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Air Mauritius mise sur le futur
La bataille pour la conquête du ciel est rude. Boeing et Airbus, les deux plus gros constructeurs d?avions, rivalisent l?un avec l?autre à coups d?innovations. Objectif : améliorer le confort des passagers, l?efficience des appareils et surtout les profits des compagnies aériennes. Face à cette ébullition technologique, les compagnies aériennes tiquent avant d?acheter des avions neufs.
Air Mauritius n?est pas une exception. La compagnie nationale d?aviation est sur le marché car elle veut rajeunir sa flotte. Face au déballage des nouveautés, elle s?arme de patience. Inutile d?acheter de vieux modèles qui n?auront aucune valeur résiduelle dans quelques années. L?acquisition d?avions à ce moment précis serait une folie. Le transporteur mauricien se tournerait davantage vers une solution à court terme en attendant la sortie des nouveaux avions. La location à bail sans option d?achat pourrait ainsi être considérée.
La priorité d?Air Mauritius est de remplacer ses deux Boeing 767 vieux de 17 ans et deux Airbus A340 dont le crédit-bail expire prochainement. Les constructeurs ont déjà soumis leurs offres finales. Airbus propose l?A330-200 et l?A340-300E alors que Boeing estime que la compagnie mauricienne ferait une meilleure affaire an achetant de B777-200 ER et des B777-300 ER. Seul hic : ces avions seront éclipsés par la nouvelle génération d?appareils qui sortira des ateliers au cours des cinq prochaines années.
Depuis le dépôt des offres, l?aéronautique s?est retrouvée dans une spirale d?innovations. Boeing a tout d?abord confirmé le développement du B787 Dreamliner. Airbus a répliqué en annonçant la construction de l?A350. Et c?est sans compter le Boeing 777-200 LR et le mastodonte A380 d?Airbus, tous deux lancés cette année. Ces nouveaux appareils bouleversent la donne dans l?aéronautique car ils représentent un énorme bond technologique par rapport aux modèles existants.
Les compagnies aériennes ne sont pas dupes. Tout en accueillant la venue d?avions qui amélioreront leur rentabilité, elles sont peu enclines à acheter des appareils actuellement. Celles qui commandent ciblent essentiellement les avions du futur, un investissement sûr par rapport aux versions existantes. La construction d?un Boeing ou d?un Airbus nécessite 18 mois si le modèle choisi existe déjà. Ainsi, un avion commandé maintenant sera livré fin 2006, justement quand les dernières inventions commenceront à voler. Vu la différence technologique, les anciens modèles se déprécieront extrêmement vite et n?auront presque plus de valeur résiduelle d?ici quelques années.
La patience est une vertu. Ce dicton s?est avéré vrai pour Air Mauritius. Le juteux contrat de Rs 30 milliards devait initialement être alloué en décembre. Depuis, la révolution technologique a forcé la compagnie mauricienne à revoir le rajeunissement de la flotte sous un angle différent. Si elle avait choisi les avions comme initialement prévu, elle se serait mordu les doigts tout en scrutant un trou financier à l?horizon.
Le fossé entre les modèles actuels et les avions du futur est immense. Le Boeing 787, qui volera dans trois ans, l?illustre amplement. La première famille d?avions créée par les Américains en 13 ans est une merveille technologique. Le fuselage et les ailes du Dreamliner sont construits à partir de matériaux composites. Plus solides et légers, ils permettent à l?avion d?aller plus loin, plus vite tout en offrant un meilleur confort aux passagers. Par exemple, les cabines seront moins pressurisées et les lumières changeront en cours de vol, ce qui éliminera la fatigue due au décalage horaire. Les nouveaux moteurs brûleront moins de carburant et nécessiteront moins d?entretien. Ces avantages ne laissent pas insensibles les compagnies aériennes. Boeing a recueilli 193 commandes fermes pour le 787.
Éviter de prendre des décisions hâtives
La réplique d?Airbus est le lancement de l?A350. Cet appareil utilisera le fuselage de l?A330 et les mêmes moteurs que le Dreamliner tout en améliorant le confort des passagers. Il utilisera les technologies de l?A380, ce qui comprend également des matériaux composites. Airbus s?attend à une cinquantaine de commandes d?ici juin. L?objectif des constructeurs est de séduire les compagnies aériennes. Boeing et Airbus rendent toutefois obsolètes une série d?avions, notamment les B767, une partie des B777, les A330 et la plupart des A340.
Cette révolution aéronautique vient valider la stratégie de Boeing. Airbus a longtemps estimé que l?avenir résidait dans des gros porteurs pouvant transporter davantage de passagers entre hubs pour décongestionner ces aéroports. Boeing pense que les compagnies aériennes auront besoin de long-courriers de petite taille qui éviteront les hubs. Cela devrait faciliter la rentabilité des opérations en augmentant le taux de remplissage. Aujourd?hui, Airbus se lance dans des biréacteurs et délaisse les quadriréacteurs. A l?exception de l?A380, le paquebot des airs qui peut transporter jusqu?à 850 passagers.
Tout cela force Air Mauritius à ne pas prendre de décisions hâtives. Le million de passagers transportés annuellement par la compagnie nationale voyageront toutefois dans de nouveaux avions. Air Mauritius n?achètera pas de nouveaux appareils mais cela ne l?empêche pas d?en louer à bail sans option d?achat auprès des agences spécialisées. Cette formule devrait permettre au Paille-en-Queue d?opérer des avions plus performants en attendant de prendre livraison des nouvelles merveilles technologiques. Mais comme tous ces avions viendront de Seattle ou de Toulouse, le duel entre les deux constructeurs réserve des moments palpitants.
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