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Bévues et sympathies pour l?arrivée de Cavendish Boyle

1 août 2004, 20:00

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L?actualité d?il y a cent ans (juillet ? août 1904) est marquée autant par les fausses notes que par les marques d?estime et de gratitude entourant l?arrivée du gouverneur Cavendish Boyle. Elles concernent toutefois autant son prédécesseur, Sir Charles Bruce, que l?officier administrant la colonie pendant la période de transition, Sir Graham Bower. Coup d??il donc en arrière, à la fois amusant et regrettable, pour retrouver côte à côte du respect et des maladresses pour le moins curieuses.

Celui qui sera gouverneur de Maurice jusqu?au 10 avril 1911, Sir Cavendish Boyle, arrive à Port-Louis le 20 août 1904, à 11 heures précises. Il débarque en grand uniforme accompagné de sa nièce, Mlle Lane, et de son aide de camp. Il est accueilli par l?officier administrant, Sir Graham Bower, qu?entourent les notabilités civiles et militaires.

Le grand hangar de la douane (emplacement occupé aujourd?hui par le complexe commercial Astrolabe sur le front de mer de Port-Louis) est orné et décoré à cet effet. Ils prennent ensuite place dans un landau qui les conduit à l?Hôtel du gouvernement. Les hommes de deux régiments indiens forment une haie d?honneur. Sur la place d?Armes, un détachement du Northumberland rend les honneurs. L?orchestre de ce régiment joue le God Save The Queen à l?arrivée de Sir Cavendish. Une foule considérable salue ce dernier tout le long de ce bref parcours.

Cette foule ?considérable? dément la teneur d?un communiqué en date du 12 août 1904. Il provient du secrétariat de l?Hôtel du gouvernement et signale que Sir Cavendish Boyle, devant débarquer au Port-Louis le samedi 20 août, prêtera serment le jour même mais sans cérémonie particulière. Au besoin, une réception officielle pourra avoir lieu quelques jours plus tard.

Sir Cavendish entend, affirme ce curieux communiqué, ne pas imposer un déplacement supplémentaire aux personnalités mauriciennes, ne descendant pas en ville habituellement les samedis et dimanches.. La tradition et les habitudes mauriciennes veulent pourtant que nombreux sont les ?campagnards?, y compris les résidents habituels des Plaines-Wilhems, à ?camper? à Port-Louis pendant les mois d?hiver. Et même si cela n?est pas le cas pour la majorité, l?arrivée d?un nouveau gouverneur vaut bien tous les déplacements imprévus possibles.

L?arrivée de Sir Cavendish est, de plus, marquée par une erreur regrettable. La Citadelle (Fort Adélaïde) tire la salve d?usage une demi-heure avant l?heure fixée.

Sir Cavendish ne cache pas son mécontentement et le fait vertement savoir à l?Hon. Gibson. Prudent, ce dernier gagne la douane pour prendre son nouveau poste et laisse le nouveau gouverneur se débrouiller avec Sir Graham Bower, redevenu secrétaire colonial.

Un homme respecté

Sir Cavendish Boyle prête serment d?une voix forte. Il s?adresse ensuite à l?assistance, qu?il s?étonne de trouver aussi nombreuse. Il espère que sa prestation de serment n?a pas causé des inconvénients particuliers, un samedi matin, aux personnes présentes. Il leur fait savoir qu?il respectera, en toutes circonstances, les convenances des colonies qu?il aura l?honneur d?administrer. Il se dit touché par la cordialité de la réception. Il n?oubliera pas de sitôt la bienvenue qui lui est ainsi faite. Il a l?habitude de faire son ?home? des colonies qu?il doit administrer. Maurice ne fera pas exception à sa règle.

L?avancement de Maurice, le bien-être de ses habitants, la prospérité et le bonheur de ceux qui partagent son nouveau ?home? seront l?objet de sa plus vive sollicitude, de son plus ardent désir, de son v?u le plus cher.

Sir Cavendish est de taille moyenne, à la moustache grisonnante. Il a l?air énergique, résolu, volontaire. Il arrive à Maurice avec la réputation d?être un esprit ouvert et éclairé, d?être ?open to conviction?. Ceux qui le connaissent confient aux Mauriciens qu?il fera de l?excellente besogne dans leur pays et qu?il s?y fera aimer et apprécier. Il n?est pas homme à débarquer avec des convictions toutes faites. Il tient d?abord à voir par lui-même avant de se faire une idée sur chacune des questions intéressant ses futurs administrés.

Avant d?être nommé gouverneur de Maurice, Sir Cavendish Boyle administrait la colonie anglaise de Terre-Neuve. Le 6 mars 1904, le Daily News de cette colonie fait état de sa nomination à Maurice et souligne le regret général des Terre-Neuviens. La promotion qui lui est ainsi accordée est la juste récompense de ses qualités et de sa contribution à la prospérité de Terre-Neuve.

Sir Cavendish Boyle quitte Terre-Neuve en mai 1904. Il passe quelques semaines en Grande-Bretagne avant de s?embarquer pour Maurice, où il débarque le 20 août suivant.

Sir Cavendish Boyle commence son mandat sous de mauvais augures. Sa nièce se fait voler des bijoux et d?autres objets précieux à bord du navire la conduisant à Maurice, le Saghalien des Messageries Maritimes, semble-t-il.

Une autre passagère, une religieuse de Saint-Joseph, Mlle de Touris, loge une plainte identique, ayant perdu une montre et une paire de lunettes. Le commandant du navire procède alors à des perquisitions, qui permettent la découverte des objets volés dans les effets d?un membre de l?équipage, un jeune Réunionnais. A l?arrivée du navire à Pointe-des-Galets, le voleur est remis à la gendarmerie locale. C?est du moins ce que rapporte le Journal de l?Ile en date du 10 août 1904.

Le même journal signale que, vexé par ce vol, Sir Cavendish Boyle refuse de descendre à terre et d?accepter l?invitation que lui font les délégués du gouvernement réunionnais.

Le général Galliéni a aussi voyagé à bord du même navire, de Diego Suarez à Tamatave. La rencontre entre les deux gouverneurs est plutôt glaciale. A Tamatave, Sir Cavendish descend à terre pour saluer le général Galliéni. Il ne souhaite toutefois pas que ce dernier lui rende la pareille, peu après, à bord du navire, prétextant qu?il s?est déjà ? ?déshabillé?.

Le Cernéen du 23 août 1904 commente les circonstances entourant la prestation de serment de Cavendish Boyle. Le communiqué de Sir Graham a surpris ceux pensant que Sir Cavendish pouvait renoncer aussi facilement au cérémonial habituel. Quelqu?un quelque part s?amuse à peindre les Mauriciens sous un jour défavorable, voulant faire croire qu?ils rechignent à descendre en ville, un samedi, même pour saluer un nouveau gouverneur.

Il serait intéressant de savoir qui a pu si mal renseigner Sir Cavendish. Pas un ami de Maurice en tout cas. Cela crée une désagréable impression d?impolitesse au détriment des Mauriciens. D?où la mauvaise humeur du nouveau gouverneur, découvrant cette mauvaise plaisanterie.

De même on veut faire croire que Sir Cavendish a pu snober toute la population réunionnaise, simplement parce qu?un valet de chambre réunionnais aurait volé quelques objets précieux à sa nièce. Un telle attitude s?explique mal après l?accord signé en avril 1904 entre Paris et Londres, accord devenu célèbre depuis sous l?appellation d??Entente Cordiale?.

Un cadeau inattendu

La population mauricienne a offert au prédécesseur de Sir Cavendish Boyle, Sir Charles Bruce, un service à dessert en argent. C?est là le résultat d?une souscription publique, ouverte au moment de son départ en 1903. Le service lui est offert le 7 juin 1904, dans les bureaux de M. Chalmers Guthrie Co. Ltd, à Londres. Il s?agit d?un beau service en argent massif, comportant un porte-fruits et une pièce centrale datant de George IV (1827) et ornée de six branches pour bougies. Le service se complète par quatre compotiers et par 24 assiettes à dessert.

Les pièces en argent portent le monogramme et la devise de Sir Charles. Sur la pièce principale, on peut y lire l?inscription suivante :

?Offert à Sir Charles Bruce, G.C.M.G., à l?occasion de son retrait du poste de gouverneur de Maurice et comme marque de respect et d?estime de la part des habitants de la colonie.?

Sir Charles adresse ses remerciements aux personnalités présentes. Il rappelle que sa première nomination à Maurice remonte à novembre 1868. Il évoque les temps forts de sa présence dans notre pays.

Il s?attarde sur les problèmes auxquels les Mauriciens ont à faire face. Il ne se considère pas comme le ?Sauveur de l?île Maurice? car, rappelle-t-il, ?les Mauriciens se sont sauvés par eux-mêmes, grâce à leurs propres efforts et grâce à l?intelligence et au courage de leurs chefs commerciaux et industriels?.

Il poursuit : ?En se sauvant, par eux-mêmes, ils ont inspiré les habitants d?autres colonies.? Et de rappeller qu?au moment de son départ, il a reçu d?innombrables adresses venant de toutes les communautés composant la population mauricienne.

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