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Alcool, ce breuvage qui fait perdre la tête
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Alcool, ce breuvage qui fait perdre la tête
On le dit désinhibant, euphorisant... Et on le croit sans danger. Mais il faut bien se garder d?abuser de l?alcool, au risque de vous y perdre, de lui laisser le contrôle? et votre lucidité. Outre les problèmes familiaux et sociaux, des troubles psychiatriques peuvent, en effet, en découler.
Comment savoir quand on n?est plus ce buveur occasionnel qu?on a été, quand on a commencé à abuser de la bouteille? Simple, répond le Dr Geeaneswar Gaya, psychiatre. Si, quand on vous demande combien de verres vous prenez, vous vous surprenez à répondre : «Mo pa boir bokou moi dokter, zis kat sink ver?», quelque chose cloche. Cette phrase, le Dr Gaya l?a, en effet, entendue plus d?une fois. Elle est, dit-il, emblématique et prouve que celui qui boit trop ne le sait même pas.
Et si vous vous laissez emporter, jusqu?à toucher le fond, de nombreux problèmes psychiatriques vous guettent. Le buveur chronique, c?est-à-dire celui qui boit tous les jours, tout comme le buveur qui, faute de moyens, se voit contraint de se priver d?alcool ou encore celui qui décide soudain de diminuer sa consommation sans accompagnement vont, dans bien des cas, se retrouver face à des démons qui vont les miner. Il peut s?agir de tremblements, au niveau des mains par exemple, que l?on appelle delirium tremours ou encore d?hallucinations visuelles. «Ces patients vont notamment voir des reptiles, des serpents, des personnes qui entrent chez eux et les attaquent. Ils vont alors crier, se sauver de chez eux,, en croyant qu?il y a des démons, des fantômes. Ils parleront de manière incohérente», explique le Dr Gaya.
Un alcoolique qui s?arrête d?un coup court également le risque d?avoir des crises épileptiques dans les sept à huit heures suivant le sevrage trop soudain. D?autres pathologies comme l?alcoholic hallucinosis vont peut-être aussi surgir, faisant que la personne atteinte entende des voix qui l?insultent, la perturbent. Ainsi dérangée, elle peut en arriver à s?en prendre à ceux qui sont à côté d?elle, en croyant que ce sont leurs voix qu?elle entend.
Crises de panique et anxiété</B>
Autre point important quand on parle de consommation abusive d?alcool : les troubles sexuels. En effet, une baisse de libido est souvent notée chez les hommes, comme chez les femmes alcooliques. Ce problème en engendre d?autres, autrement plus graves, dont un phénomène appelé morbid jealousy. Frustré parce que ne pouvant pas satisfaire sa femme, l?homme souffrant de ces troubles finira par être convaincu, dans son délire, que sa femme le trompe. Les choses prennent ainsi parfois des tournures drama- tiques. Dans certains cas, souligne le Dr Gaya, l?homme en arrive même à tuer sa femme.
L?alcool joue aussi des tours à la mémoire. Ce genre de problèmes est associé à ce que les psychiatres appellent pathological drinking. «Dans ce cas de figure, quand la personne va boire, ne serait-ce qu?un verre, elle aura oublié, le lendemain, ce qu?elle a fait la veille. Elle peut ainsi perdre ses effets, des choses qu?elle a cachées alors qu?elle buvait. Etrangement, elle va s?en souvenir la prochaine fois qu?elle va boire. Cela peut faire sourire mais elle peut aussi faire des choses répréhensibles et ne pas s?en souvenir non plus?»
L?alcool peut, en outre, affecter la personnalité, rendant l?individu belligérant, arrogant, le pousser à avoir un comportement antisocial. «La personne va ressentir une certaine anxiété, avoir des crises de panique, développer une phobie par rapport à la foule. Il s?agit là d?agoraphobie.»
Un autre syndrome associé à l?alcool : le Korsakoff psychosis. Celui qui en souffre se sent désorienté dans l?espace, le temps et vis-à-vis des gens. Il ne sait plus où il est, il ne reconnaît plus certaines personnes qu?il connaît depuis peu. Sa mémoire récente est, en effet, affectée.
Une consommation exagérée d?alcool, vous l?aurez compris, peut engendrer de multiples complications psychiatriques. Une parenthèse mérite aussi d?être faite en ce qui concerne des problèmes physiques en résultant, dont des soucis au niveau de la menstruation ou encore une atrophie du muscle du mollet qui empêche la personne de marcher normalement...
<I>«Quand la personne va boire, ne serait-ce qu?un verre, elle aura oublié, le lendemain, ce qu?elle a fait la veille. Elle peut ainsi perdre ses effets, des choses qu?elle a cachées alors qu?elle buvait.»</I>
Une chose est sûre à propos de l?alcoolique : il n?avouera pas de lui-même qu?il a un problème avec l?alcool. Il est convaincu qu?il boit comme tout le monde et vit dans le déni eu égard à sa dépendance. Le Dr Gaya explique ainsi que ce sont les proches de la personne en question qui doivent d?abord faire la démarche. Une fois chez le médecin, même s?il commencera d?abord à nier, l?alcoolique finira par prendre conscience de sa situation et l?accepter.
Un long processus semé d?embûches</B>
Le sevrage n?est toutefois pas simple. Le manque se fera d?abord sentir physiquement. Des médicaments seront donc prescrits au patient pour l?aider au mieux à surmonter les difficultés qui s?annoncent. Mais c?est un processus long et semé d?embûches pour la personne qui veut bien le commencer. Après le manque physique va, en effet, survenir la tentation et c?est le mental qui commence alors à lui jouer des tours, mettant sa volonté à rude épreuve.
Il est ainsi conseillé aux proches du patient d?essayer autant que possible de mettre loin de lui des choses pouvant le tenter ou encore de ne pas avoir, devant lui, un comportement pouvant lui donner envie de recommencer à boire.
Car la rechute, explique le Dr Gaya, est fort possible. Et tout recommencer très difficile. Des patients se sont ainsi trouvés privés du soutien pourtant ô combien important de leurs proches qui, découragés, ont préféré s?en aller, l?abandonnant à son triste sort. Il touche ainsi le fond, pensant trouver refuge dans l?alcool. Mais là encore, il fait erreur. Car l?alcool, insiste le psychiatre, n?est pas un antidépresseur mais un «dépresseur».
En effet, selon le Dr Gaya, des recherches ont démontré que 48 à 50 % des gens qui avaient commis le suicide à Maurice étaient alcooliques. Et il y a eu un diagnostic de dépression liée à la prise d?alcool dans 15 à 30 % des cas.
L?alcoolique est donc quelqu?un de fragile, dont l?esprit est embué, voire torturé. Il revient à ceux qui l?aiment, qui le côtoient au quotidien, de ne pas l?abandonner et d?entamer avec lui l?épreuve du sevrage. Car si cette personne a compté un tant soit peu, vous ne pouvez que vouloir la retrouver telle qu?elle était avant.
<B>Ces femmes qui cachent leur dépendance</B>
Selon les statistiques, il y a plus d?hommes que de femmes alcooliques. Le Dr Gaya explique, en effet, qu?il y aurait trois ou quatre fois plus d?hommes que de femmes qui boivent. Mais le psychiatre est convaincu d?une chose : les chiffres ne disent pas tout. En effet, affirme-t-il, les femmes ont tendance à boire en cachette, et quand une personne boit en cachette, elle boit normalement plus que si elle le faisait devant d?autres personnes. «On ne va pas souvent voir une femme aller dans une taverne ou à la boutique acheter une bouteille de rhum, de vin ou quelque autre alcool. Par contre, l?homme le fera plus facilement. Cela ne veut pas dire que la femme ne boit pas. Elle le fera, mais souvent à l?abri des regards. Il faut d?ailleurs souligner que normalement l?homme alcoolique est plus facile à traiter que la femme.» Il est très important de rappeler, en ce sens, que le fait de boire n?est pas sans danger pour la femme. Cela peut en effet être à l?origine de dysménorrhée, soit de fortes douleurs au moment des règles. Plus important encore, si une femme développe une dépendance eu égard à l?alcool, elle pourra difficilement ne pas boire en cas de grossesse. Et l?alcool peut engendrer de graves problèmes au niveau du f?tus. Sur 1 000 femmes qui boivent pendant la grossesse, trois sont confrontées à ce problème de «foetal alcoholic syndrome», dit le Dr Gaya.
<B>Ils boivent pour être «dans le coup»</B>
Les jeunes consomment de plus en plus d?alcool. Selon le Dr Gaya, c?est là une tendance qu?il faut freiner. Ceux qui commencent à boire vers 14-15 ans risquent, dit-il, d?avoir des «delirium traumas» dès 25 ans. Nous avons demandé leur point de vue à quelques jeunes.
«Je ne bois pas. J?ai déjà essayé mais je trouve que cela n?a rien de spécial. Ça a même un drôle de goût. Ne pas boire, c?est un choix personnel. Cela ne veut pas dire que je jette la pierre à ceux qui le font», déclare Janice, 22 ans. Joëlle, 22 ans également, explique, elle, qu?elle boit dans des fêtes : «Je bois de manière irrégulière depuis que j?ai 14-15 ans. Je ne suis pas particulièrement fan de l?alcool mais j?en bois pour ne pas être ?out?. Je bois de la bière mais je préfère les boissons de filles comme on dit. Il y a un membre de ma famille qui boit régulièrement et il n?a que 25 ans. Je sais que c?est dangereux. Je condamne aussi les parents qui boivent et incitent leurs enfants à le faire.» Virginie, 18 ans, dit être consciente du fait qu?il vaut mieux éviter l?alcool. Elle n?en consomme pas, d?autant que «je vais bientôt passer mon permis, il vaut mieux être responsable!» Cédric, 17 ans, explique ne pas être tenté outre mesure par l?alcool. «J?ai déjà bu ou plutôt goûté à de la bière et du vin mais bof, sans plus? En fait, je ne bois pas mais le moment venu, je pourrais songer à prendre un verre ou deux dans une fête.» Yohann, 22 ans, dit, lui, boire raisonnablement depuis qu?il a 14 ou 15 ans. Mais il ne boit pas du tout quand il conduit. Il préfère la bière et boit à l?occasion de fêtes et de sorties entre amis.
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