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Autodidacte ?

20 octobre 2007, 20:00

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Michel BEDU

Comme on sait, l?autodidactisme, ou autodidaxie, (de « didaskein » grec : apprendre, instruire ; et « autos », soi-même) est l?art d?apprendre seul, sans l?aide d?un professeur. Ce fut jadis la seule façon, pour beaucoup de gens démunis de tout moyen, ou isolés du monde ? jeunes navigateurs au long cours, paysans bloqués par la neige en des sites inaccessibles l?hiver, « gens du voyage » : forains, mariniers transporteurs au long des canaux et des rivières ; mais également pour une majorité de populations, au temps où l?enseignement n?était ni systématique, ni obligatoire. C?est d?ailleurs encore le cas pour les malades réduits à l?inaction ? (en France, le CNED, centre d?enseignement à distance permet à ces étudiants immobilisés de suivre une scolarité palliative). La télévision, désormais, rejoint les gens les plus éloignés?

Quoi qu?il en soit, aux temps anciens, l?enfant, l?adulte apprenaient, et même beaucoup. Comment ? La première condition pour apprendre est la curiosité. Se poser des questions, vouloir trouver des réponses constitue la première démarche. Ensuite chercher. Avant l?ère des encyclopédies et de l?internet, c?est à travers les aînés que les enfants formaient leur savoir. Dans les familles, souvent les grands-parents jouaient ce rôle d?instructeurs bénévoles : ils avaient beaucoup vécu, ils savaient, ils racontaient et répondaient aux questions de leurs petits-enfants?, Dans l?Antiquité, la jeunesse des cités suivait parfois l?enseignement d?un maître. On connaît (bien avant la méthode interactive moderne) la manière d?instruire de ces grandes figures du passé. La fameuse « maïeutique » de Socrate, consistant à faire découvrir au « disciple », en le pressant de questions, ses propres vérités ; l?art de la discussion et de l?échange. Et le rôle capital de la mémoire. Nos collèges, nos lycées ont rationalisé en grande partie cette stratégie, avant que l?abondance des manuels, les moyens audiovisuels ajoutent une multiplicité de moyens ? dont on constate, d?ailleurs, le résultat décevant?

Le philosophe grec Aristote enseignait en « péripatéticien », c?est-à-dire en marchant, en se promenant. (Le mot grec « péripatein » signifie marcher en discutant). Il fut le créateur du premier « lycée ».

À l?époque, le rôle de la parole était essentiel. Ce qui explique aussi la naissance de la démocratie en Grèce. Car, hors des systèmes de communication modernes, l?unique moyen d?atteindre les foules était la divulgation de la parole, le discours, souvent très long, argumenté?

Fort justement, Jacqueline de Romilly se demande (« Pourquoi la Grèce ? ») comment, au c?ur d?un débat de paroles et d?idées toujours ouvert, rassemblant en moyenne deux mille personnes, et où chacun pouvait s?exprimer en plein air, « comment ces immenses assemblées pouvaient-elles, matériellement, s?entendre ? » Sans aucun intermédiaire technique évidemment. Il y a là une sorte d?énigme acoustique. On imagine, comme elle le suggère, que les citoyens de l?époque, (ive siècle avant notre ère) n?étaient pas ces braillards surexcités que l?on peut contempler dans nos stades, lors des compétitions footballistiques ! Ils devaient parler clair, ar-ti-cu-ler (ô félicité !) et ne pas avoir eu l?ouïe malmenée par les flux de décibels qui rendent nos adolescents à moitié sourds. De plus, ces débats de citoyenneté se tenaient, soit sur l?Agora (le forum romain), soit en des vastes amphithéâtres, où le choix du site, la qualité de la pierre, la pureté de l?air peuvent compléter l?explication? Je me souviens de cet immense théâtre d?Epidaure, adossé aux collines d?Argolide, où chaque visiteur peut tester, de sa propre voix, l?extraordinaire résonance de cet espace, dans lequel, aujourd?hui encore, au cours de l?été, a lieu un festival d?art dramatique, qui reprend les grands textes anciens : Eschyle, Euripide, Sophocle?

Les citoyens de ces lointaines démocraties s?instruisaient donc à l?écoute de leurs maîtres : Aristote, Pythagore, Socrate, Platon, en leur époque ? sciences de la nature, mathématiques, astronomie, médecine, philosophie, littérature, etc. Musique et poésie étaient unanimement admirées. Ces grands maîtres laissèrent des centaines de manuscrits dont la plus grande partie fut détruite. Songeons que la bibliothèque d?Alexandrie, ravagée par l?incendie, comptait sept cent mille volumes.

À l?époque, et bien des siècles durant, l?instruction s?opérait par transmission orale, l?écrit restant peu pratiqué. D?ailleurs, un instructeur sportif transmet son acquis surtout par l?exemple et la pratique. On n?apprend pas à mener un cheval, ni à conduire une voiture dans un livre. Un artisan transmet son savoir à son apprenti par une pratique du métier.

Heureusement, pour beaucoup d?entre nous, pour qui l?accès aux études coûteuses reste hors de portée, il y a ces tonnes de savoir amassées dans les livres. Le livre le plus rare étant mis à la portée de tout le monde, la question de l?autodidaxie est grandement simplifiée ; renforcée aussi par les moyens audiovisuels, comme le CNED (Enseignement à distance) destiné aux malades et aux handicapés.

Seule compte la volonté d?apprendre et le minimum de bases.

On pourrait citer de nombreux savants, littérateurs, etc. qui furent d?abord des autodidactes.

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