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Apparence
L?amitié pour les profondeurs nous a habitués à condamner la surface qui certes révèle le fond, mais en le trahissant. Dans une telle perspective, l?apparence, entreprise de dissimulation du réel et de trahison du vrai, ne semble guère devoir être sauvée, mais faire l?objet d?une critique au nom du souci de dire la vérité sur le réel. Une réflexion sur l?apparence s?inaugure dans la difficulté d?établir et de fonder la signification et la légitimité d?un concept qui semble exiger autre que lui-même pour avoir existence et essence.
Faut-il donc pour apparaître, être l?autre que ce qui apparaît, et être nécessairement menacé de distorsion dans le geste d?apparaître ? Comment pourrait-on établir s?il y a médiation (et laquelle) entre l?être de la chose et son apparaître ? Comment statuer sur le travail de cette médiation entre révélation et dissimulation ? Notre problématique consiste donc à nous interroger sur cette difficulté qu?engage toute réflexion sur l?apparence, et qui tient à une sorte de primauté donnée à la logique du vrai : interroger la notion d?apparence, n?est-ce pas tenter de constituer une logique du sens ?
Le souci, en effet, qui conduit à la condamnation de l?apparence est le même que celui qui inclut la problématique du sens dans une logique de la vérité, en induisant celle-ci à celui-là. L?analyse critique de ce souci exige que la recherche du statut de l?apparence l?éloigne de l?idole mais aussi du phénomène, et se constitue du côté d?une pensée de la pure apparition. La condamnation des apparences au nom de l?être et du vrai : se méfier de l?apparence semble aller de soi pour quiconque veut penser. À ce titre, le souci de dire le vrai sur le réel s?oppose à la légèreté du jeu de l?apparence. Quel est le sens et le souci de cette opposition ?
En quoi l?or faux se distingue-t-il de l?or véritable ? « En ce qu?il n?est pas réellement ce qu?il paraît être ». Heidegger fait remarquer que lorsque nous disons que l?or faux n?est qu?une apparence, nous voulons dire qu?il n?est pas réellement ce qu?il paraît être, c?est-à-dire qu?il est irréel ou le contraire du réel. L?or véritable n?est pourtant pas plus réel que le cuivre doré sur un quelconque métal jaune. L?or véritable est donc de l?or réel au sens où il est authentique. Heidegger remarque que « l?or authentique est ce réel dont la réalité se trouve en accord avec ce que d?emblée et toujours nous avons « proprement » en vue lorsque nous pensons à de l?or». La chose est en accord avec ce qu?elle est estimée être ». Nous observons qu?à l?intérieur d?une logique de la vérité, la chose vraie est la chose réelle, c?est-à-dire authentique, c?est-à-dire qui concorde (qui concorde avec ce que j?ai toujours présumé déjà être l?authenticité de la chose); si l?apparence est renvoyée à l?illusion, et plus, à l?irréel, c?est donc qu?elle fonde l?inauthentique, c?est-à-dire le désaccord.
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