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Allô maman, cadeau
par Aline GROËME
Des jours à chercher. Des heures à faire le tour des vitrines. Le moment de choisir est enfin arrivé. Demain, c?est la Fête des mères. Le jour officiel dans l?année où il est de bon ton de dire à quel point, «Maman je t?aime».
Et puis la décision est tombée. Le salaire des fonctionnaires a été versé hier, au lieu de lundi. Il est midi à Port-Louis. Les bureaux déversent leur flot de ventres affamés. Et d?acheteuses invétérées. Elles sont majoritaires dans les centres commerciaux. Magasins de chaussures, d?accessoires et de vêtements sont bondés à la rue sir William Newton. Au point où un propriétaire, à qui nous voulons poser des questions, lance sèchement, « Là je suis en soldes, je n?ai pas le temps de vous répondre, repassez vers 14 heures.»
On joue du coude pour prendre dans ses mains, la dernière paire de sandales à paillettes. L?admirer. Essayer de l?imaginer aux pieds de sa mère. Ou aux siens, surtout quand on a l?avantage de faire la même pointure que sa mère, nous glisse, coquinement l?une des clientes.
«Bann dimounn kontan fer surpriz», indique Neeta la vendeuse. «Zot fini fer kondition, si pa bon, zot kapav retourn lartik la.»
Derrière nous, une voix juvénile. «C?est ça que tu veux?» Un timbre plus grave lui répond : «Pourquoi je suis trop vieille pour porter ça ? » La voix juvénile répond par la négative. Se fait plus conciliante et la maman, sûre de son choix, repart avec au pied, une paire de talons aiguilles rouge qui jure avec son ensemble vert. «Vous savez, je ne peux pas résister aux nouvelles chaussures. Dès que j?en achète, il faut absolument que je les porte. Comme en plus, c?est le cadeau de ma fille, les porter tout de suite c?est lui montrer à quel point j?apprécie.»
Le dire avec des fleurs est toujours d?actualité
Tout aussi zen, la marchande de bonsaï et de cactus. «Dites-le avec des fleurs.» Une formule qui n?a pas pris une ride. Si ce n?est que la marchande nous précise : « Les gens veulent du lucky bamboo, ils aiment tout ce qui est porte-bonheur ».
À faire le tour des enseignes ? notamment de bijoux «fantaisie», d?objets décoratifs, de parfumerie, voire d?électroménager ? des évidences sautent aux yeux. Faire plaisir à la mère rime souvent avec faire plaisir à toute la famille.
Moment de contentement collectif par excellence : le repas. Par extension, offrir un objet se rapportant à la cuisine reste l?un des cadeaux les plus prisés.
Interrompant la séance de méditation de Jérôme, immobile devant une série de vases, nous cherchons à connaître le fruit de cette profonde réflexion. «Si quelque chose m?intéresse, même si c?est un peu cher, on peut faire l?effort. La Fête des mères, c?est une fois l?an. » Fonctionnaire, il fait une légère grimace quand on évoque son salaire versé plus tôt que d?habitude. «Kot ou ti pou depans Rs 200 ou depans Rs 500», commente-t-il laconiquement.
À La Chaussée, un responsable de magasin d?électroménager nous renseigne : «Les gens préfèrent des produits dans la fourchette de Rs 500 à Rs 1000». à ce prix -là : bouilloire électrique, sandwich maker, grille-pain, batteuse de toutes les gammes sont les plus prisés. «Bien sûr, il y a ceux qui investiront dans un four à micro-ondes, mais c?est plus rare.»
Rakesh, lui, n?arrive pas à se décider. Sa mère n?est plus. C?est à la mère de ses enfants qu?il veut faire plaisir. à la question : «Pourquoi préférez-vous de l?électroménager à un objet décoratif ?» il répond : «Enn vaz ou tire apre sink an me enn zafer lakouzinn li gagn bate apre enn an dezan.» Toute la sagesse du monde est là.
«Les mamans veulent des choses pour elles-mêmes»
Tout comme l?analyse de cette gérante d?un magasin de parfumerie qui tout en aspergeant généreusement des testeurs, à l?entrée du magasin pour appâter le client, nous explique : «On parle beaucoup de la Saint Valentin. On dit que c?est une fête commerciale. Mais je crois que sentimentalement, la maman est prioritaire. Même quand on n?a pas les moyens, on fera tout pour donner quelque chose à sa maman. Il y a même des gens qui font des folies.»
Portant la main droite à son c?ur, elle ajoute : «La tendance n?est pas à la décoration. On achète utile, que ce soit pour sa maman, pour la belle-maman ou pour sa femme.» Sur un ton averti, elle poursuit : «Les mamans n?aiment plus des trucs pour la famille, elles veulent des choses pour elles-mêmes.»
Tout aussi prévenus, les enfants qui donnent carte blanche à leur mère. «Choisis toi-même ce que tu veux.» Un vendeur raconte : «La maman ne regarde pas le prix, elle se fait plaisir. Les enfants trouvent que c?est un peu cher, mais ils paieront». Un bel emballage, une jolie carte ? du moment que tout le monde est content.
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