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Aunauth Beejadhur n?est plus

2 février 2006, 20:00

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L?île Maurice, en ce début d?année 1981, apprend, avec une profonde tristesse, la mort d?Aunauth Beejadhur, un de nos rares politiciens à avoir toujours inspiré à tous, et même à ses adversaires, le plus grand respect et estime. Il meurt en sa belle résidence des Quatre-Bornes (rue Brown-Séquard) qu?entourent ses rosiers qui lui étaient si chers, au point de devenir en quelque sorte notre ?homme à la rose?.

L?Histoire de Maurice, et plus particulièrement celle de sa presse, souligneront davantage à l?avenir les qualités avant-gardistes de journaliste et de rédacteur en chef, d?Aunauth Beejadhur. Il n?a certes pas l?aisance ni la fougue polémiste d?un Raoul Rivet, n?ayant pas son pareil pour cravacher ou gifler en public un insulteur, au sens propre, ou encore pour le clouer au pilori, au sens figuré. Il sait cependant rendre des coups, sinon mortels, mais qui condamnent au silence et au profil bas ses détracteurs. Et la brièveté de ses réponses, qui n?est pas sans rappeler la virulence des ?manchettes? de Raoul Rivet, renforce le mordant des coups ainsi portés. A Pierre de Sornay, osant écrire que l?Europe ne doit rien à l?Asie, Aunauth Beejadhur répond ceci : ?M. Pierre de Sornay peut-il nous dire si Bethléem se trouve ou non en Asie ?? Il n?y eut, bien sûr, aucune réponse mais peut-être une conversion de c?ur, résultant d?une révélation opportune.

Beejadhur devait se sentir plus proche, intellectuellement parlant, d?un Hervé de Sornay, directeur pourtant du Cernéen de N.M.U., auprès de qui il fait ses classes journalistiques pendant l?épisode de la Feuille Commune. La discrétion, l?humilité, le perfectionnisme littéraire et syntaxique d?Hervé de Sornay ont dû attirer davantage l?autodidacte qu?est Aunauth Beejadhur qui a toujours su et enseigné que l?homme doit demeurer un apprenti et disciple car il ne doit jamais cesser d?apprendre.

En comparant l?Advance de l?après-guerre 1939-45 au Mauricien et au Cernéen de cette époque, on découvre combien le journalisme pratiqué à la rue Dumas l?emporte sur celui des rues St-Georges et Félicien-Mallefille. Aunauth Beejadhur sait donner les coudées franches à un André Masson, à un Jean Roland Delaître qui font ?uvre de pionnier en matière de reportage sur les nouvelles entreprises et sur leurs promoteurs, en matière, d?interview, d?utilisation médiatique de la photo, de rubriques, etc.

Advance ne cache pas ses couleurs travaillistes mais sait informer objectivement ses lecteurs sur ce qui se passe dans les camps politiques opposés (PMSD, IFB de Sookdeo Bissoondoyal). Ses devoirs de journal partisan ne l?empêchent guère d?innover en faisant d?intéressantes incursions dans les activités économiques, industrielles, agricoles. Le journalisme d?Advance s?ouvre sur le monde comme sur les différentes sphères des multiples activités de notre société. Tout ce qui touche à l?humain, au mauricianisme, l?intéresse au plus haut point et ne saurait lui être étranger.

La collection d?Advance d?avant 1968 vaut également par les qualités littéraire et culturels de ses nombreux collaborateurs parmi lesquels figurent Robert Edward Hart, Malcolm de Chazal, Marcelle Lagesse, Jay Narain Roy, Seewoosagur Ramgoolam (Thumb Mark II), Auguste Toussaint, Max Moutia, Eugène Dethise, Jean René Noyau et auxquels s?ajouteront plus tard Somdath Bhuckory, Deepchand Beeharry, Eddy Changkye. Elle vaut aussi par les qualités professionnelles de ses journalistes, pendant leur passage à la rue Dumas : André Masson, bien sûr, mais aussi Marcel Cabon, le successeur de Beejadhur, devenu ministre de l?Education, à la mort de Renganaden Seeneevassen en 1958, puis gouverneur de la Banque de Maurice, après sa défaite électorale, à Rivière-du-Rempart, en 1963, par le débutant Anerood Jugnauth. Gardons-nous d?oublier les autres collaborateurs de Beejadhur : les Francis Collendavelloo, les Willy Ferry, les Jehan et Claude Zuhel.

Le passage d?Aunauth Beejadhur au ministère de l?Education marque profondément les pédagogues travaillant sous ses ordres et qui figurent parmi les meilleurs. Ceux du ministère, comme ceux du Collège Royal de Curepipe et de Port Louis, du QEC, de l?inspectorat des écoles, apprécient ses manières courtoises, sa bienveillance et son profond respect à leur égard. Ils se savent écoutés, appréciés, protégés, valorisés et ne l?oublieront jamais. Beejadhur possède cette intelligence innée pour comprendre d?instinct que la valeur, la compétence, de tout ministère de l?Education repose d?abord et avant-tout sur la motivation pédagogique de chaque recteur, de chaque maître d?école, de chaque enseignant, de chaque instituteur, de chaque membre du personnel non-enseignant. Tout cela, l?Histoire ne l?oubliera jamais.

Pour les renseignements biographiques concernant Aunauth Beejadhur, nous ne pouvons que référer les lecteurs de nos réminiscences à l?excellent numéro spécial que la revue trilingue Indradhanush consacre à l?inoubliable Aunauth Beejadhur.

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