui est de l?abolition de la taxe douanière à l?importation, Nicolas Kan Wah estime que c?est une bonne chose dans une économie plus ouverte. Par contre, il est d?avis que l?abolition partielle, voire totale, de cette taxe sur certains produits, n?est pas favorable au commerce.
?Cette formule adoptée l?année dernière n?a pas profité aux consommateurs moyens et était de courte durée. Elle a été rattrapée par le glissement de notre devise et la hausse des coûts de distribution?, souligne-t-il.
Quant aux produits qui devraient subir une hausse de prix et qui demeurent une bonne source de revenu pour l?État, Nicolas Kan Wah entrevoit l?augmentation du prix de la cigarette et de l?alcool. ?D?habitude le consommateur maintient sa consommation moyenne en faisant un compromis sur la qualité. Par exemple la hausse du prix du whisky en 2005 a causé une chute sur sa vente, mais a favorisé l?ascension de blended spirit moins chers, mais de moindre qualité?, souligne ce dernier.
Pour ce qui est des actions concrètes que devrait entreprendre l?État sur le court et le long terme, Nicolas Kan Wah souhaite la modernisation des lois du travail. Cela devrait permettre de protéger l?emploi tout en exigeant la productivité.
Il souhaite aussi plus d?efficience dans les services publics, ce qui devrait redonner plus de confiance aux investisseurs.
<B>Sucre Un budget pour ?la relance?</B>
L?industrie est en attente de mesures qui lui permettraient de réussir sa centralisation. A l?avant-veille du discours de Rama Sithanen, Raymond Rivalland, administrateur de la Société usinière du Sud (Suds), regroupant quatre établissements, estime que le budget devrait permettre à l?industrie de se relancer.
?Le budget, avant tout, devra être celui de la relance, ce qui permettra à l?industrie sucrière de poursuivre son développement et continuer ses activités dans le pays, malgré la baisse du prix garanti du sucre sur le marché européen. Le ministre est appelé à faire provision pour des mesures qui facilitent la centralisation?, affirme l?administrateur, dont la société produira le plus grand volume de sucre pour la récolte.
Ces moyens attendus, souligne-t-il, devraient permettre de ?valoriser notre sous-produit qu?est la bagasse?. En effet, la réforme rendue nécessaire par la chute de 36 % du prix garanti, repose en majeure partie sur la production d?énergie à partir de la bagasse en période de récolte, et du charbon pendant l?entrecoupe.
L?attente repose également sur la cohérence du budget par rapport à la stratégie pluriannuelle d?adaptation de l?industrie étalée sur la période 2006 à 2015. Ce plan d?action, qui définit les grands axes de la réforme, nécessite des investissements de Rs 24,5 milliards. Le document a déjà été remis à la Commission européenne. ?Il faudrait que le pays s?y adhère?, précise Raymond Rivalland.
Un volet dont les négociations reviennent au Syndicat des sucres (MSS), est le prix du sucre sur le marché local, mis en exergue auprès de l?état. En effet, pour la coupe 2005-06, l?industrie, à travers des subventions, a déboursé Rs 341 millions pour maintenir le prix à un bas niveau. Il ne reflète pas le prix réel sur le marché mondial. Et cette année, ce montant passerait à Rs 400 millions.
D?ailleurs, dans le mémoire conjoint soumis à Rama Sithanen, la Chambre d?agriculture, le MSS et la Mauritius Sugar Producers? Association affirment que ces chiffres paraîtront dans les comptes du MSS ?à un moment où le pays est en quête de soutiens financiers additionnels pour restructurer l?industrie?.
<B>Textile Les yeux sur le fret</B>
L?industrie du textile-habillement est toujours sous pression depuis l?abolition des quotas en janvier 2005. L?absence de grandes fermetures spectaculaires donne un sentiment de sérénité retrouvée mais le feu couve toujours. La compétition de la Chine et d?autres pays asiatiques à bas salaires est toujours pressante.
Pour assurer la survie de l?industrie du textile et de la confection, il faut changer de ligue et passer en division supérieure. Pour cela, il faut rapprocher le pays de son principal marché, l?Europe. Le moyen : l?avion.
Pour Harold Mayer (photo), chief operating officer du groupe Ciel Textile, la subvention du coût du fret aérien est la mesure la plus forte et la plus efficace que le gouvernement puisse prendre pour aider l?industrie du textile-habillement.
?Selon nos calculs, un budget de Rs 500 millions pour subventionner le fret aérien permettrait à 50 % de nos exportations d?être expédiées par avion à 50 % moins cher. Une telle aide est économiquement justifiable pour aider une industrie qui emploie 60 000 personnes?, déclare Harold Mayer.
Le patron de Ciel Textile explique que des pays tels que la Turquie, la Grèce et le Portugal fournissent aux acheteurs européens 30 % de leurs besoins en vêtements. La proximité de ces pays est leur principal atout car ils ont des délais de livraison extrêmement courts. Ce qui fait qu?ils peuvent compenser en offrant des salaires deux fois plus élevés qu?à Maurice.
Le pays peut concurrencer ces pays à condition d?avoir des tarifs de fret aérien compétitifs. ?Pour nous, il nous serait plus facile de concurrencer la Turquie et la Grèce plutôt que la Chine et le Bangladesh. Nous devons changer de ligue?, ajoute Harold Mayer.
A part une subvention sur le fret aérien, le gouvernement ne dispose pas de beaucoup d?autres moyens pour venir en aide à l?industrie du textile-habillement. Aussi, le secteur n?a pas beaucoup à attendre du budget 2006-07, estime-t-il.
<B>TIC Le coup de pouce pour décoller</B>
Nombreux sont les opérateurs du secteur des Technologies de l?information et de la communication (Tic) qui auront les yeux braqués sur le grand argentier Rama Sithanen.
Le secteur est en effet en attente d?un signal fort de la part de ce dernier. ?Nous sommes dans une situation où les choses ne sont pas claires, que ce soit pour l?homme d?affaires local ou pour l?investisseur étranger?, assure Ganesh Rama-lingum (photo), président de Act, l?association qui regroupe les opérateurs de télécom et de business process outsourcing du pays.
Aujourd?hui, Maurice est dans une phase où elle doit impérativement indiquer quelle direction elle souhaite prendre. Les infrastructures sont là : la première cybertour d?Ebène est remplie et la seconde est en passe d?être terminée, mais la politique prônée par le gouvernement est encore toujours floue. Les problèmes demeurent toujours sans qu?aucun remède n?ait été présenté.
?Nous avons des problèmes de main-d??uvre, de formation, de coût de la bande passante et de marketing à l?extérieur. Nous voulons savoir quelles sont les incitations que le gouvernement nous offrira pour nous aider à continuer à développer le secteur?, affirme Ganesh Ramalingum.
Ce dernier espère donc que Rama Sithanen annoncera vendredi des mesures d?accompagnement au développement du secteur Tic.
Ceux opérant dans le domaine de la téléphonie, de l?internet et des télécommunications en général veulent savoir pour leur part ce qui leur sera proposé autour du second câble sous-marin à fibres-optiques, le EASSY, qui connectera Maurice au reste du monde en passant par l?Afrique à partir de 2008. Si le projet se concrétise du moins. Pour que Maurice puisse être connectée à ce câble, les investissements, se chiffrant à plusieurs centaines de millions de roupies, doivent impérativement se faire cette année-ci.
?Nous sommes entièrement d?accord pour investir au sein d?un consortium avec le gouverment, mais il faudra nous en donner les moyens. Nous ne pourrons pas le faire sans aide?, assure le président d?Act. La mise sur pied d?un fonds de développement est donc souhaitable.
Mais avant de parler du EASSY, le secteur souhaite une nouvelle baisse des prix sur le SAFE, câble sous-marin à fibres-optiques déjà en place. Les tarifs pratiqués par Mauritius Telecom sont jugés comme un frein au développement du secteur et l?obstacle majeur à la pénétration de l?internet rapide à grande échelle dans les foyers mauriciens.
Pour continuer à vulgariser les nouvelles technologies, la création d?un nouveau système de financement est également souhaitable afin d?encourager l?investissement dans l?informatique et construire ainsi une cyber-île digne de ce nom.
<B>Tourisme La promotion pour effacer le chik</B>
Le tourisme patauge dans le doute. Après avoir démarré 2006 sur les chapeaux de roues, voilà que ce pilier, identifié comme principal moteur de croissance, a connu un coup d?arrêt, au début du deuxième semestre. Sous l?effet du chikungunya, le marché français s?est effondré, entraînant des pertes chez les grands groupes hôteliers. Le tourisme pourra-t-il répondre aux attentes placées en lui en 2006 ?
Pour Jean-Michel Pitot, directeur du groupe Véranda Resorts et vice-président de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice, le gouvernement devra agir essentiellement sur deux fronts : la lutte contre le chikungunya et la promotion de la destination.
Dans le premier cas, Jean-Michel Pitot insiste sur le fait qu?il ?ne faut pas baisser les bras?. ?Il faut s?assurer qu?avec le retour de l?été, l?épidémie ne ressurgisse pas.?
En ce qui concerne la promotion, il estime que le budget devrait au moins ?maintenir le montant alloué au marketing si ce n?est l?augmenter?. La Mauritius Tourism Promotion Authority a bénéficié d?un budget de quelque Rs 300 millions pour la promotion de la destination, en 2005-06.
Mais des lueurs d?espoir devraient éclairer la deuxième moitié de l?année. La nouvelle dynamique de l?accès aérien qui avait permis les fortes croissances de décembre et janvier devrait se maintenir. Elle permettra de mieux exploiter les marchés existants, comme l?Italie et de favoriser l?émergence de nouveaux marchés, comme la Russie, voire la Scandinavie.
La campagne de relance sur le marché français a été menée tambour battant. Mais les premières retombées pourraient se faire sentir dès août.
La destination pourra-t-elle atteindre la croissance à deux chiffres dans les arrivées, que l?on avait prédite et tant espérée, au début de l?année ? Une partie de la réponse pourrait bien se trouver dans les mesures budgétaires.
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