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Arrêter le massacre

8 janvier 2006, 20:00

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Ceux qui souhaitent un système éducatif progressiste doivent chercher par tous les moyens à résister à la réforme Gokhool. Elle constitue un gigantesque pas en arrière. Le changement proposé préconise une sélection précoce des plus méritants et compromet la démocratisation de l?accès à l?enseignement. Ses défenseurs sont incapables d?avancer des raisons convaincantes pour le soutenir.

Il existe une part de l?opinion publique qui est favorable à la réintroduction d?un classement au CPE pour des raisons qui tiennent au facteur ethnique. Ceux-là se sont appropriés les collèges Royal et le QEC en tant que symboles identitaires et n?ont jamais accepté la régionalisation de l?inscription en ?Form l?. Sur cette étroitesse d?esprit, il n?y a pas lieu de s?attarder.

De même, ce n?est pas la peine de réfuter les arguments des représentants des instituteurs dont les intérêts corporatistes les forcent à défendre avant tout leurs membres. Il est évident qu?avec la réforme Gokhool, l?industrie des leçons particulières qui était devenue moribonde recevra un sérum providentiel pour les instituteurs.

Mais il convient de débattre de la réforme annoncée avec ceux qui adoptent une position plus honorable pour contester la régionalisation. Généralement, ceux-ci sont des gens qui croient sincèrement à l?élitisme et qui rejettent la réforme Obeegadoo parce qu?ils pensent qu?elle a détruit l?élite éducative. Leur argument est néanmoins spécieux. Il n?est vrai qu?en apparence. En vérité, le pays continue à former une élite académique. La compétition reste féroce pour une place dans les ?star colleges?. Seulement, ces établissements ne recrutent qu?à partir de la ?Form V?. Dans l?ancien système, on demandait à des gamins de 11 ans de franchir la haie pour accéder aux collèges d?élite. Tout est déterminé très tôt, trop tôt, quand la sélection s?opère déjà à cet âge.

Ensuite, il y a ceux qui pensent qu?un régime forcé aide l?enfant à apprendre mieux et qu?un bon rang au CPE le motive à travailler davantage. C?est vrai qu?avec la réforme Gokhool il y aura chaque année 600 garçons et 600 filles qui se sentiront valorisés par une inscription dans un collège prestigieux. Mais le prix à payer pour la gloire de cette petite élite est énorme.

20 000 enfants seront écrasés par le stress qui va rythmer leur vie une année durant. Entre les salles de classe et le garage du donneur de leçons, le gosse ne trouvera jamais l?espace nécessaire pour vivre pleinement son enfance. Ceux qui ont travaillé mais qui n?ont pas réussi subiront des blocages. Certains abandonneront l?école. Même ceux qui ont réussi les meilleures performances au CPE en sortiront probablement abrutis par la pression.

Avant d?examiner la réforme, les députés devraient faire l?effort de lire ?Nouvelle petite philosophie?, le dernier livre du penseur et célèbre généticien, Albert Jacquard. L?écrivain a un point de vue qui éclaire chacun sur la question : ?Tant qu?on gardera les idées de classements et de notes, cela n?ira pas. Les parents ont tort de les réclamer. Les enfants n?ont à être ni premiers, ni derniers. Ils ont à progresser selon leur rythme. Être premier, c?est stupide car on ne peut l?être que dans une seule dimension. La note, c?est l?unidimensionalité. Le goût de la compétition est scandaleux car c?est vouloir battre les autres. Cela fabrique un gagnant mais aussi beaucoup de perdants.?

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