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Ashock Jugnauth, le faiseur d?Alliance

5 juillet 2008, 20:00

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«Je suis confiant et serein. On se prépare à gagner cette affaire. J?attends le verdict du Privy Council et je prendrai une décision en conséquence », a soutenu Ashock Jugnauth, après une longue séance de travail avec ses hommes de loi, vendredi dernier. Même si le leader de l?Union nationale (UN) pourrait réfléchir à son avenir politique si d?aventure le jugement lui était défavorable, au sein de son équipe de juristes, on reste confiant. « Nous avons bien travaillé nos dossiers et nous sommes sûrs que le Privy Council accueillera favorablement notre argumentation », soutient l?un des hommes de loi. Verdict le 14 ou le 15 juillet.

Pour rappel, Raj Ringadoo, candidat malheureux dans la circonscription Quartier-Militaire-Moka lors des élections générales en 2005, avait contesté l?élection d?Ashock Jugnauth. Au motif que ce dernier avait eu recours à un « bribe électoral » pour se faire élire. En mars 2007, les juges Lam Shang Leen et Domah de la Cour suprême avaient annulé l?élection d?Ashock Jugnauth, le jugeant coupable de corruption dans le cadre d?un scrutin.

Et depuis ce jugement de la Cour suprême, la classe politique reste suspendue à la décision des Law Lords britanniques auprès de qui Jugnauth a fait appel. L?enjeu est d?abord légal et éthique. Car le Privy Council aura, pour la première fois, l?occasion de se prononcer sur des m?urs électorales que l?électeur de base mauricien tient pour acquis depuis longtemps.

Mais parallèlement, le landernau politique guette le sort du leader de l?UN. Si son élection est invalidée de manière définitive, on s?acheminerait soit vers une élection partielle, ou vers des élections générales. Et Ashock Jugnauth pourrait, bien malgré lui, précipiter des réalignements de partis politiques avant l?échéance de 2010. Les 14 et 15 juillet prochains seront donc des dates décisives pour les différents partis sur l?échiquier politique.

Au sein du Parti travailliste (PTr), on est très attentif et tout se décidera à la lumière du verdict. L?Alliance sociale a, d?ailleurs, réuni ses troupes à St-Pierre, il y a deux semaines. Certains y voyaient déjà l?intérêt manifesté par les dirigeants des rouges pour cette circonscription. D?ailleurs, Arvin Boolell avait déclaré que le PTr se préparait à toute éventualité. « Nous attendons le verdict du Privy Council. Les instances du parti décideront du choix de notre candidat en temps et lieu. Toutefois, je dois vous dire que nous sommes prêts et nous allons démontrer encore une fois après les partielles de Flacq, de Beau-Bassin-Petite-Rivière et de Piton-Rivière-du-Rempart que nous sommes le parti qui gagne les partielles. Surtout après le travail que nous avons abattu dans la circonscription », avance Suren Dayal, député de la circonscription n° 8 et secrétaire administratif du parti. Et de renchérir que son parti gagnerait facilement si l?élection était triangulaire.

<B>« Nous les attendons de pied ferme »</B>

Au sein du Mouvement militant mauricien (MMM), on ne veut pas préjuger du jugement du Privy Council. « Nous avons d?excellentes relations avec Ashock Jugnauth. Nous ne pouvons anticiper le jugement du Privy Council. Et le parti prendra la décision qui s?impose après que toutes les instances auront été consultées. Il serait prématuré à ce stade de se prononcer sur le cas Ashock Jugnauth », insiste Rajesh Bhagwan, secrétaire général du MMM.

Par ailleurs, au sein des mauves, on estime que le choix d?un candidat en cas d?élection se porterait probablement sur Deven Nagalingum. Pradeep Jeeha, une autre figure politique de ce parti, est souvent cité. Deven Nagalingum, ancien député et PPS de la circonscription, est, de son côté, très critique à l?égard de l?attitude du PTr et parle d?hypocrisie au sein de ce parti. « Je souhaite qu?Ashock Jugnauth ne perde pas son case. Je trouve regrettable que certaines personnes le condamnent. Je pense qu?il a été victime de calomnies et de coups bas. Mais c?est ainsi en politique », se désole-t-il.

Et d?ajouter qu?il trouve qu?il serait pour le moins surpris si le PTr ne présentait pas Raj Ringadoo à une éventuelle élection partielle devant se tenir dans la circonscription n° 8. « Après avoir tout fait pour embarrasser Ashock Jugnauth, ce serait pour le moins ahurissant si Raj Ringadoo ne se présentait pas à une éventuelle élection partielle. Mais nous les attendons de pied ferme », soutient Deven Nagalingum. Par ailleurs, il pense, qu?au vu de la performance gouvernementale et des nombreuses difficultés auxquelles font face les Mauriciens, il serait préférable que le pays aille aux urnes, au lieu d?une élection partielle.

Anil Gayan, ancien ministre des Affaires étrangères, abonde, dans le même sens. Et il ajoute qu?il est convaincu que le gouvernement va organiser des élections générales. « Les trois ans de ce gouvernement sont écoulés. Je pense que le Privy Council va confirmer le jugement de la Cour suprême pour casser l?élection d?Ashock Jugnauth, sauf s?il estime que les juges Paul Lam Shang Leen et Bushan Domah se sont trompés sur le burden of proof. »

Si au niveau du PTr on déclare que seul le leader du parti, Navin Ramgoolam, connaît le nom de son poulain comme dans toutes les élections partielles, par contre au sein du Mouvement socialiste militant (MSM), on ne fait pas de mystère. C?est Pravind Jugnauth qui se présentera. Surtout qu?une éventuelle victoire dans cette circonscription lui permettrait de remettre un pied au Parlement. Et ce, après trois ans passés sur la touche. Trois années qui, selon certains, auraient contribué à affaiblir son parti.

Par ailleurs, certains observateurs politiques affirment que les états-majors réfléchissent déjà à leurs stratégies, dans l?éventualité où le cas d?Ashock Jugnauth serait entendu. Même si les dirigeants donnent l?impression de ne pas accorder trop de temps à ce dossier, dans les faits, ils sont pratiquement tous sur le terrain. Pravind Jugnauth a déjà investi la circonscription en y organisant meetings et congrès. Du côté du PTr, on parle des projets dans la circonscription, et Suren Dayal arpente les coins et recoins de Quartier-Militaire-Moka. Au MMM, les activistes et Deven Nagalingum portent la bonne parole des mauves dans les différentes régions de la circonscription.

<B>Les options restent ouvertes</B>

Mais quelles seraient les réelles options des uns et des autres dans le cas d?une élection partielle au n° 8 ? En fait, c?est le Premier ministre qui a toutes les cartes en main. Il pourrait organiser une partielle très vite, soit en septembre. Mais il pourrait aussi, après avoir fixé la date de cette partielle, mettre en branle le processus de négociations politiques avec l?un ou l?autre parti d?opposition et ainsi demander la dissolution du Parlement et fixer la date des élections générales.

À ce stade, les options restent ouvertes pour Navin Ramgoolam. Selon, certains observateurs, Navin Ramgoolam pourrait avancer ses pions dès le verdict du Privy Council et amener le MSM au sein d?une alliance élargie. Et là, deux options se dessinent : appuyer la candidature de Pravind Jugnauth lors d?une partielle, ce qui donnerait une légitimité à cette alliance. Ou aller vers des élections générales en ayant le MSM comme partenaire politique. Toutefois, l?option MMM n?a pas été écartée par certains apparatchiks rouges, qui verraient dans cette alliance, une configuration susceptible d?apaiser toutes les composantes de la nation.

Si, comme le pensent les observateurs attentifs, le Premier ministre aurait jusqu?à mi-mars 2009 pour l?organisation d?une partielle, il ne pourrait aller au-delà de septembre 2009 en cas d?élections générales. En attendant que les Law Lords, se penchent sur le devenir d?Ashock Jugnauth, la classe politique devra patienter encore quelques jours.

<B>La probable séquence des événements</B>

  1. Si le jugement est défavorable à l?égard d?Ashock Jugnauth, le speaker devra informer l?Electoral Supervisory que le siège est vacant.

  2. Le speaker informe ensuite le président de la République par écrit dans un délai de 15 jours.

  3. Le président de la République doit émettre le document annonçant les élections (writ) dans un délai ne dépassant pas 90 jours dès que le siège est déclaré vacant.

  4. L?étape suivante a trait au dépôt de candidature. Ainsi, selon les dispositions en cours, le délai est compris entre 15 et 60 jours après l?émission du writ.

  5. Le jour du scrutin sera ensuite fixé dans un délai compris entre 15 et 90 jours, après pas la date du dépôt de candidatures.

  6. Ainsi, si le jugement est défavorable à l?égard d?Ashock Jugnauth et que le Premier ministre s?engage dans une élection partielle dans cette circonscription, elle ne pourrait se tenir selon les dispositions électorales, que vers la mi-mars 2009.

  7. Dans l?éventualité que le Premier ministre décide d?annuler l?élection partielle et d?aller vers des élections générales, le président de la République, sur le conseil du PM, pourrait demander la dissolution du Parlement. Et selon la loi électorale, il aurait un délai de 240 jours, soit huit mois, pour organiser les prochaines élections générales. Ce qui signifie qu?elles auraient lieu, au plus tard, en septembre 2009.

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