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Bal diplomatique
A Madagascar, le bal du 14 juillet avait des allures de cérémonie d?adieu. Pour cause, l?ambassadeur Gildas Le Lidec se voit contraint de plier bagages avant même d?avoir eu le temps de bien s?installer dans la Grande île.
Ce départ exigé par Marc Ravalomanana fait des vagues à Paris. Personne, à ce stade, ne comprend cette décison. Personne, pas même le pricipal intéressé, qui n?a rencontré le président malgache qu?une seule fois pour présenter ses lettres de créance, n?arrive à expliquer le pourquoi de ce départ, fortement suggéré à Nicolas Sarkozy. Selon le quotidien Le Monde, «il n?y a aucune raison logique et valable à ce comportement. Tant d?un point de vue diplomatique que personnel, le comportement de M. Le Lidec a été irréprochable». Alors le quoitidien suppute des hypothèses : «la raison de la défiance dont est victime le diplomate tient, selon les responsables français, à la personnalité du président Ravalomanana, un homme jeune à la fois moderne et superstitieux, voire arriéré.»
Pour comprendre la référence au qualificatif «superstitieux», il faut savoir que M. Le Lidec était basé à Kinshasa lors de l?assassinat de Laurent-Désiré Kabila, tout comme il était à Abidjan lorsque des rebelles ont tenté -? en vain ? un coup d?Etat contre le président Laurent Gbagbo. Il serait inacceptable que les diplomates qui font d?ordinaire très attention a la formulation de leurs propos soient aujourd?hui victimes de leur itinéraire diplomatique. Fort heureusement, Jacques Maillard, l?ambassadeur français à Maurice, n?a pas droit au même traitement que Le Lidec.
La France est l?un de nos principaux bailleurs de fond. Dans une interview accordée à l?express récemment, Maillard a su trouver les mots justes pour qualifier les relations privilégiées entre l?Hexagone et Maurice : «Nous aidons Maurice, ou plutôt nous travaillons avec Maurice, car il y a bien une position d?égal à égal et non de donateur à récipiendaire.» Toutefois, au sujet de Tromelin, il a adopté un tout autre ton et a insinué que Maurice faisait beaucoup de bruit pour rien : «Je vous rappelle que Tromelin n?est qu?un îlot d?un kilomètre carré !» Notre journaliste, Gilles Ribouet, lui a rappellé, à juste titre, que «ce n?est pas tant ce kilomètre carré de terre émergée qui compte que la zone économique exclusive de 280 000 km2 qui l?entoure.» Le récif d?un kilomètre carré risque encore de faire des vagues?
Les différends diplomatiques par rapport à des bouts de terre ne sont pas le propre des anciennes puissances coloniales et les pays de l?océan Indien. Tout récemment, la Corée du Sud a décidé de rappeler son ambassadeur à Tokyo pour protester contre la décision du Japon de souligner dans des manuels scolaires sa souveraineté sur un groupe d?îles connues sous le nom de Takeshima en japonais, Dokdo en coréen. La polémique menace de s?envenimer sérieusement. Les deux pays s?accusent mutuellement de violer leurs zones économiques exclusives. Dans la région indienocéanique, on n?en est pas encore là, mais force est de constater que des superstitions d?une autre ère continuent à perdurer.
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