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Budget 2005-2006 : Dernier acte de la pièce

6 avril 2005, 00:00

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par Rajah RAMDAURSINGH

Les élections générales sont derrière la porte ! Le budget a certainement abondé en ce sens en faisant la part belle aux consommateurs de par les diverses baisses de droits de douane annoncées et la panoplie de mesures visant des groupes qui y trouvent leur compte. Il aurait été naïf de s?attendre à autre chose.

D?un côté, la population se réjouit des mesures annoncées par le ministre des Finances. De l?autre, elle ne renonce pas aux critiques sur sa gestion des finances publiques ou de la relance des secteurs productifs existants.

Etant arrivé au dernier budget du mandat de ce gouvernement, faisons une brève rétrospective des quatre scènes qui nous ont été jouées à ce jour avant de commenter les aspects saillants du budget.

● Acte 1 Scène 1: Juin 2001. Dans un discours fleuve, Paul Bérenger, de retour aux Finances après 18 ans, adopte une perspective à long terme. Il promet de relever deux défis : investir massivement dans les secteurs de l?éducation, des TIC, de l?infrastructure et de l?environnement ; et, dans un même temps, assainir les finances publiques.

Son agenda comporte douze priorités, dont la modernisation des infrastructures, une société plus équitable, la réduction du chômage, la transformation de Maurice en cyberîle, la réduction du déficit budgétaire, la résolution des problèmes liés au vieillissement de la population, et la promotion de l?autonomie de Rodrigues.

La TVA passe de 10 à 12 %. Ses prévisions pour 2001-02 sont comme suit: croissance: à 7 % (le taux réel, basé sur les plus récentes estimations du gouvernement pour les années fiscales ou civiles, est de 5, 6 %), déficit budgétaire à 6, 5 % (réel: 6, 5 %), investissements à 25% (réel: 22.5 %) et inflation à 5 % (réel : 6.3 %). La dette publique passe à Rs. 78, 5md (63, 4 % du PIB) et le taux de chômage est à 9, 1 %.

● Acte 1 Scène 2: Juin 2002. Le budget 2002 veut être celui de la continuité. D?importantes sommes provenant des fonds publics sont octroyés aux secteurs susmentionnés. Le grand argentier souhaite créer le déclic afin de promouvoir l?investissement dans le secteur privé et la création d?emplois ; il veut soutenir davantage les personnes dans le besoin ; et assainir les finances publiques. Son ?Medium Term Expenditure Framework? (MTEF) a pour horizon la fin de son mandat, c?est-à-dire 2005/6. Objectifs : taux de croissance à 5,5 %, inflation : 4, 5 %, déficit budgétaire à 3 %, taux d?investissement à 24,5 % et dette publique à 49,9 %.

Ses prévisions pour 2002-03 sont comme suit: croissance à 4,8 %, (indice réel: 1,8 %), déficit budgétaire à 6 % (réel : 6 %), investissements à 22,8 % (réel: 22 %) et inflation à 5 % (réel : 5,1 %). La dette publique passe à Rs. 91 md (66, 2 % du PIB) et le taux de chômage est à 9,7 %.

Le ministre annonce la création d?un ?Equity Fund?, du partenariat entre secteurs public et privé, de l??Integrated Resorts Scheme? et l?accélération des procédures de permis. Il cite le ralentissement de l?économie mondiale, suite aux événements du 11 septembre, les événements à Madagascar et le cyclone Dina. La TVA, élargie, passe de 12 % à 15 %.

● Acte 1 Scène 3: Juin 2003 . Présenté comme celui de la continuité et de la consolidation, ce budget a plusieurs objectifs : accélérer la restructuration des secteurs clés ; créer un environnement des affaires plus serein pour stimuler l?investissement privé, la croissance et l?emploi ; promouvoir l?intégration sociale; et offrir aux citoyens une meilleure qualité de vie. Afin de mettre en ?uvre ces priorités, une meilleure gestion des finances publiques et des ressources est recherchée.

Le ministre cite le rapport du PRB et le contexte international difficile (la guerre en Iraq, les scandales financiers type Enron et le SRAS). Le MTEF est revu à la baisse tout comme les prévisions des principaux indicateurs macroéconomiques. Un mauvais précédent qui se répétera dans les budgets qui suivent.

Ses prévisions pour 2003-04 sont comme suit: croissance à 6 %, (réel : 4, 4 %), déficit budgétaire à 5, 5 % (réel: 5 ,6 %), et inflation à 5 % (réel: 3,9 %). L?indice pour les investissements n?est pas annoncé (réel : 22,6 %) La dette publique passe à Rs 102,6 md (68,7 % du PIB) et le taux de chômage est à 10,2 %.

● Acte 2 Scène 1: Juin 2004. Enter Pravind Jugnauth. Dans un style certes différent, il avance ses priorités: démocratiser davantage l?économie; booster l?investissement privé et créer des emplois; attaquer le chômage; renforcer et réformer nos institutions; améliorer le quotidien des citoyens; protéger davantage les consommateurs; réduire la pauvreté; et promouvoir l?intégration sociale. Une nouvelle approche au ?monitoring? du budget est également introduite.

Ses prévisions pour 2004-05 sont comme suit: croissance à 5,5 %, (réel: 4,2 %), déficit budgétaire à 5 % (réel: 5 %), investissements à 22 % (réel: 22, 3 %) et inflation à 4 % (réel: 5,7 %). La dette publique, recalculée, passe à Rs 108 md (65,3 % du PIB) et le taux de chômage, recalculé sur une nouvelle base, est estimé à 9.2 %.

Le grand argentier réduit les taxes sur les barres de fer et les marges sur les produits pharmaceutiques. Il change les barèmes d?impôts, et ce faisant, augmente le taux d?imposition maximal de 25 % à 30 %. Dans un même temps, il augmente la pension de vieillesse mais suspend l?octroi de cette pension à ceux qu?il considère comme mieux lotis.

● Acte 2 Scène 2 ?avril 2005. Misant sur la consommation pour relancer l?économie, le ministre a certainement créé un important ?feel good factor? en annonçant des baisses de droit de douane sur un nombre important de produits. Les consommateurs ne peuvent que s?en réjouir. Mais ils n?oublieront pas que les réductions annoncées dans le passé sur les produits pharmaceutiques et les barres de fer ont fondu comme neige au soleil.

La volonté de transformer Maurice en paradis hors-taxes dans les quatre années séduit bon nombre de nos compatriotes qui voient déjà notre île devenir un autre Dubayy ou un autre Singapour. C?est un pari ambitieux, étant donné que l?infrastructure est présentement inexistante. Le contexte mauricien est de plus considérablement dissemblable de celui de ces deux autres pays. Enfin, la perspective d?un paradis hors-taxes constitue une menace pour l?important secteur productif local.

On remarque aussi une forte connotation sociale dans ce budget. Pas tant dans les secteurs de l?éducation et l?environnement, qui ont été privilégiés de par le passé, mais plus en termes des prestations sociales ? pensions de vieillesse, allocations pour handicapés, veuves, orphelins, et compensation ponctuelle pour certains cas de licenciement.

Les secteurs productifs existants ont malheureusement été les oubliés du budget. Les mesures relatives à l?industrie sucrière, la zone franche, le tourisme, le secteur financier et les TIC sont quasi inexistantes. Aux oubliettes aussi, semble-t-il, celles, portant sur la démocratisation de l?économie, qui avaient été annoncées l?an dernier.

La grande inquiétude demeure que les finances publiques n?ont pas été assainies. Malgré l?allègement fiscal annoncé de Rs 1, 7 md, il est prévu que les revenus passent de Rs 36, 4 md à Rs 38, 6 md l?année prochaine, engendrant ainsi un déficit budgétaire estimé peut-être avec optimisme à 4, 8 % alors que la précédente prévision était de 4 %.

Inévitablement l?exercice budgétaire relève d?un tour d?équilibriste entre des intérêts parfois conflictuels, surtout à l?approche de l?échéance électorale. De ce fait, ce budget plus que les précédents est un grand pari. Si les bonnes intentions qu?il exprime sont concrétisées, il aura une répercussion importante sur les choix à venir.

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