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Bon voisinage
L?économie souffre beaucoup de l?inflation importée ces temps-ci. Les denrées alimentaires en sont une des causes principales. Sommes-nous vraiment sans armes face à cette situation ? Trouver des sources d?approvisionnement alternatives est, certes, une solution. Mais il faudrait plutôt considérer des scénarios plus stratégiques et plus durables pour assurer notre sécurité alimentaire.
Les perturbations sur le marché mondial des céréales sont appelées à durer. De larges franges de la production des céréales sont déviées vers la fabrication des biocarburants, une activité beaucoup plus rentable que la nourriture pour les hommes. L?engouement pour les énergies alternatives transforme radicalement l?économie du blé, du riz et du maïs chez les grands producteurs. Les volumes de matières agricoles utilisées dans la production énergétique sont énormes. Les stocks de nourriture sont sous stress considérable. Des superficies gigantesques sont consacrées au business de l?énergie dite propre.
Les «net food importing countries» comme Maurice se doivent d?être beaucoup plus inventifs pour sortir de cette impasse. Le pays importe 70 % de ses besoins en alimentation. Cela comprend à la fois de la nourriture et des intrants pour l?agro-industrie.
La facture d?importation alimentaire risque de faire chuter encore plus le pouvoir d?achat du Mauricien. Outre la forte inflation importée, la sécurité alimentaire est une question qui devient plus préoccupante.
Pour contrer la nouvelle dynamique mondiale, Maurice se doit de repenser sa politique agricole. Des activités qui étaient jusqu?ici peu rentables, commencent à devenir économiques dans un contexte d?explosion des prix des matières premières agricoles.
Des observateurs évoquent une nouvelle vision de l?agriculture dans cette optique, mais également dans le sillage de la restructuration de l?industrie sucrière. Une partie des superficies libérées par l?élimination de la canne à sucre doit être réorientée vers la culture des produits alimentaires.
Mais Maurice a, néanmoins, des failles naturelles et ne peut soutenir à elle seule une politique de subvention à l?importation à grande échelle. Il est grand temps de reconsidérer plus sérieusement un partenariat agricole avec Madagascar. L?idée a été maintes fois évoquée. Pour diverses raisons politiques et économiques, l?option malgache n?a jamais vraiment décollé, bien que certaines entreprises agro-industrielles mauriciennes y soient implantées. Avec les mutations qui s?opèrent sur le marché alimentaire mondial, un modèle agricole transfrontalier peut s?avérer très rentable aux deux parties.
Il faut privilégier une approche d?intégration au lieu d?une simple activité d?import-export. Une alliance stratégique avec Madagascar permettrait aux opérateurs de contrôler toute la chaîne de production, chose impensable avec une autre source d?approvisionnement.
Les gouvernements des deux pays ont la responsabilité de redynamiser la coopération agricole entre eux. Les entrepreneurs mauriciens doivent aider la Grande île à moderniser son agriculture. Les problèmes techniques et phytosanitaires méritent une attention prioritaire. Mais le plus important est de pouvoir intégrer la logistique agricole des deux îles.
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