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Au Canada, le Parti conservateur revient au pouvoir sans éclat
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Au Canada, le Parti conservateur revient au pouvoir sans éclat
Les conservateurs canadiens, écartés du pouvoir depuis treize ans, ont remporté les élections législatives mais leur chef, Stephen Harper, ne pourra former qu’un gouvernement minoritaire, forcément fragile. Avec 124 députés sur 308, la victoire du Parti conservateur est aussi nette qu’insuffisante pour gouverner facilement.
Les libéraux, victimes de l’usure du pouvoir et d’une série de scandales politico-financiers, arrivent seconds avec 103 sièges, tandis que le Bloc québécois (défenseur des intérêts du Québec à Ottawa) conserve 51 sièges. Le Nouveau Parti démocratique (NPD, centre gauche) améliore son score, avec 29 sièges contre 18 en 2004.
Au terme d’une campagne très dynamique, placée sous le signe du retour à l’éthique en politique, Harper s’est réjoui d’un “vote en faveur du changement”. “Les Canadiens ont choisi une nouvelle voie mais nous reviendrons”, a assuré de son côté l’ex-premier ministre libéral Paul Martin, qui a promis “une opposition très vigoureuse” à Ottawa. Il a ajouté qu’il ne dirigerait pas le Parti libéral lors des prochaines élections.
Martin avait déclenché les élections fin novembre 2005, après un vote de défiance de l’opposition. Il espérait l’emporter haut la main et en finir avec les difficultés inhérentes à la conduite des affaires de l’Etat avec un gouvernement minoritaire, issu des élections de juin 2004. Début décembre, Martin conservait un avantage, selon les sondages, avec 35 % des intentions de vote, contre 30 % au Parti conservateur, mais ses appuis ont fondu comme neige au soleil.
<B>Malversations financières</B>
Début janvier, on assistait à un revirement spectaculaire, les conservateurs détenant une avance record de 18 points sur les libéraux. Gonflé à bloc, Harper se voyait déjà former un gouvernement majoritaire. Finalement, les électeurs ne lui ont donné qu’une courte victoire. Les conservateurs font une percée remarquée au Québec, ce qui renforce leur assise nationale, mais n’ont pas réussi à vraiment s’implanter en Ontario, province clé détenant un tiers des sièges de députés fédéraux.
L’échec est cuisant pour les libéraux, qui affichaient pourtant un bon bilan économique et budgétaire. A l’automne, Martin avait distribué avec largesse ses promesses, totalisant plus de 42 milliards de dollars canadiens, notamment pour faire baisser les impôts de la classe moyenne. De son côté, Harper promettait “un changement de style de politique, un gouvernement fédéraliste qui respecte les compétences des provinces et qui fasse le ménage” à Ottawa.
Lui-même s’est engagé à alléger les impôts des particuliers et ceux des PME, à diminuer la taxe de vente fédérale et à augmenter les crédits de la défense.
Au cours de la campagne, les libéraux se sont retrouvés sur la défensive en raison de nouvelles accusations de malversations financières. Des proches de Martin ont été associés au versement illégal de fonds secrets du gouvernement fédéral pour la campagne du “non” au référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec.
En fin de campagne, le ton s’est durci, les libéraux accusant Harper d’être un extrémiste s’inspirant de la droite américaine, de vouloir revenir sur le droit des femmes à l’avortement ou celui des homosexuels au mariage et d’être prêt à aligner la politique étrangère du Canada sur les positions de son puissant voisin...
Le chef conservateur s’est pour sa part présenté comme le champion de l’unité canadienne, capable de rétablir les ponts avec le Québec comme avec l’Ouest. Il s’est aussi dit résolu à s’attaquer au “déséquilibre fiscal” qui perdure entre les gouvernements fédéral et provinciaux. L’une de ses premières décisions devrait être l’ouverture de négociations sur ce thème avec les provinces.
En 2004, les électeurs canadiens avaient refusé de donner un chèque en blanc aux libéraux pour gouverner. Cette fois, le chèque aux conservateurs est encore moins blanc, signe qu’ils ne souhaitent pas un virage trop à droite.
<B>Anne PELOUAS</B>
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