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Bernard Charoux le nostalgique
Il n?a que 35 ans, mais a déjà 25 ans d?expérience en peinture ! Sa filiation y est assurément pour quelque chose : Bernard Charoux, en effet, n?est autre que le fils du vétéran Roger Charoux. Ce qui fait qu?à l?âge de dix ans, si ?l?engouement? de Bernard était déjà là, le guide l?était aussi. ?C?est Roger qui m?a guidé, surtout dans la peinture à l?huile?, rappelle le peintre, aujourd?hui à son premier solo. S?il ne se montre que maintenant, malgré sa longue pratique, c?est qu?il a attendu ?d?évoluer un peu, précise-t-il, d?atteindre une certaine maturité, d?avoir mon propre style, malgré une certaine influence de Roger.?
Bernard Charoux serait voué à l?impressionnisme. ?J?admire la recherche autour de moi, l?Art moderne, le contemporain, mais c?est l?impressionnisme que j?aime. Je préfère aux formes flottantes tout ce qui est structuré, qui a une fondation, une assise solide, qui prend naissance à partir de la terre. Ma peinture pourrait évoluer, être un peu plus dépouillée, mais ce sera toujours l?impressionnisme, je pense.? Ainsi parle ce peintre du groupe Constantin, qui chaque samedi depuis 1998, s?en va peindre avec ses aînés sur le motif, avide de capter l?éphémère de la lumière, de l?atmosphère, comme l?entend la démarche impressionniste.
Décorateur d?intérieur comme son père, et Design student of the year 1996 du Boston House College de Johannesbourg avec distinction, Bernard Charoux privilégie, contrairement au peintre impressionniste qu?il est, les formes dépouillées et les couleurs sobres de l?avant-garde.
Transparence
Son plan de travail minimaliste introduit peu d?éléments, tournant le dos aux styles et thèmes traditionnels. Il fait usage des matériaux de la modernité : bois clair, métal, verre?Au point où l?on pourrait s?étonner que le peintre s?adonne à un style vieux de plus d?un siècle. Mais c?est son choix. Il en est libre. ?C?est la même chose, partage-t-il, sûr de lui. J?aime les deux. Avec l?Art, j?oublie la semaine.?
Les 39 peintures exposées, huiles et aquarelles confondues, sont les plus récentes de quatre ans de travail. Le bleu d?outremer et le rouge vermillon prédominent, alors que l?ocre jaune ponctue la lumière. S?il est vrai que l?éphémère de la lumière fascine Bernard Charoux, les peintures aux cimaises parlent à la fois d?une certaine nostalgie, comme un besoin de sauver par la peinture ce qui reste d?un certain patrimoine.
Aussi se promène-t-on rue La Poudrière, non loin de la Cathédrale St. James, revisitant des maisonnettes traditionnelles colorées, aux pierres et bois marquées d?Histoire; de même du côté de l?Hôtel National ? qui ne semble, toutefois, pas faire de l??il à notre peintre ?; puis rue Emile Bouchet, jusqu?à La Butte, rue Calcutta, rue Madras? Si, sans l?avoir cherché, les noms évoquent de belle manière les composantes multiples de la population mauricienne, le propos qui les réunit ici est toujours le même : capter, recenser presque, les vestiges d?une époque.
Ce souci de rédiger à sa manière et en se faisant plaisir, des pans d?Histoire, se retrouve dans les paysages marins avec Trou Fanfaron - Les Derniers transports maritimes -, Les Derniers bateaux cockney. Le Temple de Clémencia ne fait pas exception. Aussitôt renchérit le peintre, ?C?est le plus vieux de Maurice?. Tout comme, face à Montagne-Longue ? Pastorale, aux terres rouges de fertilité, vite, il ponctuera l?instant d?un regret, ?Bientôt il n?y en aura plus. On ne finit pas de construire.? Au Temps des routes pavées ? Rue du Vieux Conseil ? n?échappe pas, non plus, à la logique.
Toutefois, Bateaux en carénage, dans la lumière intense d?après-midi, aux ombres allongées, entraîne davantage le regardeur dans un monde impressionniste. Et nous voilà à Batimarais. Le peintre est sorti de l?enfermement des ruelles portlouisiennes. L?espace prédomine, bien que le thème, comme ailleurs, occupe presque toute la surface de l?espace pictural, laissant peu de place au ciel. Il respire mieux et recompose à sa guise le paysage, déplaçant la montagne dans le décor, célébrant la nature. Bernard Charoux pratique un impressionnisme qui se fait avare de touches caractéristiques de ce style. Une sorte de rapprochement, une manière d?à-plat presque, qui confère une certaine densité à sa peinture.
Chez l?aquarelliste, les thèmes sont les mêmes. Seul la technique change. Par contre, certains formats sont plus grands qu?à l?huile. Bernard Charoux met habilement à contribution la couleur du papier et l?on sent que la transparence du médium lui procure une autre volupté.
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