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Aimé Césaire, ce Noir désir

20 avril 2008, 20:00

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Pour tous, il est le chantre de la négritude. Mais ce serait erreur que d?y enfermer Aimé Césaire. Poète de l?identité, caribéenne, africaine. Noire. Césaire est avant tout un humaniste. Celui qui à travers ses poèmes, puis la politique, mena combat. Pour qu?une identité réprimée, oppressée, mal assumée soit revendiquée. Dire à la face du monde que l?on naît antillais, africain, noir Américain. Noir tout court. Et que l?on en est fier.

C?est tout cela qu?incarnait, ô qu?incarne, Aimé Césaire. Décédé jeudi à 94 ans, le poète, dramaturge et homme politique a eu droit à des obsèques nationales hier, dans sa Martinique natale. En présence du président français Nicolas Sarkozy. Un hommage de la France extrêmement rare pour un écrivain.

Toujours la légende. Aimé Césaire y est entré de son vivant. Il naît le 26 juin 1913 dans le nord-est de la Martinique. Son père est inspecteur des impôts, sa mère couturière. Elève exceptionnellement brillant, le voilà à Paris. Boursier du gouvernement français. Le jour de son arrivée, il croise un garçon dans un couloir.

? Comment t?appelles-tu ?

? Je m?appelle Aimé Césaire. Je suis de la Martinique. Et toi ?

? Je m?appelle Léopold Sedar Senghor. Je suis Sénégalais.

? C?est le début d?une très profonde amitié, qui durera jusqu?à la mort de Senghor.

Au lycée, Césaire rencontre toutes sortes d?étudiants noirs : des Caribéens, des Africains, des Américains. C?est là qu?il découvre la composante africaine de son identité martiniquaise et commencer à réfléchir sur ce que c?est d?être noir.

En septembre 1934, avec Senghor et Léon-Gontran Damas, il fonde le journal l?Etudiant noir. C?est dans ses pages qu?apparaît pour la première fois le concept de «négritude», inventé par Césaire et Senghor.

Le projet, était de chercher, par-delà les couches de la civilisation, «le nègre en nous». «Toi le Sénégalais, toi le Guyanais, qu?est-ce que nous avons en commun ? Senghor et moi, nous nous sommes toujours gardés de tomber dans le racisme noir.»

A peine admis à l?Ecole normale supérieure (ENS) en 1935, Césaire entame la rédaction de son premier recueil, Cahier d?un retour au pays natal. Il est si éprouvé par l?écriture de ce livre que le médecin de l?ENS lui prescrit six mois de maison de repos.

Césaire parlait de la poésie comme de la «communication par hoquets essentiels face à l?inepte bavardage ». «Le langage poétique», disait-il, est le seul qui permette d?exprimer la complexité de l?homme.»

En 1939, Aimé Césaire retourne en Martinique avec Suzanne, qu?il a épousée en 1937, qui sera comme lui professeur dans un lycée, et avec qui il aura six enfants, avant qu?ils ne se séparent.

Tous ceux qui ont rencontré Aimé Césaire décrivent un homme petit, fragile, courtois. Et en même temps une personnalité d?une force et d?une puissance incroyable, un homme qui n?a jamais plié. Ces dernières années, même très âgé, il n?avait pas changé. Comme il ne supportait pas son appareil auditif, il l?enlevait tout le temps, même quand on lui demandait de le garder pour recevoir le Premier ministre français François Fillon. Il était aussi épuisé par les insomnies et se faisait remettre, sans ordonnance, des somnifères.

Sources : Internet

LA NEGRITUDE

Se demander : «Qu?est-ce que c?est d?être noir ?» Assumer que «Nègre je suis, nègre je resterai». Etre «Nègre, nègre, depuis le fond du ciel immémorial». La «négritude» est ce mot inventé par Césaire avec Senghor. Si Senghor assure que c?est Césaire qui a inventé ce mot, celui-ci a dit qu?il s?agissait d?une invention collective. Surtout dépasser le côté «victimaire». Pour lui, ce n?était pas facile d?être Antillais, d?être issu d?une histoire d?esclavage, de colonisation. Dans le même temps, il disait, «J?accepte mes origines, mais que vais-je en faire ? «Quel est notre présent ? Quel est l?avenir ? Que faire quand on a été construit par la colonisation française ?» Dans les débats sur la question des réparations, imaginer de combler cette blessure, ce manque, il trouvait ça absurde.

OBSEQUES NATIONALES, UNE RARETE

On compte sur les doigts de la main les écrivains à qui la France a rendu hommage en décrétant des obsèques nationales. Pour Aimé Césaire, comme pour Victor Hugo, le destin d?écrivain et poète se double d?une carrière politique. Hugo y a droit le 22 mai 1885 et est inhumé au Panthéon. Pour Paul Valéry, mort le 20 juillet 1945, c?est le gouvernement provisoire qui choisit de faire des funérailles nationales à l?académicien français. En 1954, la République honore Colette. Il n?existe pas de règles précises pour les obsèques nationales, qui sont prises en charge financièrement par l?Etat. L?abbé Pierre a été ainsi honoré en janvier 2007. Senghor, mort en France le 20 décembre 2001 à l?âge de 95 ans, a reçu des obsèques nationales au Sénégal, son pays natal, avant d?y être inhumé.

L?HOMME POLITIQUE

«Si vous voulez comprendre ma politique, lisez ma poésie,» disait Césaire. Son nom est associé à la loi sur la départementalisation qui, à partir de 1946 fait de la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion des départements d?outre-mer (DOM). «Je ne suis pas antifrançais, disait-il, je suis d?abord martiniquais.»

Césaire sera d?une longévité politique exceptionnelle. Député de la Martinique de 1945 à 1993, maire de Fort-de-France de 1945 à 2001, conseiller général à deux reprises (1945-1949 ; 1955-1970). Un président du conseil régional de Martinique qui quitte la présidence du Parti progressiste martiniquais (PPM) en juin 2005. Retiré de la vie politique depuis 2001, Aimé Césaire a fini son existence en monument qu?on visite. Son action pour la ville, le logement social, l?urbanisme, la politique culturelle de l?île est aussi soutenue que contestée. Son autoritarisme et son népotisme, très discutés.

BIBLIOGRAPHIE

Poésie

  • «Cahier d?un retour au pays natal» (1939)

  • «Les armes miraculeuses» (1946)

  • «Soleil cou coupé» (1948)

  • «Corps perdu» (1950)

  • «Ferrements» (1960)

  • «Cadastre» (1961)

  • «Moi Laminaire» (1982)

  • «La poésie» (1994)

Théâtre

  • «Et les chiens se taisaient» (1958)

  • «La tragédie du roi Christophe» (1963)

  • «Une saison au Congo» (1966)

  • «Une tempête» (1969)

Essais

  • «Victor Schoelcher et l?abolition de l?esclavage» (1948)

  • «Discours sur le colonialisme» (1950)

  • «Toussaint Louverture. La Révolution française et le problème colonial» (1961)

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