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Anahita : entre opportunisme et militantisme

18 mars 2006, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La pratique a intégré les m?urs mauriciennes. À chaque fois qu?un développeur ouvre un chantier sur le littoral, il est assailli par des opportunistes à la recherche d?une indemnisation au nom de la protection de l?environnement marin. Certains pêcheurs et autres travailleurs de la mer en font même leur fonds de commerce. Tout est alors prétexte pour solliciter un dédommagement : interdit de l?extraction de sable, dragage du port, installation de canalisation de tout-à-l?égout?

Le groupe CIEL, promoteur d?Anahita à Beau-Champ, n?a pas échappé à la règle. Quelque 227 pêcheurs, se réclamant de la région s?étendant de Trou-d?Eau-Douce à Deux-Frères-Quatre-S?urs, s?opposent aux travaux de réaménagement du lagon autour de l?îlot Chat. Conséquence : le chantier est fermé depuis lundi alors que CIEL Investment s?apprête à démarrer sa campagne de marketing du projet de développement foncier intégré en Europe.

Anahita est un immense projet de villégiature, conçu autour d?un hôtel de luxe qui portera l?enseigne Four Seasons. Le projet s?étend sur 200 hectares, implique Rs 15 milliards d?investissement sur quatre ans et prévoit de créer 1 200 emplois directs. Mais pour l?heure, tout cela est compromis par la ligne dure adoptée par les pêcheurs qui menacent d?aller en cour.

Leur grief ? Les pêcheurs l?expriment essentiellement dans la presse. Ils réclament la préservation de l?habitat marin, leur gagne-pain quotidien, et réclament une compensation le temps que dureront les travaux. CIEL aurait aimé avoir des revendications concrètes et officielles à traiter. Mais pour l?heure, tout se joue sur le plan politico-médiatique.

C?est que CIEL a déjà conçu un package social : Rs 2 millions pour aider les pêcheurs à aller pêcher plus loin et Rs 2 millions supplémentaires pour outiller les villageois à soutenir Anahita en termes de services lorsqu?elle sera opérationnelle. Le ministre de l?Agro-Industrie et de la Pêche, Arvin Boolell, a sollicité une augmentation de la dotation pour les pêcheurs par un million de roupies. Il a chargé deux consultantes, Shakti Callikhan et Mélanie Vigier de Latour, d?étudier l?impact socio-économique du projet sur la région.

CIEL précise que son offre ne sera valable que si les manifestants cessent de bloquer le projet. Pourquoi, alors, continuent-ils à rouspéter ? Est-ce pour faire monter les enchères ? Selon CIEL, il y a beaucoup d?opportunistes parmi les manifestants qui ont déjà affûté sur le Touessrok et l?île-aux-Cerfs, leurs techniques de marchandage.

Jim Sitaram, homme de loi offrant ses services aux pêcheurs, s?indigne de tels propos. « C?est trop facile, quand on n?est pas directement touché par l?impact des travaux, de venir dire que nous sommes après l?argent. J?invite ceux qui pensent ainsi à aller voir les dégâts sur place », dit-il.

Les pêcheurs manifestent leur opposition au projet presque quotidiennement. Lundi, ils ont l?intention de braver la mise en garde du ministre Boolell à l?effet qu?aucune entrave au développement du pays ne sera tolérée, pour aller enlever les roches du lagon. Ils reconnaissent vouloir provoquer. Mais auparavant, ils ont fait une déposition contre CIEL à la police de Bel-Air.

Pour l?instant, on est bien loin de l?opportunisme politique relatif à ce projet. Commentant l?escalade, le leader de l?opposition, Paul Bérenger, s?est contenté de dire hier, que le gouvernement est en train de récolter les fruits de sa propre démagogie, pratiquée du temps où il était dans l?opposition quand il encourageait les habitants à bloquer les projets de développement hôteliers. Selon lui, les travaillistes ont fait croire aux gens qu?une compensation est un droit.

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