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Anshi, une vie fauchée à 14 ans
Elle devait débuter ses examens de fin d?années vendredi dernier. Anshi Appadoo s?y était préparée assidûment ces derniers mois, mais l?adolescente de 14 ans a connu une fin tragique mercredi dernier, après avoir été heurtée par un autobus.
Pour ses proches, réunis dans la maison familiale à Henrietta, les émotions ont rapidement laissé la place à une vague d?incompréhension. Le frère cadet d?Anshi, Mervin, âgé de huit ans, se faufile entre les adultes. Il ne comprend pas très bien la présence de tous ces gens chez lui. Il ne réalise pas non plus la tragédie qui s?est abattue sur les siens. « Anshi et lui étaient très proches. Il ne comprend pas encore très bien ce qui se passe, mais il va falloir lui dire que sa s?ur ne reviendra plus », lâche une des tantes de la victime.
C?est un sentiment de révolte qui anime les gens du quartier. Une habitante de cette rue, font-ils ressortir, âgée d?une quarantaine d?années, a trouvé la mort dans des circonstances similaires il y a quatre ans. « Nous avons écrit plusieurs lettres aux autorités pour qu?elles aménagent un trottoir, mais rien n?a été fait à ce jour. Maintenant qu?une jeune fille est morte, ils prendront peut-être notre demande en considération », laisse entendre, désabusé, un proche de la victime. Un sentiment partagé par tous ceux qui côtoyaient Anshi.
L?accident s?est produit aux alentours de 15 heures mercredi. Anshi et l?une de ses amies, Preety, qui fréquentent des établissements scolaires différents, ont l?habitude de prendre l?autobus ensemble. Elles échangent sur le trajet quelques propos sur leur journée de classe, ainsi que sur les examens de fin d?année qui vont avoir lieu.
Puis elles descendent à l?arrêt d?autobus situé à une centaine de mètres du domicile d?Anshi. Les deux amies discutent et ne s?aperçoivent hélas pas qu?un autobus avance dans leur direction. Pire encore, un des deux panneaux latéraux du véhicule, situé à l?avant gauche et recouvrant la batterie, est ouvert et se dresse à la perpendiculaire du bus. Et c?est ce panneau qui percute violemment les deux adolescentes, les projetant à plusieurs mètres.
« Elles hurlaient de douleur »
Témoin de la scène, Raj, qui habite à proximité de l?arrêt d?autobus, se précipite pour venir en aide aux deux adolescentes, qui gisent sur le bas-côté de la route. Ces dernières, grièvement blessées, parviennent cependant à échanger quelques mots avec lui.
« Elles respiraient difficilement et hurlaient de douleur. Anshi ne cessait d?appeler sa mère », explique le jeune homme. Il court alors chez lui pour prévenir les secours, avant de revenir auprès des victimes, un verre d?eau à la main.
Il aperçoit alors d?autres habitants de la localité qui entourent les deux adolescentes. Le conducteur de l?autobus, qui s?est arrêté un peu plus loin, accourt, en jurant qu?il ne s?était pas rendu compte que le panneau qui recouvre la batterie de son véhicule était resté ouvert. Les policiers, mandés sur les lieux peu après, décident de transporter les deux adolescentes à l?hôpital de Candos. Ils rencontrent en route une ambulance du service d?aide médicale d?urgence (Samu) qui prend le relais.
À l?hôpital, les médecins de service ne peuvent toutefois que constater le décès d?Anshi. L?autopsie, pratiquée par le Dr Satish Boolell, Chief Police Medical Officer, révélera plus tard que la mort est due à une lacération du c?ur et à de multiples blessures à l?abdomen.
Preety est, quant à elle, admise au service des soins intensifs. Elle a eu les côtes fracturées et de multiples blessures à l?abdomen. « Elle a eu plus de chance que son amie. Elle se trouvait derrière Anshi quand l?accident s?est produit », explique le père de l?adolescente. Hospitalisée, elle ne pourra pas participer aux examens de fin d?année. « Cela la rend triste, mais le plus important pour l?instant est qu?elle récupère pour pouvoir sortir le plus rapidement de l?hôpital », poursuit-il.
Et d?ajouter qu?il n?écarte pas la possibilité d?entamer des procédures légales pour obtenir réparation auprès de la compagnie d?autobus. « Il y a clairement eu une négligence de la part du conducteur, mais aussi de la compagnie qui ne s?est pas assurée correctement de la maintenance du véhicule », explique le père de l?adolescente. Depuis l?accident, son épouse et lui se relaient au chevet de leur fille à l?hôpital.
Un bruit de tôle froissée
Le conducteur de l?autobus, employé à la Corporation nationale du transport, a été immédiatement emmené au poste de police de Vacoas pour y être interrogé. Accompagné de son homme de loi, Me Dev Ramano, il a expliqué n?y être pour rien dans l?accident.
Il affirme, dans sa déposition, n?avoir rien remarqué d?anormal durant tout le trajet et que le receveur lui aurait demandé de s?arrêter après avoir entendu un bruit de « tôle froissée ». C?est après être descendu de son véhicule qu?il aurait vu les deux adolescentes inertes sur le sol. Il a été libéré sur parole après son interrogatoire. Le receveur a également été appelé à livrer sa version des faits. L?autobus impliqué dans l?accident a été saisi et entreposé au poste de police de Vacoas.
Le père d?Anshi, qui a trouvé un emploi dans le secteur de la construction en France depuis deux ans maintenant, a sauté dans le premier avion pour Maurice après avoir été mis au courant de la mort tragique de sa fille aînée. Il est rentré au pays vendredi pour assister aux obsèques d?Anshi. Cet accident, affirment les proches de l?adolescente, vient mettre en exergue la « mauvaise maintenance » des autobus qui circulent à grande vitesse dans cette rue. « Combien faudra-t-il de morts encore pour que les mesures nécessaires soient prises pour assurer la sécurité des piétons ? », s?interrogent les habitants de la localité. Et d?ajouter : « Anshi est partie trop tôt. »
Le bus aurait été réparé la veille
Ce drame soulève de nombreuses questions sur l?entretien des autobus en activité sur nos routes. Le conducteur dit ne pas avoir constaté l?ouverture du panneau. Au niveau de la Corporation nationale de transport (CNT), on a noté une vague de sympathie vendredi avec la mobilisation d?une bonne partie des employés de la maison mère qui se sont rendus aux funérailles d?Anshi, d?autant plus que celle-ci n?était autre que la nièce d?un des employés de l?opérateur.
« Le 10 octobre, une anomalie avait été rapportée sur le véhicule en question. La faute avait été réparée la nuit même. Le lendemain, le véhicule a été remis sur la route. Nous prenons toute cette affaire très au sérieux », a déclaré Pradeep Kumar Dash, le directeur adjoint de la CNT.
« Nous avons fait une révision du système d?attache du couvercle de la batterie au niveau de la division d?ingénierie. Nous avions déjà un loquet et un cadenas. Nous avons travaillé sur une troisième mesure de sécurité qui renforcera encore ce système d?ouverture. »
Cet accident a aussi provoqué une mobilisation parmi les employés de la CNT, dont une bonne partie a voulu témoigner de sa sympathie en se rendant aux derniers rites d?Anshi.
« Tout accident fatal est un drame, mais celui-ci l?est plus, encore car la victime est la nièce d?un de nos employés », rajoute Pradeep Kumar Dash
Les circonstances qui ont mené à ce drame restent toujours floues, mais soulèvent des questions au niveau de la compatibilité des nouveaux bus sur nos routes. Questions que balaie Pradeep Kumar Dash, car selon lui, cela fait plus d?un an et demi que ces véhicules roulent sur les routes du pays. « Le problème n?est qu?à cet endroit précis, il n?y a pas de sécurité pour les piétons. Cela ne sert à rien d?avoir des routes goudronnées comme en Europe, sans les dispositions pour les piétons à côté. »
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