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Ameenah Gurib-Fakim recense les plantes médicinales

29 février 2004, 20:00

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<B>PLUS</B> de 350 plantes médicinales et aromatiques de Madagascar, des Comores, des Seychelles et des îles Mascareignes, recensées dans un volume de 567 pages? C?est ainsi que se présente Medicinal and Aromatic Plants of Indian Ocean Island, que vient de publier Ameenah Gurib Fakim chez Medpharm GmbH Scientific Publishers, en collaboration avec Thomas Brendler, consultant en pharmaceutique.

Contactée en 1998 pour travailler sur un projet pour l?océan Indien avec le Medpharm Scientific, A Gurib-Fakim va se consacrer pendant quatre ans à un travail de recherche assidu qui aboutira à cet ouvrage. Tant mieux ! Car les publications d?avant, à l?échelle de l?océan Indien, n?étaient pas encore remises à jour. Déjà les travaux qu?elle avait réalisés entre 1994 et 1997 (Plantes médicinales de l?île Rodrigues et Plantes médicinales de Maurice en 3 volumes) étaient plus que nécessaires, parce qu?ils reprenaient à partir du dernier recensement qui remontait à 1886. C?était toute la base de données qui avait été refaite. Ces travaux avaient été financés par la Commission européenne, par le truchement de la Commission de l?océan Indien. Aujourd?hui, elle estime avoir quelque peu comblé le vide.

A Maurice, comme l?affirme l?auteur, il y a une méconnaissance assez importante de la flore. Les connaissances s?arrêtent par exemple à la capacité de distinguer un flamboyant, dû à un manque d?informations. Heureusement qu?aujourd?hui l?intérêt pour les travaux sur les plantes tend à augmenter. A l?université, où exerce Ameena Gurib-Fakim, le nombre d?étudiants qui veulent poursuivre des travaux de recherche sur les plantes va en croissant. C?est certainement là que son ouvrage trouve sa véritable importance. Car c?est un travail spécialisé, destiné aux étudiants et chercheurs qui s?intéressent principalement aux composants chimiques des plantes. L?auteur, ne l?oublions pas, est chimiste de formation. ?Quand je travaille sur les plantes médicinales, je m?intéresse plus particulièrement à leurs composants chimiques qui sont responsables de leurs activités. Car les plantes sont pour moi un laboratoire chimique vivant.?

Ameena Gurib-Fakim travaille uniquement sur des plantes terrestres. Pour réaliser cet ouvrage, elle s?est concentrée essentiellement sur l?aspect chimio-taxonomique des plantes terrestres ? un aspect qui n?était pas présent dans les travaux antérieurs, précise-t-elle.

Son objectif consiste à ?uvrer en faveur de la validation des produits naturels. Il ne faut pas oublier que 60% des médicaments qu?on achète en pharmacie viennent de ces produits. Leur molécule d?origine vient de la nature : à partir des microbes, des plantes, ou des fleurs marines. Elle pense que la validation de ces produits naturels est un projet très prometteur, dans la mesure même où on a des plantes qui sont utilisées pendant plusieurs générations. C?est pourquoi, malgré le manque de moyens et de matériels, elle encourage les étudiants et les doctorants à travailler sur l?isolation et la validation des composants chimiques des plantes.

?D?ailleurs, reconnaît-elle, on est à un carrefour où l?on se demande si l?on doit se faire traiter par des plantes où par la médecine allopathique?. D?après les dernières études, il ressort que le nombre de plantes endémiques utilisées par la population en général a sensiblement augmenté au cours du siècle précédent. Les plantes médicinales que nos grands-parents utilisaient portent aujourd?hui leurs fruits.

Cependant, même si beaucoup de gens pensent qu?on peut se faire traiter par les plantes naturelles, Ameena Gurib-Fakim reste sur ses gardes. Parce que la composition des plantes varie selon le jour et la nuit. Il faut donc, préconise-t-elle, développer une synergie entre les deux modes de soin. ?Les scientifiques doivent pouvoir donner un produit qui est fiable, qui est efficace et où les risques sont nettement réduits?, précise-t-elle.

Bien sûr, la recherche dépend des facteurs extérieurs, comme l?aspect commercial. Très souvent les recherches sont faites en fonction d?une étude du marché. Les recettes réalisées, par exemple, sur la vente de produits naturels se chiffrent autour de 40 à 50 milliards de dollars par an, nous informe l?auteur.

Mais les chercheurs n?omettent pas de prendre en compte l?apport de leur résultat, aussi désastreux soit-il sur le plan commercial, sur les maladies dites incurables. ?Nous avons des produits extraits de plantes comme la ?Pervenche de Madagascar? qui ont donné des molécules qui sont utilisées dans la recherche contre le cancer?, explique-t-elle. Mais ce ne sont que deux molécules parmi les soixante-deux autres isolées. Madagascar exporte ses Pervenches vers les Etats-Unis pour faire extraire les produits car la synthèse, déjà très coûteuse, n?est pas évidente.

Conservation des gènes

Les laboratoires dont disposent les instituts de recherche à Maurice ne sont pas très bien équipés non plus. L?identification de certaines molécules nécessite des analyses fines. Pour les réaliser, Maurice dépend beaucoup de la collaboration. Elle doit envoyer ses produits vers d?autres pays. Pour préserver ses droits à la propriété intellectuelle, selon la Convention de Rio sur la bio-diversité, elle se réserve le droit de ne pas divulguer l?identité des plantes dont les produits extraits sont soumis à des analyses. Il ne faut pas non plus négliger le fait que le sol mauricien regorge des plantes uniques au monde.

Mais malheureusement, il y a aussi des plantes qui tendent à disparaître. Même si tout est fait pour assurer leur conservation, il y a un grand problème dans ce domaine, comme le signalent le gouvernement et les ONG qui travaillent dessus. La conservation des gènes n?est pas toujours une garantie, car il existe des plantes qui ne se prêtent pas tellement à ce type d?opération.

Le problème vient aussi de ce que les plantes endémiques n?arrivent pas à maintenir la concurrence avec les plantes exotiques qui poussent plus rapidement qu?elles. ?Si les plantes disparaissent, explique notre auteur, ce sont des molécules qui disparaissent avec. Et, comme disent les anciens, il existe une plante pour combattre chaque maladie.?

Si Ameenah Gurib-Fakim se livre inlassablement à des recherches spécialisées, elle n?oublie cependant pas le grand public. ?Il y a un travail pour le chercheur et un travail pour le grand public, explique-t-elle. Le livre que j?ai fait en décembre 2003, Un guide illustré sur la flore de l?île Maurice et de l?océan Indien, est un ouvrage destiné au grand public, le seul d?ailleurs sur la flore mauricienne.? Si son dévouement pour les plantes vient d?une passion qui consiste à faire fleurir les orchidées, par exemple, son rêve est de sortir un jour quelques bons remèdes à partir des plantes médicinales ? pourquoi pas contre l?obésité, l?hypertension, le diabète, ou encore la maladie d?alzheimer?

<I>- Ouvrage disponible à la Bibliothèque Nationale de l?île Maurice et sur le site Amazon.com.</I>

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