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Appel de Rodrigues

13 août 2006, 00:00

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On a reçu en fin de semaine un appel d?une « habitante de Port-Mathurin ». Cette dame voulait simplement que notre journal presse le gouvernement à prendre une décision pour atténuer la tension à Rodrigues. « Bisin empêche ki problèmes dégénéré en émeutes ! ».

Certes, il faut toujours prendre avec des pincettes des appels anonymes. Surtout durant cette période critique de l?histoire politique de Rodrigues. Était-ce une embusquée de l?Organisation du peuple rodriguais (OPR) qui vise à entacher la première semaine du Mouvement rodriguais (MR) au pouvoir ? Ou était-ce tout simplement une citoyenne de la République soucieuse de la dégradation du climat social ? Ce sujet dépasse le simple clivage MR-OPR. La situation à Rodrigues ne peut être réduite à un simple conflit d?hommes, de générations différentes, aux visions et pratiques divergentes.

On a évoqué la question du climat social, par audioconférence ? en passant, louable initiative du nouveau pouvoir régional ? avec Johnson Roussety. Le chef commissaire réplique qu?il règne une « ambiance cool » à Rodrigues. Que sa première semaine à la tête du conseil exécutif est « riche » en réalisations. Et qu?il entend gouverner, selon les procédures légales, malgré les « agitations » de l?OPR.

Si on respecte à la lettre les procédures, Rodrigues demeurera scindée en deux factions jusqu?aux prochaines élections générales, c?est-à-dire d?ici une année ou plus. Le jeu démocratique est faussé par la posture inélégante de Serge Clair. De sa demeure à Mont-Lubin, il a décrété que l?OPR ne briguera pas les partielles pour remplacer les vacances à l?Assemblée régionale. Celui qui se considère comme le père de l?autonomie ne veut pas être dans l?opposition. Ce rôle ne serait pas le sien, dit-il !

Que fait-on alors ? Dissoudre l?Assemblée régionale, comme l?exige Serge Clair, pour remettre les compteurs à zéro ? Dans cette éventualité, soit le MR, sans transfuges, obtient un mandat clair et net de cinq ans, ou soit l?OPR reprend le pouvoir avec une équipe épurée de membres « humiliés » par le chef. Ce cas de figure conforterait toutefois la position de Serge Clair qui, en refusant de siéger dans l?opposition, pousse Rodrigues dans une impasse.

À Maurice, où il était venu se plaindre avant de soumettre sa démission, Serge Clair s?est vite rendu compte qu?il n?a pas le soutien nécessaire pour dicter ses caprices. Ses interlocuteurs, sir Anerood Jugnauth et Navin Ramgoolam, ont tous deux fait honneur à la fonction de l?opposition, après avoir perdu le pouvoir. Paul Bérenger, ancien allié objectif de Serge Clair, désapprouve également la méthode de celui-ci.

En optant pour une ligne « neutre », c?est-à-dire (en termes moins diplomatiques) en refusant de cautionner la position de Serge Clair, le gouvernement accorde une légitimité à Johnson Roussety, d?ailleurs chaleureusement encouragé dans sa nouvelle mission par sir Anerood Jugnauth lors de la prestation de serment. Serge Clair ? qui a boudé cette cérémonie et qui a plus tard refusé de participer au « handing over » de l?administration régionale ?ne compte pas baisser les bras.

S?il a perdu la bataille à Port-Louis, il entend mener la sienne à Rodrigues. Sa tactique : il annonce que son parti boudera d?éventuelles élections de remplacement, obligeant ainsi l?Assemblée régionale à siéger avec dix membres sur les dix-huit prévus.

L?opposition, il la mènera dans la rue avec ses tactiques d?hier. Meetings de dénonciations, placardages d?affiches, journaux de propagande. Il a déjà commencé « sa » campagne électorale. Et, à cause de « sa » revanche politique, c?est tout Rodrigues qui risque de se retrouver plongé dans une ambiance peu propice au développement social.

Cette tentative de reconquête du pouvoir est lamentable. Car au lieu de mettre sa longue expérience de la chose publique à la disposition de l?Assemblée régionale, ce qui aurait encadré la nouvelle équipe dirigeante, Serge Clair reprend ses vieux habits de révolutionnaire. Or le contexte a changé. Et l?instabilité est la dernière des choses dont les Rodriguais ont besoin actuellement.

Face à Serge Clair, l?enthousiasme et les idées novatrices de Johnson Roussety feront place à la tentation de riposte. D?ailleurs, le nouveau commissaire commence à défendre sa légitimité en lançant un défi au leader de l?OPR. « Qu?il réunisse un millier de partisans et qu?il descende à Port-Mathurin ! » La confrontation ne fait que commencer. Chacun cherchera à prouver que le « peuple » est derrière lui.

Réponse immédiate. Aujourd?hui (dimanche), l?OPR convie ses partisans à un meeting pour réclamer des élections anticipées. Le thème : « Anou sauve nou péi, zordi pays pé vire en bas là haut. » Le ton est donné. Une accalmie n?est pas à l?ordre du jour.

Le gouvernement a un choix difficile à faire pour arbitrer, à distance, ce match. Il ne peut laisser prolonger une campagne permanente, ni ne peut se laisser dicter par Serge Clair. Il y va de l?avenir de tout Rodrigues, et non pas d?un homme.

Peut-être seule l?émergence d?une troisième force politique, disposée à jouer l?opposition, viendrait rendre ses lettres de noblesse à la démocratie régionale et fera taire ceux-là mêmes qui s?estiment incontournables.

Il y a un appel de Rodrigues. Saurait-on lui répondre ?

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