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Aucune déférence

5 mai 2005, 00:00

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par Nazim ESOOF

Sans verser dans l?angélisme ou dans le rejet inconditionnel, la critique du politique est possible. Elle est même nécessaire afin que la politique puisse recouvrir un sens. Maurice a reçu plusieurs avertissements ces dernières décennies qui ont mis à mal la société politique. Aux années de troubles qu?ont été les années 70, les années 80 et une partie des années 90 ont été marquées par une période de stabilité sociale qui a permis d?accélérer le processus de développement économique du pays. Mais ces années ont aussi été témoins de la liquidation de l?enjeu idéologique du champ politique.

Le navire ne faisait pas naufrage. On était indulgent rien que pour cela. Ce n?était qu?un mirage. La première alerte intervient en 1999 quand les émeutes paralysent le pays. La classe politique entre en crise. Cela va provoquer d?autres ruptures. La première est un plus grand repli de la société politique face à une société civile plus en verve. L?île Maurice, cette monarchie de la politicaille si pétrie du théâtre électoral, est indignée par le vaudeville politique. Appuyés par quelques doctrinaires, certains champions de la société civile rêvent même d?un engagement politique qui repose sur une lecture manichéenne du monde. D?un côté, il y aurait les bons. De l?autre, les méchants. On assiste également à la consécration d?un cliché tel ?les riches qui s?enrichissent? ou ?les pauvres qui s?appauvrissent?.

Comme toujours, les politiques vont jouer de l?ambivalence et essayer de trouver des boucs émissaires pour alimenter la haine. En fait, le mal est plus grave et les arlequinades politiques n?arrivent pas à le masquer. Depuis le milieu des années 1990, les formations politiques subissent une mutation pénible. Au plan des idées comme à celui de l?engagement militant, elles sont en déclin. Même si les partis dessinent les paramètres de l?engagement politique, même si les électeurs ne boudent pas les urnes, même si le culte du leader reste un motif suffisant d?adhésion populaire, la crise est bien réelle.

La crise des partis traditionnels se vérifie avec la montée des partis et des leaders sectaires. Le vote protestataire est une réalité. D?ailleurs, à l?occasion, les grands partis ne répugnent pas des accords stratégiques qui leur permettent de brouiller l?opposition binaire classique. Pourtant, la graduelle décrédibilisation de la société politique n?est pas irrésistible. C?est sa responsabilité de la freiner. C?est aussi la nôtre. Mais de là, il ne faudra pas s?attendre à une quelconque attitude de déférence !

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