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Avancer à reculons
Il faut parler d?un grand bond en arrière. Aucune autre expression ne peut mieux qualifier la décision prise au Conseil des ministres hier de réinstaurer le système de classement par ordre de mérite à l?examen du CPE. De plus, le gouvernement ignore encore dans quel engrenage il met le doigt en spécifiant que le classement se fera «on the basis of performance in best four subjects nationwide». Car, que les langues orientales soient comptabilisées ou pas, la question va forcément déchaîner les passions.
Si l?annonce du rétablissement du «ranking» au CPE n?était qu?un subterfuge pour détourner l?attention du public de la cascade de hausses de prix survenues cette semaine, on aurait trouvé la man?uvre de mauvais goût, sans plus. Mais, il semble que l?affaire est autrement plus sérieuse. Certains ministres ont la nostalgie d?un système qui sélectionne l?élite et qui exacerbe l?esprit de compétition.
On ne sait pas si le ministre de tutelle, Dharam Gokhool, est lui-même partisan d?un système qui inflige une torture aussi sévère que la «rat race» à nos gosses. Dans une interview de presse parue le 31 juillet dernier, il affirmait sur un ton catégorique: «J?insiste sur un point: pas question de revenir au «ranking». Nous allons garder le «grading» et l?améliorer, le rendre plus juste. Nous proposerons bientôt des mesures à ce sujet.» S?il est un homme qui est constant dans ses convictions il a dû se battre hier contre les intégristes de l?élitisme qui ont prôné le retour du «ranking».
Le PTr peut arguer qu?il a été élu sur un programme qui promettait de convertir les collèges d?élite en «Form l-VI Colleges». Mais une telle mesure rétrograde a été annoncée dans le feu d?une campagne électorale pendant laquelle les esprits n?étaient pas toujours lucides. Tout comme il avait préconisé, dans un autre moment d?égarement, d?opposer son veto aux projets IRS. Ce parti serait mal inspiré de s?accrocher à ses slogans électoraux maintenant qu?il est solidement installé au pouvoir.
De plus Dharam Gokhool admettait, dans une autre interview, que son parti a «dû utiliser une argumentation disons très énergique» sur le thème de l?élitisme durant la campagne électorale. Ayant désormais accès aux documents officiels et analyses techniques des pédagogues de l?Etat, le gouvernement aurait pu se montrer plus mesuré et comprendre que l?ancienne formule du CPE représente un désastre pour des milliers d?enfants.
La tyrannie de l?idéologie méritocratique a broyé plusieurs générations de petits Mauriciens et rejeté des milliers d?autres hors du circuit éducatif. Beaucoup n?ont pas connu les joies de l?enfance, trop occupés avec les devoirs. D?autres ont abandonné l?école car ils ne pouvaient pas soutenir le rythme infernal des instituteurs et la pression des parents. En 2000, 17 600 enfants étaient admis en «Form I». Une année après la réforme Obeegadoo, 22 000 nouveaux élèves mettaient le cap sur le secondaire. Avant l?abolition du «ranking», 2 000 élèves de fin de cycle primaire redoublaient avec pour seul but d?améliorer leur rang. Ce chiffre est passé à seulement 80 en moyenne, après la réforme. Si les collèges prestigieux rouvrent leurs portes sur la base du «ranking», tous ces gâchis entacheront à nouveau notre système éducatif.
Il reste l?argument selon lequel la compétition a disparu de notre système d?éducation avec la réforme. Faux. Elle est seulement reportée. La lutte est intense pour une place dans les ?Form VI colleges? réputés. Quand le gouvernement de Seewoosagur Ramgoolam décrète en 1976 la gratuité de l?éducation secondaire, il accomplit une des avancées sociales les plus significatives de notre histoire. Si Navin Ramgoolam persiste dans la voie qu?il a adoptée, il poursuit la marche. Dans le sens inverse.
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