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Basdeo Bissoondoyal, promoteur de l?hindi

8 mai 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il est peut-être regrettable que si peu de cérémonies officielles sont venues mettre en exergue la personnalité du pandit Basdeo Bissoondoyal à l?occasion du centenaire de sa naissance, le 15 avril dernier. L?occasion était pourtant belle de rappeler à tous ce que l?île Maurice doit à cet autodidacte qui sut trouver la force intérieure pour redonner aux cultures, aux langues, aux rites ancestrales originaires de l?Inde, leurs lettres de noblesse, à Maurice, au milieu du XXe siècle.

Nous tous profitons aujourd?hui de ses efforts inlassables et si positifs car, grâce à lui, grâce à son frère Sookdeo, grâce aux ?uvres de propagation qu?ils ont mis sur pied même quand ils rencontraient une résistance pleine d?hostilités, nous héritons d?une île Maurice plus riche sur les plans culturels et religieux et dans laquelle il fait bon vivre tant prévaut une harmonie sociale et raciale.

Parmi les manifestations officielles, se trouve l?émission d?un nouveau timbre à l?effigie du pandit Bissoondoyal. Rien à redire sur la netteté de la reproduction photographique du visage de cet éminent fils du sol. On y retrouve sa détermination inébranlable et toute la force intérieure l?ayant permis de soulever des montagnes dans notre pays.

Les lecteurs de l?express savent, grâce à sa biographie rédigée par Moonindra Nath Varma et qui sert de référence à cette chronique, tous les efforts accomplis par les frères Bissoondoyal et les mouvements créés par eux pour promouvoir la couleur orange, la couleur fétiche du mouvement Arya Samaj. Ils regretteront que le timbre-poste ait un fond, hésitant entre le bleu foncé et le violet, alors que la couleur orange aurait été tellement plus appropriée.

Dans ce troisième volet du rappel de l??uvre du Pr Bissoondoyal, l?accent sera mis sur ses efforts pour promouvoir la langue hindi ainsi que la fierté pour tous les Mauriciens d?être aussi intimement rattachés aux traditions millénaires et si diversifiées de l?Inde.

La nécessité de ces années d?efforts et de combats pour rendre à l?hindi et aux valeurs ancestrales indiennes leurs lettres de noblesse peut surprendre. À la fin du XIXe siècle, au terme d?un premier demi-siècle d?immigration de travailleurs agricoles indiens, les langues parlées dans les différentes régions indiennes de peuplement sont utilisées sur une grande échelle à Maurice, au point que les cadres de l?industrie sucrière d?alors, tout comme les boutiquiers d?origine chinoise, s?installant dans les villages excentrés ou dans les camps sucriers, doivent connaître les rudiments des différentes langues indiennes utilisées par cette main-d??uvre importée, pour se faire comprendre et pour établir un minimum de communication.

Moonindra Nath Varma fait ressortir que la situation est tout autre quand le Pr Basdeo Bissoondoyal commence son combat et ses croisades. Il estime alors que tout est à faire si l?on veut éviter la déculturation complète des Mauriciens d?origine indienne et de foi hindoue. Il n?hésite pas à attribuer cela à une certaine honte, ressentie par les élites hindoues, à l?aube du XXe siècle, par rapport à leurs langues et cultures. Ils les accusent carrément de vouloir renoncer à cet héritage ancestral afin de se rallier davantage aux autres langues utilisées à Maurice, à savoir le français et l?anglais.

Le Pr Bissoondoyal réussira dans son entreprise en redonnant son prestige aux langues et aux valeurs ancestrales indiennes, en prouvant à tous qu?autant il excelle dans la maîtrise du français et de l?anglais, autant il tient à utiliser les langues et promouvoir les cultures indiennes dont la richesse et l?ancienneté sont incontestables. En toutes occasions, il tient à démontrer sa préférence marquée pour l?hindi et les coutumes indiennes, en utilisant cette langue et en s?habillant à l?indienne, pour donner tort à ceux qui cèdent à la tentation d?épouser un mode de vie trop occidentalisé.

Le Pr Bissoondoyal comprend rapidement que l?unité de la communauté d?origine indienne se fera autour de cette promotion de la langue hindi. Il se rend compte qu?elle demeure le pivot autour duquel tout s?articule. Désormais, il utilisera l?hindi dans tous ses discours et ses sermons, n?hésitant toutefois pas à les truffer de citations en anglais et en français pour bien faire comprendre à tous qu?il excelle dans ces deux langues mais que volontairement il tient à marquer sa préférence inébranlable pour l?hindi.

Il promeut cette langue aussi bien parlée qu?écrite, en multipliant les tracts, les affiches, les pamphlets, rédigés dans cette langue, forçant ses partisans à le suivre dans ses efforts linguistiques. Il multiplie les classes d?hindi même en fin d?après-midi et en soirée pour permettre à qui désire se perfectionner dans cette langue. On estime qu?il met ainsi sur pied des cours d?hindi dans plus de 300 baïtkas disséminés à travers toute l?île.

Il a d?autant plus de mérite que les langues orientales ne sont guère enseignées dans les écoles du gouvernement. Au contraire même, le peu qu?il leur est accordé est battu en brèche par certains directeurs de l?instruction publique. Certains d?entre eux veulent même supprimer l?enseignement des langues orientales à l?école. Cela donnera lieu à un walk-out mémorable. Un directeur de l?instruction publique, hostile à l?enseignement de l?hindi à l?école, doit prendre la parole au théâtre de Port-Louis devant un auditoire composé d?instituteurs. Dès qu?il commence son discours, une majorité des instituteurs présents se lèvent, à l?instar de Sookdeo Bissoondoyal et quittent la salle, la laissant à moitié vide, devant le directeur médusé et sans parole. La leçon portera ses fruits et grâce à l?action déterminante des frères Bissoondoyal, l?enseignement des langues orientales devient graduellement ce qu?il est aujourd?hui.

Le Pr Bissoondoyal ne s?en tient pas à ces manifestations remarquées. Il comprend que l?enseignement de l?hindi ne peut pas se faire sans l?aide de manuels scolaires, tant pour les élèves que pour leurs maîtres. Il multiplie les livrets appropriés aux différents âges, selon qu?on a affaire à des débutants ou à des initiés voulant parfaire leur connaissance linguistique. Il organise aussi des examens et autres tests d?évaluation tant au niveau régional qu?à celui national. Il prépare les certificats et les diplômes qu?il remet personnellement aux plus méritants, en les encourageants à partager leurs connaissances avec ceux qui n?ont pas la chance de posséder leur maîtrise linguistique.

Il faut aussi mettre à l?actif du Pr Bissoondoyal la création d?une publication en langue hindi. Il s?agit de l?hebdomadaire Zamana qui paraîtra sans discontinuer de 1948 à 1977. Il est l?auteur d?une quantité incalculable de livres et d?articles, rédigés en français, en anglais ou en hindi, publiés à Maurice, comme à l?étranger.

Il faut surtout retenir ses efforts pour populariser l?hindi en composant des chants entraînants et motivants que ses auditoires reprennent avec un enthousiasme communicatif. Ce chant de rassemblement dit ceci : ?Les hindous doivent apprendre l?hindi, la langue des héros et des saints. Elle contient la culture hindoue. Elle préserve l?unité hindoue.?

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