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B. Arouff : Veut-on la relance en criant haro sur son moteur ?

19 mai 2008, 00:00

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B. Arouff : Veut-on la relance en criant haro sur son moteur ?

Au début des années 1980, Benoît Arouff est un des rares anciens hauts fonctionnaires à briller à la tête du secteur privé, après avoir laissé au vestiaire les derniers vestiges de tout fonctionnarisme paralysant, pouvant encore s?accrocher à ses basques. S?il parvient, au sommet de sa longue et riche carrière professionnelle si diversifiée, à une telle réussite, c?est parce qu?il n?a jamais négligé aucune occasion valable de conforter sa vision de ce que doit être une île Maurice besogneuse, productive et compétitive, avec celles de ses amis, collègues et connaissances, qu?ils dépendent du secteur privé ou public, qu?ils appartiennent ou non à sa communauté ethnique, sociale, culturelle et religieuse. En toute chose, ce qui l?intéresse le plus c?est de savoir pourquoi son interlocuteur ne pense pas comme lui et en quoi la divergence constatée peut enrichir et améliorer sa vision du monde et de l?île Maurice de demain.

Benoît Arouff est un des représentants les plus valables de la dernière génération de fonctionnaires à avoir été formés par nos maîtres colonialistes et donc anglais mais aussi de la première génération de fonctionnaires à tenir entre leurs jeunes mains, mais sous la conduite du leadership éclairé d?un Seewoosagur Ramgoolam et d?un Dayendranath Burrenchobay, le gouvernail de la jeune île Maurice indépendante.

Les récifs évités de justesse n?ont certes pas manqué, ni quelques moments fugaces de panique. Mais ce n?est certes pas, au moment où nous fêtons unanimement et sans voix discordante aucune le 40e anniversaire de notre indépendance, surtout quand nous constatons, avec tristesse, les faux-pas commis par des pays pairs mais disposant de davantage de ressources naturelles, que nous allons dénigrer nos débuts, certes maladroits et malencontreux, mais indépendants, libres, responsables.

Benoît Arouff raconte une anecdote des années 1960 qui dit bien la différence fondamentale, opposant le jeune fonctionnaire, un brin naïf et même idéaliste, fraîchement promu aux instances décisionnaires qu?il est et un fonctionnaire chevronnée colonialiste et donc anglais, incapable de voir plus loin que la fin de son mandat dans ce pays foutu que ne peut être, à ses yeux, notre île Maurice. Les grands prêtres du catastrophisme économique, les Professeurs Titmuss et Meade (futur Prix Nobel), ceux-là même qui, au dire de Navin Ramgoolam, citant son homologue indien, n?hésitaient à proclamer ex cathedra l?inévitable radiation de Maurice de la carte du monde, venaient de publier leurs rapports confirmant l?image Maurice-Catastrophe, projetée par V.S. Naipaul dans The Overcrowded Baracoon. Il est indéniable que les deux rapports des professeurs précités accélèrent encore le processus de décolonisation de Maurice. Alan Bates, illustre bien cette mentalité colonialiste et anglaise de vouloir quitter au plus vite le navire Mauritius, avant le naufrage annoncé.

Benoît Arouff est d?une autre trempe. Il est de la race des vrais Mauriciens qui croient en l?avenir de leur pays car ils font confiance à la volonté de travail de tout un chacun. Avec d?autres fonctionnaires, ils pensent aux moyens d?empêcher le naufrage économique annoncé. L?industrie de substitution (bière, pâte de dentifrice, lames de rasoir-grattoir, piles électriques de faible durée) n?est qu?un pis-aller plutôt limité. Benoît Arouff songe tout haut : pourquoi ne pas produire pour le reste du monde ce que Maurice produit pour des Mauriciens. Il soumet son rêve d?exportation embryonnaire à Alan Bates qui est tout de même secrétaire financier, l?équivalent de notre ministre des Finances. Il a droit à la plus écossaise des douches froides : Who is going to import Mauritian products ?

Voilà les préjugés colonialistes que les Mauriciens libres et indépendants ont dû vaincre, au lendemain du 12 mars 1968, pour permettre à leur pays de devenir, à un certain moment, un des principaux exportateurs de produits en laine, malgré l?absence, à Maurice, de tout mouton à toison, moutonnant jusqu?à l?encolure ! Cette anecdote illustre bien la liberté d?agir à notre guise mais d?une façon responsable vis-à-vis de nous-mêmes et de nos enfants que nous procure notre indépendance politique.

Hélas, les prophètes de malheur et autres empêcheurs de danser en rond ne disparaissent pas avec le départ du dernier fonctionnaire colonialiste anglais. Demeurent encore et bien en poste d?indécrottables hauts fonctionnaires et autres politiciens démagogues, s?amusant toujours à dénigrer autant que possible nos opérateurs et autres producteurs de richesse nationale sous prétexte qu?ils fonctionnent selon un système capitaliste tolérant le profit. Et Arouff de demander benoîtement : comment peut-on vouloir la relance économique en criant haro sur son moteur, la production capitaliste de nouvelles richesses nationales ?

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