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Artisanat :Maurice en mal d?identité
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Artisanat :Maurice en mal d?identité
?Vous avez des girafes à Maurice ?? La question a de quoi faire sourire mais le ton ironique fait plutôt tiquer. Nous sommes au marché central et cette interrogation légitime émane d?une touriste qui tient une cuillère en bois ?imprimé girafe? entre ses mains.
Le vendeur du marché portlouisien esquive sa question et lui propose à la place ?pour son frigidaire?, un dodo en plâtre agrémenté d?un aimant. L?artisanat mauricien se résume-t-il à cela? Des albums photos, des bibelots, des souvenirs en tout genre estampillés d?un dodo, de fleurs, de poissons exotiques ou d?une danseuse de séga ?
Les artisans avertis disent que l?artisanat est ?l?expression de la culture d?un pays?. Amédée Darga, président d?Enterprise Mauritius abonde en ce sens et souligne que ?la difficulté que rencontre l?artisanat mauricien est le reflet de l?absence d?une culture mauricienne prédominante?. C?est pour cela, dit-il, que l?artisanat mauricien s?est développé en marge de ces cultures superposées. Il emprunte à différentes cultures et ne dégage pas une identité propre à lui.
Mais l?artisanat n?est pas uniquement une question de culture. ?Les artisans n?ont pas suffisamment conscience de l?histoire, des légendes et des mythes du pays. En somme, tout ce qui est propre à attirer la clientèle?, soutient Amédée Darga. Il est d?avis que ?l?artisanat attire la clientèle parce qu?il est porteur d?une histoire? et qu??une jonction entre les artisans et l?histoire est nécessaire?. Amédée Darga espère que les artisans qui participeront au concours organisé par Enterprise Mauritius garderont cela à l?esprit et ne produiront pas des ?copies de copies?. ?C?est une invitation lancée à l?imaginaire des créateurs, à plonger dans les racines mauriciennes?, dit-il.
<B>Invasion de produits importés</B>
Une petite virée sur les marchés ou au Craft Market au Caudan permet de constater non seulement qu?on retrouve les mêmes produits chez divers artisans mais également une invasion de produits importés.
Si la plupart des touristes sont de plus en plus à cheval sur l?authenticité et se méfient des bricoles de pacotille, bon nombre d?entre eux se font encore avoir. Ils emportent comme souvenir de leur séjour à Maurice, un objet sur lequel ils ne remarquent pas forcément la petite trace laissée par une étiquette autocollante qu?on a récemment enlevée. Une étiquette sur laquelle, il était peut-être et même très certainement inscrit ?Made in China?.
Pour Kris Seeboo, président du comité des ?Villages touristiques?, tromper de la sorte les touristes pourraient avoir des ?conséquences très graves sur la crédibilité de la destination?.
Interrogés quant à l?origine de leurs produits, la plupart des vendeurs soutiennent mordicus que tous leurs souvenirs sont fabriqués à Maurice. Même ces albums photos en feuilles séchées ? Ceux-là même qu?on trouve à profusion en Indonésie ?
?Oui?, assure un vendeur en soulignant du doigt l?inscription Mauritius, tracée avec quelques centimètres de raphia. Comme pour nous prouver que ses produits sont réellement fabriqués à Maurice, il nous propose un album à l?effigie du dodo. Quoi de plus Mauricien qu?un dodo ?
D?autres marchands par contre, parce qu?ils vendent également des produits de leur fabrication, sont moins réticents à avouer que certains de leurs produits sont importés. C?est le cas de Rashida Mosaheb. Avec son époux Sidick, ils tiennent le stand Mosart au Craft Market depuis bientôt 11 ans.
<B>?Touristes dupés?</B>
Exposés à côté des ?créations originales? de Sidick, des solitaires ?typiquement malgaches?. Si les pierres sont importées de Madagascar, les supports en bois sont fabriqués par Sidick. ?Nous ne pouvons pas mentir aux touristes. Ils ne sont pas dupes. Ils savent très bien qu?il n?y a pas ce genre de pierres à Maurice?, explique Rashida.
Elle déplore le fait que les ?artisans? dupent les touristes mais ?s?il n?y avait pas tous ces produits importés, il n?y aurait pas grand-chose à offrir aux touristes?.
Vijay Ramgoolam, directeur de la Small Enterprises and Handicraft Development Authority (Sehda), est d?avis que pour contrer cette invasion , il est impératif d??introduire de nouveaux produit de qualité sur le marché?. La Sehda a déjà entamé des démarches auprès d?experts du Pakistan, de la Malaisie, de l?Inde et de la Réunion afin qu?ils apportent leur aide aux artisans mauriciens. ?Si nos artisans ont le savoir-faire ils pourront concurrencer les produits importés.?
Pour Amédée Darga, la qualité est là. C?est le manque de visibilité des produits qui fait défaut. ?Nous avons de très bons artisans à Maurice, souligne le président d?Enterprise Mauritius, malheureusement, leurs produits ne sont pas suffisamment visibles.? Selon lui, même un produit a priori commun comme un dodo en bois peut-être attirant s?il est bien fait.
Enterprise Mauritius est d?ailleurs prête à investir gros dans le marketing pour que ces produits soient plus ?visibles?. Une visibilité qui devrait être accrue avec la création des villages touristiques. Kris Seeboo confirme qu??un des axes de développement des villages touristiques s?articulera autour de l?épanouissement de l?artisanat mauricien. Les artisans ont toujours évolué, dispersés. Une fois qu?ils seront encadrés, nous verrons la différence?.
A Maurice depuis quelques jours seulement, Jean-Paul et Marie-Claire, touristes français, découvrent l?artisanat mauricien. Le bois, la noix de coco ou les coquillages, les matières qu?on trouve sur l?île ont leur faveur. Pour monsieur, ce sera une maquette de bateau et pour madame un bijou en coquillage. Il faut dire qu?ils sont limités par le poids et le volume mais aussi par le? budget.
<B>Valérie OLLA</B>
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