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Après le référendum national en Algérie, la paix ?
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Après le référendum national en Algérie, la paix ?
Les habitants de Boumerdès espèrent que le référendum national d’hier sur l’amnistie partielle des islamistes impliqués dans le conflit algérien apportera enfin la paix à leur wilaya (province). Le résultat du scrutin dans ce secteur frappé de plein fouet par la confrontation entre les rebelles et les autorités permettra de juger si le président Abdelaziz Bouteflika peut mettre fin à une insurrection qui a coûté la vie à 150 000 à 200 000 Algériens. Plus de 18 millions d’électeurs pourront participer à ce vote sur la “charte pour la paix et la réconciliation nationale”, portant sur l’amnistie de rebelles emprisonnés ou encore actifs. Le gouvernement espère un “oui” massif.
“Un maire, deux policiers, deux soldats et un garde municipal ont été tués ces dix derniers jours dans le secteur. Plusieurs hommes d’affaires ont en outre été la cible d’un chantage orchestré par les terroristes. Nous vivons en enfer”, estime Mohamed Alouani, un professeur d’arabe de 42 ans. “Nous voulons des résultats rapides, les gens sont à court de patience.” L’Algérie a plongé dans la violence quand des milliers d’électeurs ont suivi l’appel de partis islamistes à prendre les armes contre l’Etat, après l’annulation par l’armée des élections législatives de 1992 que le Front islamique du salut était en passe de remporter.
<B>Faiblissement des violences</B>
Les violences ont nettement faibli sous l’effet de deux lois, dont l’une a fait l’objet d’un référendum en 1999, amnistiant des milliers de rebelles ayant renoncé à la lutte armée. Madani Mezrag, un ancien chef de l’Armée islamique du salut, bras armé du FIS, qui a lui-même été amnistié, a récemment déclaré à Reuters que la “lutte armée était terminée”. Mais un millier d’activistes appartenant pour la plupart au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), proche d’Al Qaïda, continuent à sévir en Algérie, où ils mènent des attaques visant, le plus souvent, la province de Boumerdès.
La charte proposée par le gouvernement lui permettra de libérer la plupart des activistes emprisonnés et d’amnistier ceux qui déposeront les armes. Les rebelles responsables de massacres ne pourront toutefois en bénéficier. “C’en est assez. Nous devons tourner la page de plus d’une décennie de sang et de larmes”, a déclaré Bouteflika lors d’un rassemblement électoral. “Nous avons les moyens financiers de résoudre tous nos problèmes. Mais nous ne pourrons le faire tant que la paix ne sera pas totalement rétablie.”
L’économie algérienne a connu une embellie progressive depuis l’arrivée au pouvoir de Bouteflika. Les réserves en devises du pays excèdent les 40 milliards de dollars, l’inflation est faible, le taux de chômage inférieur à 20% et les investisseurs reviennent. “La plupart des électeurs vont soutenir la charte par crainte d’une nouvelle vague de violences”, prédit Mahmoud Belhimer, politologue à l’université d’Alger. Il s’interroge cependant sur la pertinence du référendum en soulignant que l’Etat est capable de traiter tout seul la question.
Amnesty International s’inquiète</B>
Souad Zafar, qui a échappé à un des massacres les plus sanglants, en 1997 à Bentalha, dans les faubourgs d’Alger, se dit “prête à voter pour la charte afin que (son) fils vive en paix”.
Sept membres de sa famille ont pourtant péri en une soirée dans le massacre par des rebelles d’environ 400 personnes. “Je ne pardonnerai pas”, précise-t-elle. Des organisations de défense des droits de l’homme et des partis politiques soupçonnent Bouteflika de vouloir se servir du référendum pour renforcer sa mainmise sur le pouvoir. Le Berbère Hocine Aït Ahmed, un des opposants de premier plan, est favorable à un boycottage du scrutin. Selon lui, l’adoption de la charte exonérera le gouvernement de toute responsabilité dans le conflit.
“Le peuple algérien loue l’Armée nationale algérienne, les forces de sécurité ainsi que tous les patriotes et citoyens anonymes qui (...) ont sauvé l’Algérie et ses institutions”, peut-on en effet lire dans la chartre. Amnesty International estime que ce texte blanchit les forces de sécurité de toute violation des droits de l’homme commise par elles dans le cadre du conflit.
L’organisation craint également que son adoption ne permette de passer sous silence d’autres exactions.Les familles de milliers d’Algériens qui ont disparu après avoir été interrogés par la police seront dédommagés financièrement. Une mesure qui ne satisfait pas Cherguin Jguiga, 65 ans : “Je ne veux pas que le gouvernement me donne de l’argent pour compenser la perte de mon fils. Je veux qu’il me dise la vérité, pourquoi les forces de sécurité l’ont enlevé. Voilà ce que je veux. Ni plus, ni moins.”
<B>Par Lamine CHIKHI</B>
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